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Journée du sommeil : Pourquoi manger allongé est mauvais pour la digestion et le sommeil ?
Reflux gastro-œsophagien, fringales, mauvais cycle de sommeil… Les conséquences des dîners répétés au lit ne sont pas inoffensivesDora Christian
L'essentiel
- Selon une étude OpinionWay pour Parlons Literie, 30 % des 18-24 ans mangent dans leur lit. Une habitude qui reflète « une adaptation socioculturelle » mais cache « une alimentation de plus en plus déstructurée » avec des choix alimentaires orientés vers des produits réconfortants et industriels.
- Manger allongé ou avachi perturbe la digestion, causant des reflux gastro-œsophagiens avec brûlures, ballonnements et, à long terme, « un risque de transformation précancéreuse de l’œsophage » selon la diététicienne nutritionniste Éloïse Stachulec.
- Pour limiter ces risques, il est recommandé de privilégier la position assise droite qui et de faire une marche légère de 10 à 15 minutes après le repas.
Les Romains, qui avaient pour habitude de consommer leurs repas allongés, souffraient-ils en permanence de nausées et reflux ? Certainement, si l’on prend en compte les résultats des études les plus récentes sur la digestion.
D’après une étude OpinionWay de Parlons Literie, 30 % des 18-24 ans mangent dans leur lit, contre 4 % des plus de 35 ans. Des chiffres qui ne surprennent pas la diététicienne nutritionniste Éloïse Stachulec, pour qui il s’agit « d’une adaptation socioculturelle », le lit étant devenu « un espace de vie polyvalent, un refuge face à un quotidien dense et saturé d’écrans ». Toutefois, cette habitude cache également « une alimentation de plus en plus déstructurée » et des « conditions mécaniquement défavorables pour la digestion, avec des conséquences sur la santé à long terme » précise la diététicienne.
Un impact négatif sur le sommeil
« L’environnement conditionne directement les choix alimentaires, c’est bien documenté », affirme Éloïse Stachulec. Manger dans un contexte de détente (sans table, sans horaire, sans rituel) « oriente naturellement vers des aliments réconfortants ». Ce que l’on mange est largement conditionné par l’endroit où l’on mange : changer le lieu, c’est souvent changer le contenu de l’assiette. Ainsi, au lit, on consommera des plats pratiques, parfois industriels, sans vaisselle ni préparation. Manger dans son lit rime souvent avec manger allongé (ou presque), ce qui entraîne fréquemment « une perturbation du sommeil qui suit, créant un cercle délétère ».
Une large étude portant sur 27.263 adultes britanniques a montré que les personnes dormant peu ou mal avaient jusqu’à 3,5 fois plus d’épisodes de consommation émotionnelle (manger en réponse au stress ou à l’ennui plutôt qu’à la faim) et consommaient des aliments frits ou sucrés 10 à 39 % plus souvent. La nutritionniste insiste aussi sur les conséquences hormonales : « un sommeil fragmenté déséquilibre la ghréline, l’hormone qui stimule l’appétit, et la leptine, l’hormone qui signale la satiété au cerveau, ce qui renforce les choix impulsifs ».
Une mauvaise santé digestive à long terme
Manger au lit rime aussi avec manger allongé (ou presque). Or, une mauvaise posture, notamment allongée, entraîne une digestion perturbée, « principalement des problèmes de reflux gastro-œsophagien, c’est-à-dire des remontées acides du contenu de l’estomac vers l’œsophage, qui peuvent survenir dès la première bouchée », alerte la diététicienne. Celle-ci explique que le sphincter œsophagien inférieur (petit anneau musculaire qui fait office de valve anti-reflux à l’entrée de l’estomac) doit normalement se contracter après chaque déglutition. Mais en position allongée ou avachie, « la pression exercée sur l’estomac empêche cette valve de se refermer correctement ».
Les conséquences immédiates sont connues : brûlures derrière le sternum, pyrosis (sensation de feu qui remonte vers la gorge), goût acide en bouche et ballonnements. « Une irritation chronique de l’œsophage peut s’installer, avec des lésions visibles de sa paroi interne, des ulcères et, dans les cas sévères, un risque de transformation précancéreuse » insiste Éloïse Stachulec.
Comment mieux manger, (même dans son lit) ?
C’est-à-dire privilégier la position assise droite, dos aligné, pieds à plat au sol, qui reste la référence pour éviter tous les symptômes digestifs liés à une mauvaise position. Cette position « permet à la gravité d’assister le transit digestif du début à la fin du repas », explique la diététicienne, qui poursuit, « Des données scientifiques montrent que manger allongé rallonge le transit oro-cæcal, le trajet des aliments de la bouche jusqu’au début du côlon, de près de 10 % par rapport à la position assise droite ».
La nutritionniste révèle deux gestes simples qui font une vraie différence pour améliorer sa digestion : Une marche légère de 10 à 15 minutes juste après le repas stimule les mouvements intestinaux, réduit la pression gastrique et améliore la glycémie postprandiale (le taux de sucre dans le sang après le repas). Et la respiration diaphragmatique (inspirer en gonflant le ventre plutôt que la poitrine, retenir quelques secondes, expirer lentement) pour soulager la pression abdominale en détendant le diaphragme, muscle situé juste au-dessus de l’estomac.
Mais cela va de soi, « la règle de base reste de ne pas s’allonger avant 2 à 3 heures après avoir mangé », insiste-t-elle. Alors redressez-vous, (même dans le lit) !



















