«Acte 5» ou pas? Les «gilets jaunes» divisés sur la mobilisation prévue samedi

RESEAUX SOCIAUX La pression monte sur les « gilets jaunes » pour qu’ils renoncent aux manifestations du 15 décembre et qu’ils rejoignent la table des négociations…

Hakima Bounemoura

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Des « gilets jaunes » manifestant sur les Champs-Elysées.
Des « gilets jaunes » manifestant sur les Champs-Elysées. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Après l’attaque meurtrière de Strasbourg, la pression monte sur les « gilets jaunes » pour qu’ils renoncent à « l’acte 5 » prévu samedi.
  • Sur Facebook, une frange très majoritaire d’entre eux exprime le souhait « de ne rien céder ».
  • Les porte-parole et leaders du mouvement sont plus divisés : certains appellent à poursuivre les manifestations, d’autres appellent à faire « une trêve ».

L’attentat meurtrier à Strasbourg va-t-il influer sur la mobilisation des « gilets jaunes » ? Depuis mercredi, la pression monte sur les manifestants pour qu’ils renoncent à « l’acte 5 » prévu samedi, et qu’ils rejoignent la table des négociations. Pour l’instant, rien n’indique sur les réseaux sociaux une volonté de suspendre le mouvement. Au contraire, au vu des commentaires et des sondages réalisés ces dernières heures sur Facebook, une frange très majoritaire des « gilets jaunes » exprime le souhait « de ne rien céder ».

Le nombre d’internautes qui disent vouloir battre le pavé le 15 décembre est en hausse constante depuis le début de la semaine. L’événement Facebook « Acte 5 Gilets jaunes à Paris » comptabilise ainsi 3.800 participants et 26.000 intéressés. La page « Acte 5 : Macron démission » récolte, elle, 10.000 participants et 66.000 intéressés. Un autre événement appelle même à un « Acte 8 : réveillon des gilets jaunes sur les Champs-Elysées » et attire déjà 3.600 participants, et plus de 35.000 personnes intéressées.

  • Ceux qui appellent « à poursuivre » les manifestations

Les « gilets jaunes » « manifesteront samedi » à travers la France, ont déclaré ce jeudi plusieurs figures du mouvement. « Les personnes » qui se sont jusqu’ici mobilisées à travers la France « manifesteront », a confirmé Maxime Nicolle, alias Fly Rider, lors d’un point presse. « Non seulement les gens » sont plus mobilisés « que jamais », mais à la suite de l’allocution d’ Emmanuel Macron lundi, « des personnes qui ne participaient pas » au mouvement jusqu’ici « ont décidé de participer ». « Je pense que vous serez tous d’accord pour dire qu’il faut passer la seconde », a également déclaré Fly Rider lors d’un Facebook live visionné par 17.000 personnes.

Plusieurs autres figures du mouvement ont fait part de leur détermination. « Il y a un mois, le gouvernement disait : " on garde le cap ". (…) Aujourd’hui, à notre tour de répondre : " on garde le cap " », affirme sur son profil Facebook Priscillia Ludosky, l’une des initiatrices du mouvement. « Il ne faut pas lâcher maintenant. Il en va de notre futur », explique également Eric Drouet, l’un des leaders de la contestation, qui a publié un sondage dans lequel plus de 14.000 personnes disent vouloir un « acte 5 » samedi. « Trop peu, trop tard, après trop de violence et de mépris, à samedi ! », clame le chauffeur de Seine-et-Marne sur sa page Facebook « La France en colère !!! ».

Capture d'écran de la page Facebook d'Eric Drouet.
Capture d'écran de la page Facebook d'Eric Drouet. - Capture d'écran Facebook

« Les rassemblements n’ont jamais été sécurisés », explique par ailleurs Eric Drouet en réponse à la menace terroriste brandie par certains. Même discours chez Mathieu Blavier, l’ancien porte-parole des Bouches-du-Rhône. « Les gens sont attristés par ce drame mais aussi encore plus énervés (…) La lutte contre le terrorisme s’ajoutera à la liste de nos revendications. »

  • Ceux qui appellent « à ne pas aller dans la rue​ »

Du côté des « gilets jaunes libres », un collectif considéré comme « modéré », on appelle à l’inverse à ne pas aller dans la rue. « On était déjà contre ces événements pour limiter l’entrisme des casseurs. On l’est encore plus aujourd’hui car il faut laisser les forces de sécurité faire leur travail. Il faut poursuivre le dialogue social via les élus locaux », a précisé au Parisien  Benjamin Cauchy, l’un des porte-parole du collectif.

Christophe Chalençon, autre porte-parole des « gilets jaunes libres », confirme également un « acte 5 » mais « en dehors des villes », en privilégiant la poursuite d’actions ciblées, comme l’organisation de barrages filtrants ou les blocages de péage​. Et invite à « porter un brassard noir » en signe de deuil.

  • Ceux qui appellent à « la trêve »

Les annonces faites par Emmanuel Macron ont révélé certaines fractures au sein des « gilets jaunes ». Parmi les figures du mouvement, Jacline Mouraud appelle ainsi à « une trêve ». « Il y a des avancées, une porte ouverte », estime la Bretonne. « On a une économie qui s’effondre, des commerçants prêts à mettre la clé sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d’une multitude de dépôts de bilan », ajoute l’hypnothérapeute, également porte-parole des « gilets jaunes libres ».

L’opinion publique est, quand à elle, très partagée. Dans une enquête OpinionWay pour LCI, 54 % des sondés se prononcent pour un arrêt du mouvement. A l’inverse, dans un sondage Odoxa pour Franceinfo, 54 % veulent que la mobilisation se poursuive…