JO 2024 : « Ne pas être complètement à la traîne »… La torture des finales B pour des athlètes déjà au fond du seau
Jusqu’au bout•En aviron, et dans d’autres sports, des matchs de classement, sans vraiment grand intérêt, sont disputés. Des affrontements que certains athlètes ont du mal à affronterAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Dans certains sports olympiques, des matchs de classement sont organisés pour départager ceux qui ont été éliminés en quart ou en demi-finale.
- A l’aviron, les finales B sont souvent compliquées à préparer pour les rameurs, qui restent sur la désillusion de la défaite.
- Mais des ressorts peuvent être trouvés pour tenter de finir en beauté.
Au bassin des illusions perdues de Vaires-sur-Marne,
La torture a beau être interdite dans le droit français depuis plus de deux siècles, on connaît quelques cas qui mériteraient que la justice de notre pays se penche dessus. Comme pour celles et ceux qui sont obligés de regarder les matchs de l’équipe de France de Didier Deschamps, les téléspectateurs qui s’infligent, sans consentement les analyses farfelues de Pascal Praud ou les sportifs qui se retrouvent de vulgaires matchs/courses de classement après des défaites en huitième/quart/demi-finale.
Mettons de côté le judo, qui a trouvé l’ingénieux système de proposer à ses ouailles des repêchages qui permettent, si tout se déroule bien, de combattre pour le bronze en fin de journée. Ou l’aviron, qui avec le même système de repêchage, peut vous qualifier en finale. Sympa, n’est-ce pas ? Mais l’aviron est aussi celui qui a trouvé le moyen d’envoyer les rameurs en collant disputer des finales B, où tous les déçus des demis ou des repêchages se retrouvent.
« Le championnat est terminé »
Nous voilà donc avec des équipages qui, sous le soleil tapant de Vaires-sur-Marne, n’ont pas encore séché leurs larmes de déception et se voient infliger une nouvelle course pour finir entre la 7e et la 12e place. Terriblement douloureux. « Je n’ai pas eu assez de temps de digestion [après la demi-finale] pour repartir sur un plan de revanche, nous explique Matthieu Androdias, 8e de la finale B du deux de couple jeudi. Ça m’a foutu vraiment au fond. J’avais du mal à me dire : "Bon allez, on y va". »
A quoi bon lutter quand on a été champion olympique (à Tokyo) et se retrouver à batailler pour une vulgaire place d’honneur lors des Jeux à domicile ? Cela vire même à l’humiliation. « Pour moi, le championnat est terminé, ce qu’on vise est inaccessible sur cette course, reprend Androdias. Même si tu mets dix secondes à tout le monde, ça ne change pas grand-chose. »
On retrouve par exemple la même chose à l’escrime, lors du concours par équipes, où les éliminés des quarts de finale, comme l’équipe de France féminine de fleuret ce jeudi, combattent pour les places de 5 à 8. Ou au rugby à 7, où des rencontres sont disputées pour déterminer ceux qui finiront entre la 4e et la 12e place. Les Bleues d’Anne-Cécile Ciofani y avaient eu droit mardi et avaient réussi à terminer dans le carré de tête.
« Une course pour les autres »
Mais comment aborder ces courses/matchs si singuliers, surtout quand l’objectif était, au moins, d’aller en finale ?
- Pour l’honneur : « Ce n’est pas évident, mais on voit sur le départ de la finale B qu’on arrive à se remobiliser, analyse Théo Rayet, membre du 4 sans barreur, qui a disputé une finale B à trois. On fait des courses pour les gagner, pour l’honneur. Au départ, j’ai dit aux mecs, regardez ce que vous avez sur la poitrine gauche, le symbole des JO. »
- Pour les autres : « Ce qu’on voulait c’était de ne pas passer devant la tribune complètement à la traîne et ne pas se battre, raconte Matthieu Androdias. Si on ne l’avait pas fait, ça aurait été difficile dans le temps à le digérer, de passer devant nos proches, mon fils, sans se battre. Il ne fallait rien regretter. Ça ne minimise pas l’échec, mais c’était une course pour les autres, une course de remerciements. Je pars peut-être avec un peu moins de culpabilité. »
- Pour la perf sportive : « On était déçus après les demi-finales, parce qu’on voulait aller en finale, mais ce sont les Jeux olympiques, nous explique la Tchèque Anna Santruckova. Il n’y a pas le temps pour les regrets. On est retourné au boulot et ma coéquipière, qui a déjà vécu ces finales B, m’a aidée à la préparer. Ça reste important de faire une performance. C’est toujours mieux de finir 7e que 12e. »
« Peut-être que si je suis disqualifié… »
D’autant que finir dans les huit premiers vous donne droit à un symbolique « diplôme olympique », qu’on ne rajoutera évidemment pas au classement des médailles. Mais, pour certains, disputer cette course est vraiment une tannée, notamment pour le Croate Damir Martin, 36 ans, triple médaillé aux JO (Londres, Rio, Tokyo), éliminé en demi-finale du skiff, qui va devoir batailler en finale B samedi.
« Tu veux toujours être dans les trois premiers pour être en finale, mais là, ils étaient trop forts, trop rapides pour moi. C’est difficile de se motiver maintenant. On m’a demandé de peser mon bateau à la fin de la course et je me disais, ça serait peut-être bien que je sois disqualifié, comme ça, je ne disputerai pas la finale B. Mais je dois me motiver pour cette course, qui sera la dernière et boucler la boucle des JO. »
Boucler les JO, c’est ce que vont tenter de, bien, faire les deux derniers équipages français en lice, ce vendredi. Tarantola-Bové et Beurey-Ludwig sauveront peut-être l’honneur de l’aviron français, avec une première victoire en finale. Certes, ce sera en finale B, mais ça sera déjà une petite éclaircie. « Il faudra répondre présent, parce que même des places de 7e et de 8e, ça se court à 400 %, conclut le DTN Sébastien Vieilledent. Chaque place est vendue très cher, et on sera là pour aller les chercher. » Etre diplômé à Vaires-sur-Marne, qui n’a pas rêvé de ça ?


















