Pétition, vidéos virales, pages Facebook... Comment le blocage du 17 novembre s'organise sur Internet

MANIFESTATION Des dizaines d’événements et de groupes ont été créés sur les réseaux sociaux afin d’organiser les rassemblements…

Hakima Bounemoura

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Dans
Dans — G. VARELA /20 MINUTES

Blocage de ronds-points, de péages ou encore opérations escargots… Depuis quelques jours, les réseaux sociaux relaient massivement les appels nationaux à la mobilisation du 17 novembre contre la flambée des prix du carburant. Des centaines d’événements et de groupes ont ainsi fleuri  sur Facebook pour inciter les gens à manifester.

« Tout est parti d’une pétition en ligne lancée fin octobre sur change.org, largement relayée sur les réseaux sociaux, et qui a eu un véritable écho », analyse pour 20 Minutes Fabrice Epelboin, spécialiste des médias sociaux, enseignant à Sciences Po Paris. Cette pétition, signée par plus de 750.000 personnes, a « véritablement sonné le début de la mobilisation ». La grogne contre la flambée des prix du gazole s’est ensuite amplifiée grâce à des vidéos devenues virales, des cartographies en ligne et à toute une série de  fake news et intox qui pullulent sur les réseaux sociaux.

« Ça ressemble beaucoup au mouvement des Bonnets rouges »

Dans toutes les régions, les appels viraux à bloquer les villes se sont multipliés à une vitesse exponentielle. « Toutes ces initiatives, à la base individuelles, se sont rapidement goupillées pour donner naissance à une sorte de mouvement spontané », explique Fabrice Epelboin. « Ce mouvement n’est pas structuré, ni par les corps intermédiaires (syndicats…), ni par les partis politiques. C’est ce qu’on appelle un «grassroots», un mouvement qui vient de la base, qui prend sa source dans la mobilisation des citoyens et de la société civile. Ça ressemble beaucoup au mouvement des Bonnets rouges de 2013 », ajoute le spécialiste des médias sociaux.

Pour fédérer tous ces petits « mouvements », trois citoyens qui se réclament de « la France en colère » ont décidé de créer « www.blocage17novembre.com », un site qui cartographie tous les points de blocage. « Nous avons créé une carte interactive qui répertorie près de 600 blocages et rassemblements prévus partout en France pour la journée de mobilisation du 17 novembre », explique à 20 Minutes Christophe T., l’un des créateurs de cette carte interactive, déjà vue par plus de 5 millions de personnes.

« On en a eu marre d’être censurés par Facebook »

Créé par « une petite équipe de bénévoles qui conseillent les gens pour que la manif se passe le mieux possible », le site croule aujourd’hui sous les messages. « On en reçoit plus de 11.000 par jour, il y a une vraie demande. On a décidé de créer cette «plateforme» car on en a eu marre d’être censurés par Facebook qui supprimait régulièrement nos pages*, dès qu’elles avaient un peu d’audience », nous confie Christophe T., qui n’hésite pas à parler de « complot » pour casser le mouvement. « Tout ce qu’on souhaite, c’est faire plier le gouvernement, qu’il allège toutes ces taxes qui nous bouffent notre pouvoir d’achat », ajoute le créateur du site, qui affirme ne faire partie d’aucune organisation ou parti politique.

Un discours qui fait écho au coup de gueule viral poussé sur Facebook par Jacline Mouraud, une automobiliste également en colère, qui a interpellé le gouvernement dans une vidéo postée le 18 octobre, et qui a été visionnée plus de cinq millions de fois sur les réseaux sociaux. Cette Morbihannaise est ainsi devenue le visage de la grogne des automobilistes, qui selon un récent sondage, soutiennent à 78 % le mouvement de contestation du 17 novembre.

Fake news et intox sur le Net pour inciter les gens à manifester

Cet appel à manifester sur les réseaux sociaux a également offert un terreau favorable au développement de fausses informations. La police nationale a été visée la semaine dernière par une intox. Un visuel partagé sur Facebook et sur Twitter, reprenant le logo officiel, indiquait que « la police nationale serait aux côtés des citoyens de France le 17/11/1018 ». La gendarmerie nationale a également été victime d’un fake : le directeur de la gendarmerie, Richard Lizurey, aurait menacé les manifestants de sanctions sur BFMTV. Sur Facebook, le post mentionnant cette fausse information a été partagé plus de 28.000 fois.

« La diffusion de fake news et d’intox est un phénomène relativement nouveau dans l’émergence d’un «grassroots». C’est malheureusement dans l’air du temps », note Fabrice Epelboin, le spécialiste des médias sociaux. « Ce genre de mouvement spontané, avec ses dérives, inquiète forcément le gouvernement, car il n’y a personne à qui parler en face. Ce qui risque maintenant de se passer, c’est une forme de récupération et d’instrumentalisation de la part de partis politiques, comme le Rassemblement national », conclut le chercheur.

*Contacté par franceinfo, Facebook a nié toute intervention et assuré que le réseau social n'était pas intervenu pour supprimer des pages appelant à manifester le 17 novembre, rappellant que seuls les contenus qui allant à l'encontre des «standards de la communauté» étaient susceptibles d'être supprimés.