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Dévalorisés, les lycées pro exposent tous leurs talents à la Villa Médicis

« Des filières d’excellence »… Trop souvent dévalorisés, les lycées pro exposent tous leurs talents à la Villa Médicis

APPRENTISSAGEPendant deux semaines, 300 lycéens des Hauts-de-France et du Grand Est ont été accueillis dans la prestigieuse Villa Médicis à Rome dans le cadre du programme Résidence Pro qui vise à valoriser des filières professionnelles trop souvent dénigrées
Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Accueillis en résidence à la Villa Médicis à Rome, 500 lycéens des Hauts-de-France et du Grand Est ont présenté leurs œuvres sur lesquelles ils ont planché pendant un an.
  • Ce programme, baptisé Résidence Pro et imaginé par Sam Stourdzé, directeur de la ville, vise à mettre en lumière les filières pro, trop souvent dévalorisées et perçues comme des voies de garage.
  • « Cela fait vraiment plaisir que notre travail soit reconnu car ce n’est pas souvent qu’on est mis en valeur », témoigne Aaron, élève en CAP ferronnier d’art au lycée Joliot Curie d’Oignies (Pas-de-Calais).

De notre envoyé spécial à la Villa Médicis, à Rome

« A Napoléon le Grand, les arts reconnaissants. » L’inscription est gravée sur le fronton du Grand Salon de la Villa Médicis. Un bijou de la Renaissance construit au XVIe siècle sur le mont Pincio, en plein cœur de Rome, dans lequel l’empereur a installé en 1803 l’Académie de France pour faire rayonner la scène artistique française. Des siècles plus tard, la Villa Medici, son nom italien, bouillonne toujours de vitalité créatrice aux travers des artistes qu’elle accueille à l’année en résidence.

Pöur beaucoup de jeunes comme Cheryle, cette résidence à la Villa Médicis à Rome était aussi une première expérience à l'étranger.
Pöur beaucoup de jeunes comme Cheryle, cette résidence à la Villa Médicis à Rome était aussi une première expérience à l'étranger.  - J. Gicquel / 20 Minutes

C’est dans ce lieu d’exception que 500 lycéens des filières professionnelles et agricoles du Grand Est et des Hauts-de-France ont séjourné en cette première moitié de mai pour exposer, eux aussi, leur savoir-faire et leur talent. Baptisé Résidence Pro, le programme a été imaginé en 2021 par Sam Stourdzé, le directeur de la Villa Médicis, soucieux d’ouvrir cette prestigieuse institution à des publics plus défavorisés socialement et culturellement. « Vous êtes ici chez vous et si vous êtes là, c’est parce que vous le valez bien », lance-t-il aux jeunes à leur arrivée.

« Il me fallait un métier manuel »

« Un message de valorisation » qui tranche avec l’image négative trop souvent accolée aux filières pro. « Elles sont dénigrées et dévalorisées, perçues comme des choix par défaut ou des voies de garage alors que ce sont des filières d’excellence », souligne Isabelle Giordano, déléguée générale de la fondation BNP Paribas, partenaire depuis ses débuts de cette initiative « d’égalité des chances. » Élève en CAP ferronnier d’art au lycée Joliot Curie d’Oignies (Pas-de-Calais), Sacha peut témoigner des préjugés tenaces dont est victime sa filière. « On entend souvent qu’on est bêtes parce qu’on n’est pas en filière générale, raconte le jeune homme. Mais moi, je ne voulais passer mes journées dans un bureau derrière un ordinateur, il me fallait un métier manuel. Et le dieu de la forge m’a choisi ! »

Les lycéens et lycéennes devaient plancher sur une création en lien avec l'Italie.
Les lycéens et lycéennes devaient plancher sur une création en lien avec l'Italie.  - J. Gicquel / 20 Minutes

Avec ses camarades, il a planché pendant toute l’année sur une skyline de Rome en fer forgé reprenant les monuments emblématiques de la ville éternelle. Un travail de longue haleine et de haute précision avec en apothéose, la présentation de l’œuvre mercredi devant un public d’institutionnels sous le charme. « Cela fait vraiment plaisir que notre travail soit reconnu car ce n’est pas souvent qu’on est mis en valeur, lâche Aaron. Et puis ça va claquer cette expérience sur mon CV ! »

« Il y a du taf et plein de débouchés »

Dans le Grand Salon de la villa, chacune des dix créations présentées par les lycéens des Hauts-de-France impressionne le public par la qualité et la précision du travail fourni. « Cela va les aider à avoir une meilleure image d’eux-mêmes et de leur filière et leur donner confiance en eux pour la suite », se réjouit Isabelle Giordano, l’ancienne « Madame Cinéma » de Canal+ reconvertie dans le mécénat. Comme Arthur, en formation taille de pierre au lycée professionnel de l’Acheuléen à Amiens (Picardie), qui ressort de cette « parenthèse enchantée » boosté à bloc. « On avait un but en venant ici et on a été au bout tous ensemble, témoigne avec fierté le lycéen. C’est vraiment motivant et ça m’a appris à ne rien lâcher pour la suite. »

Qu’il se rassure, le jeune homme ne devrait pas trop galérer à trouver un métier après sa formation. « Il y a du taf et plein de débouchés dans notre filière, abonde sa camarade Lisa. On peut par exemple travailler pour les monuments historiques, les pompes funèbres, faire de la sculpture ou de la gravure sur pierre. » Leur professeur Hervé Vancaelemont qui les accompagne à Rome sent d’ailleurs ces derniers temps un regain d’intérêt pour sa filière qui a longtemps été boudée. « Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle qui suscite des craintes chez les jeunes quant à leur avenir, on voit que les métiers manuels attirent de nouveau et c’est une bonne chose », assure-t-il.

Un premier voyage à l’étranger pour beaucoup de jeunes

Pour ses élèves, la résidence à la Villa Médicis a aussi été l’occasion de découvrir les innombrables trésors de Rome, véritable musée à ciel ouvert. « Il y a de la pierre partout ici donc ça vaut vraiment la peine d’avoir mal aux jambes », sourit Antoine. Pour beaucoup de ces jeunes, Résidence Pro est d’ailleurs leur premier voyage à l’étranger. « C’est le cas pour environ 80 % de ces lycéens, assure Sam Stourdzé. Et certains ne sont jamais sortis de leur région. »

Notre dossier Vie Pro

En formation graphisme au lycée Saint-Vincent-de-Paul de Soissons (Aisne) Cheryle est ainsi tombée sous le charme de Rome. « On a l’impression d’être plongé dans un livre d’histoire, c’est vraiment une chance incroyable de découvrir cette ville », indique la jeune femme, pas très motivée à l’idée de repartir. Car pour beaucoup de ces lycéens, le retour dans les Hauts-de-France risque d’être dur. Avec en prime les épreuves du baccalauréat qui vont démarrer dans quelques jours pour certains. « J’en avais presque oublié que ça arrivait si vite, rigole l’un d’entre eux. Mais avec tout ce qu’on a vécu cette semaine, ça va passer crème ! ».