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Les athlètes derrière l’appareil photo, une « sensibilité différente »

JO de Paris 2024 : « Capter le bon moment »… Les athlètes derrière l’appareil photo, une « sensibilité différente »

ClichésPlusieurs athlètes de haut niveau se sont passionnés pour la photo. Au point d’en faire leur métier
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • De plus en plus de sportifs de haut niveau se lancent dans la photographie, jusqu’à lancer leur propre boîte.
  • Sensibilité particulière, œil professionnel, placement… Le sport leur permet d’avoir une petite touche au moment de prendre le cliché.
  • Cela permet même de corriger certains gestes ensuite.

On ne lui souhaite évidemment pas, mais si, le 29 juillet prochain, aux Jeux olympiques, Enzo Lefort réédite sa « performance » des championnats d’Europe, avec une élimination dès les 16es de finale, sa place sera toute trouvée : sur le banc des photographes qui immortaliseront la finale du fleuret masculin. Oui, car l’escrimeur a plus d’une arme dans sa poche : mannequin, podcasteur, scénariste de mangas et, donc, photographe.

A tel point que le médaillé d’or, par équipes, aux JO de Tokyo a déjà sorti deux bouquins. Après Olympic Backstage, qui revenait sur les coulisses des Jeux de Tokyo en 2021, Journal d’un athlète documente toute sa préparation olympique pour Paris 2024 en photos. « Comme en escrime, en photographie, on cherche à capter un instant, nous a expliqué le fleurettiste. En escrime, on cherche à capter le bon moment pour attaquer son adversaire. En photo, on cherche à capter le bon moment pour figer une scène sur sa pellicule. Mais, par contre, c’est vrai que le fait d’être athlète, j’ai une sensibilité différente à la photo. »

S’évader de la routine quotidienne

Enzo Lefort n’est pas le seul athlète de haut niveau à s’être pris de passion pour la photo. Hugo Beurey (aviron) et Dorian Lairi (saut en hauteur) en ont même créé, chacun, leur propre studio de photos-vidéos. « Je fais un peu de la photo au quotidien pour m’échapper de la bulle permanente du stage, raconte celui qui cherchera une médaille sur le bassin de Vaires-sur-Marne cet été. C’est aussi pour transmettre les valeurs qu’on a dans l’équipe, car c’est une aventure exceptionnelle, humainement et sportivement. Pour que ceux qui nous regardent prennent plaisir et comprennent notre quotidien. »

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Pour Dorian Lairi, depuis toujours attiré par l’art, le coup de foudre est venu après un voyage touristique en Tunisie il y a quelques années. Depuis, avec son meilleur ami, il a monté sa propre boîte et a fait de sa passion, son métier, qu’il compte poursuivre même après sa carrière de sportif. « L’avantage d’un sportif, quand il se met à faire des photos, c’est qu’il connaît la gestuelle, surtout si c’est son domaine, les bons moments, la bonne chronologie pour se mettre en route », assure Marc de Tienda, photographe professionnel, qui a notamment travaillé sur des matchs de rugby.

« Quand je fais de la photographie sportive, je connais les mouvements, je les ai vus, je les ai faits des centaines ou des milliers de fois, abonde le champion de France 2023 de saut en hauteur. Forcément, c’est plus simple. Je sais où me positionner dans un stade et je connais plein de petits tips pour choper les bons moments. Après, je pense que ça vient juste plus rapidement qu’une personne qui ne serait pas du milieu. »

Le détail du geste

Nos sportifs photographes mettent en avant également l’importance de saisir les émotions de l’athlète, son stress avant la compétition, son soulagement après avoir passé un obstacle, la joie à la suite d’une grosse performance… « Quand je prends des athlètes en photo, j’imagine les heures qu’il a passées à l’entraînement, les moments de difficulté qu’il a traversés, par exemple en rééducation après des blessures, j’imagine tout ce qu’il a dû quitter pour faire du sport de haut niveau », relève Lefort.

Kevin Mayer pris par Dorian Lairi
Kevin Mayer pris par Dorian Lairi - D. Lairi / Kevin Sports

Et, à force « de capter le bon moment », comme l’a dit l’escrimeur, cela permet aussi aux athlètes de se focaliser sur le geste technique et pouvoir, ensuite, l’analyser puis l’améliorer. Ainsi, derrière l’appareil, Hugo Beurey a permis à son coéquipier en équipe de France de remarquer quelques améliorations à faire. « Sur le dernier stage, j’ai fait des vidéos de drone des paras, et Alexis Sanchez m’a dit que c’était génial, car il a vu des ajustements à faire sur le matériel, sur les prothèses notamment, qu’il n’avait jamais vus sur les vidéos faites par le coach. »

Même chose du côté de Dorian Lairi, qui était aux côtés de Kevin Mayer. « J’ai fait des plans au drone, au-dessus de la cage de disque, où on peut vraiment voir le travail des jambes, l’avancée du bassin. Pareil sur la perche, j’ai fait des prises de vue du dessus. Donc, on voit vraiment piquer et voir comment il renverse. Je sais qu’il pouvait utiliser ça pour corriger certaines choses sur les timings par exemple. Et pareil sur les haies, je le suivais de profil avec le drone, ce qui permettait d’avoir des plans de vue qu’on n’a pas forcément habituellement. Ça peut être des atouts à la performance. »

Pas pour tout de suite le grand remplacement

Mais, niveau qualité de la photo, que donnent ces clichés ? On a donc demandé à notre photographe professionnel son avis. Concernant le travail d’Enzo Lefort, Marc de Tienda n’a « pas été convaincu par ses photos hors sport ». Par contre, il a été beaucoup plus conquis par le boulot d’Hugo Beurey : « Ses photos sont bien et hyper propres, notamment parce qu’il connaît très bien le domaine qu’il photographie. »

Nos sportifs peuvent-ils prendre la place de photographes chevronnés ? « Un athlète de haut niveau, même sur plusieurs sports, il va comprendre là où sont les moments importants, reprend Marc de Tienda. Mais je pense qu’un mec qui fait de la photo news, qui est sur le terrain non-stop, au bout de deux séances, il va comprendre ce qu’il faut sortir aussi. Un sportif, je ne suis pas sûr qu’il soit plus avantagé qu’un bon professionnel qui va s’informer et s’intéresser deux minutes à la gestuelle d’un sport. » Par contre, mettez un photographe dans une coque ou sur une piste, là il devrait y avoir une grande différence.