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Au bassin de « Vent sur Marne », les Français avantagés à l’aviron ?

JO de Paris 2024 - Aviron : Au bassin de « Vent sur Marne », les Français vraiment avantagés ?

bourrasqueL’épreuve d’aviron se dispute sur le bassin de Vaires-sur-Marne, où les rameuses et les rameurs français ont leurs petites habitudes, mais pas de grandes certitudes
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Le bassin de Vaires-sur-Marne accueille, notamment, les épreuves d’aviron des Jeux olympiques.
  • Si l’équipe de France a pris l’habitude de s’entraîner dans ce stade nautique, un élément peut venir tout chambouler le jour J : le vent.
  • Des bourrasques pourraient même changer l’ordre établi au départ, avec la suppression des lignes d’eau.

Si vous n’avez pas encore réservé vos vacances pour cet été, comme nous, ou que vous ne savez pas où aller, petit conseil tourisme. Allez donc faire un petit tour à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne). A une heure de route de Paris, cette charmante station offre tout ce dont vous rêvez : un immense plan d’eau et une végétation dense où l’on trouve des espèces en voie de disparation comme des gens civilisés.

Bon, par contre, évitez de faire le grand plouf dans le stade nautique, vous risqueriez de vous prendre sur le paletot un aviron lancé à pleine vitesse par quelques rameurs ultra-musclés. Oui, car Vaires-sur-Marne, c’est avant tout l’une des deux (avec Lyon) principales structures d’accueil de l’équipe de France d’aviron et le site où se déroulent les épreuves d’aviron (mais aussi de canoë et de kayak) des Jeux olympiques.

« Pas un avantage incroyable »

Toujours là quand il s’agit de ramener des médailles pour la patrie, l’aviron français va donc disputer ces Jeux dans « son » bassin. Autant vous dire qu’on s’attend à faire le plein de breloques, notamment avec Matthieu Androdias, Hugo Boucheron, Claire Bové et Laura Tarantola, déjà honorées à Tokyo, il y a trois ans. « C’est un grand lac de 2.000 m avec plein de bouées, tempère cette dernière. Ce n’est pas un avantage incroyable d’être là au quotidien. À Tokyo, on n’y était pas allées et ça ne nous avait pas empêchées de réussir. Et puis d’autres nations seront déjà venues plein de fois… »

Le bassin de Vaires-sur-Marne quelques semaines avant les JO. Les tribunes se situent dans les derniers 350 m de la course.
Le bassin de Vaires-sur-Marne quelques semaines avant les JO. Les tribunes se situent dans les derniers 350 m de la course. - H. Beurey / Beurey Studio

Comment ça, être pays organisateur des Jeux et ne même pas avoir une avance sur la concurrence ? Même pas de petit silure apprivoisé pour venir ralentir ce fichu équipage néo-zélandais ? Il faut dire que ce stade nautique est assez unique et réserve son lot de surprises à chaque course à cause d’un élément : le vent. « On sait que c’est un bassin qui est généralement très rapide, explique Hugo Beurey, membre du deux de couple poids léger. Si le vent se lève dans son sens habituel, il peut y avoir quelques records du monde. C’est un bassin ici qui est vent de trois quarts venant de tribord, donc venant de gauche. On le surnomme le bassin de vent sur Marne. »

« C’est un bassin qui interpelle en terme au niveau des conditions atmosphériques, avec des vents dominants qui peuvent être un peu de travers, complète Sébastien Vieilledent, directeur technique national et médaillé d’or en deux de couple aux JO d’Athènes en 2004. La répétition des entraînements sur le bassin nous permet de maximiser notre connaissance des situations : vent pour, vent contre, vent de travers, vent dominant. »

Vent frais, vent du matin, vent qui souffle ta médaille

Consultant de l’équipe de France depuis le début de l’olympiade, l’Allemand Jürgen Gröbler, qui a fait gagner tout ce qu’il avait entre les mains depuis des décennies, a tenu à ce que les rameurs et rameuses connaissent le moindre recoin de ce stade olympique. « Sur un bassin vous avez les distances notées, mais dans l’effort vous avez du mal à vous repérer, reprend "Oldteeth". La qualité de l’eau, la densité de l’eau, la profondeur du bassin, là, ils vont la connaître par cœur. »

A tel point qu’ils savent que, selon l’orientation du vent, telle ou telle ligne d’eau sera plus à même de vous offrir un peu plus d’abri ou de force. « Si un vent est de travers, c’est généralement la ligne d’eau opposée, soit c’est la 6, soit c’est la 1. Maintenant qu’on le pratique depuis trois ans, on a vu un peu de tout », confirme Benoît Brunet, membre du quatre sans barreur.

D’autant que cette histoire de ligne d’eau pourrait devenir prépondérante dans la course à la médaille. Pour les JO, ceux qui ont les meilleurs bilans mondiaux seront aux meilleures places. Dans ce but, Hugo Beurey et Ferdinand Ludwig étaient partis à Poznan mi-juin, disputer une épreuve de coupe du monde pour améliorer leur ranking et ainsi se donner un peu plus de chances. Mais ce classement ne servira à pas grand-chose si notre bon ami le vent se lève.

Surprise, surprise

En cas de bourrasque, un comité d’éthique se réunit et peut décider, magie magie et vos idées ont du génie, de supprimer les lignes d’eau pour ne pas fausser la course. Au revoir ranking, adieu efforts fournis toute l’année. Rassurez-vous, ça ne sera pas l’anarchie, tous les bateaux ne partiront pas les uns sur les autres, à se mettre des coups de pelle pour être le premier sur la ligne.

Ceux qui auront fait les meilleurs temps des tours précédents bénéficieront des meilleures lignes d’eau. « On sait très bien qu’il faut être le plus rapide possible sur les séries pour être le moins embêtés sur la finale, pour être le plus favorisés possible si les lignes d’eau sont retirées, relève Guillaume Turlan, membre du 4 sans barreur. Tu connais ces paramètres, tu sais où tu mets les pieds et les erreurs à ne pas réaliser. » Comme penser que le vent soufflera du même côté au départ de la course qu’à la fin : « Ce qui fait que c’est un bassin sympathique, c’est que le vent tourne, c’est surprise », conclut Claire Bové. Bonne ou mauvaise, on sera vite fixés.