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Comment expliquer le zéro pointé de l’aviron français aux Jeux olympiques

JO 2024 – Aviron : « Je ne peux pas tout dire »… Comment expliquer le zéro pointé des rameurs ?

Chou blanc doncL’équipe de France d’aviron égale son record de Barcelone 1992, avec zéro médaille au compteur
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Pour la première fois depuis 1992, l’aviron français n’a ramené aucune médaille aux Jeux olympiques.
  • L’objectif fixé par le DTN, Sébatien Vieilledent, était pourtant de trois médailles. Mais les difficultés rencontrées par certains équipages durant l’olympiade et des problèmes plus larges n’ont pas permis de remplir l’objectif.
  • « Il y a quelque chose dans notre système qui fait qu’on n’est plus compétitif à très haut niveau », nous a expliqué Matthieu Androdias.

Sous la canicule de Vaires-sur-Marne,

Oh, les vilains petits canards. Alors que la France sombre dans une douce euphorie, rythmée par les titres olympiques de Léon Marchand, Manon Apithy-Brunet ou Pauline Ferrand-Prévot, que les médailles tricolores tombent comme à Gravelotte dans toutes les disciplines, il y en a un qui préfère rester discret dans son coin, tout penaud : l’aviron. « Quoi, pardon, vous m’avez sonné ? »

Alors que la compétition olympique n’est pas encore terminée, la délégation française a pris un énorme coup sur la tête ce jeudi. Avec l’avant-dernière place d’Emma Lunatti et Elodie Ravera Scaramozzino en finale du deux de couple, la France est assurée de terminer cette campagne avec l’incroyable score de zéro médaille. Du jamais vu depuis les Jeux de Barcelone en 1992.

« On ne va pas se cacher »

Oubliées les deux médailles d’Androdias-Boucheron et Tarantola-Bové à Tokyo, à la corbeille les objectifs de trois médailles fixés par le DTN Sébastien Vieilledent. La France repart de Vaires-sur-Marne les pieds dans l’eau. « Il faut aussi accepter le résultat, ne peut que constater le même Vielledent auprès de 20 Minutes. En effet, les objectifs de l’équipe de France étaient clairement affichés, on ne va pas se cacher. Il n’y a pas trois médailles, donc on n’a pas rempli nos objectifs. »

Le directeur technique national était pourtant très confiant quelques semaines avant les Jeux, lors d’un rendez-vous avec les médias, mettant en avant l’arrivée de Jürgen Gröbler, une sorte de Pep Guardiola des bassins, qui a tout gagné partout où il est passé et avait rejoint l’Hexagone pour en faire de même avec nos petits protégés. L’Allemand devait faire sa révolution et on allait voir ce qu’on allait voir.

« On espérait que ça fasse au moins l’impulsion de ce virage-là, on le sentait nécessaire depuis un moment, lance Mathieu Androdias. Je lance des hypothèses, mais peut-être qu’on n’a pas été assez radicaux, peut-être qu’on a fait les choses bien et que ça se paiera sur la prochaine olympiade. Parfois, on ne bosse pas pour la saison en cours. Il faut apprendre à s’engager sans avoir de résultats immédiats. C’est hyper dur, parce que tu t’engages pendant trois ans et peut-être que tu seras récompensé l’année d’après. »

Des explications au cas par cas

Reste que, en ce jeudi noir pour l’aviron français, difficile de penser à l’avenir. Sur les cinq bateaux engagés, un seul (Lunatti-Ravera Scaramozzino pour ceux qui ne suivent pas) s’est qualifié pour la finale. Pour les autres, grimace générale, même si le quatre sans barreur et le deux de couple homme poids léger ne sont passés qu’à quelques centièmes de la qualif pour la finale. « Il faudra faire un bilan d’ensemble pour poser les choses pour l’avenir, analyse Alexis Besançon, le coach d’Androdias et Boucheron. Mais chaque équipage a une histoire particulière sur ces trois dernières années qui explique le résultat. »

  • Le deux de couple Androdias-Boucheron : Dépression et de nombreux pépins physiques ont rythmé l’olympiade des deux hommes. « On a quatre mois de travail sur trente-six, regrette Besançon. L’explication, pour eux, on l’a. »
  • Le deux de couple poids léger Ludwig-Beurey : Entre l’un qui se traîne un Covid long et l’autre qui se pète le poignet à quelques mois des JO, la préparation n’a pas été idéale.
  • Le deux de couple Lunatti-Rivera Scaramozzino : Un attelage bâti à la hâte un mois et demi avant les JO, à cause des contre-performances de Margaux Bailleul, laissée sur le ponton.
  • Le deux de couple poids léger Tarantola-Bové : Clairement la très grosse déception de ces JO, elles qui avaient déjà eu toutes les peines du monde à se qualifier.
  • Le quatre sans barreur Rayet-Turlan-Turlan-Brunet : Une équipe créée de toutes pièces par Jürgen Gröbleur, qui reste quand même la petite éclaircie de ces Jeux.

« Questionner nos systèmes, nos convictions, nos certitudes »

« Je pense qu’on est sur des Jeux olympiques extrêmement denses, extrêmement percutants dans la performance sportive, assure Sébastien Vieilledent. Ce n’est pas une surprise, on le sait, mais quand même. Je pense qu’on savait qu’on avait le potentiel de ces trois médailles, mais on était sur une ligne de crête, on avait zéro marge de manœuvre, zéro droit à l’erreur. Il faut l’accepter. Mais ça va nous permettre, je pense, sans concession, de faire l’analyse qu’il faut pour essayer de se relancer. »

Matthieu Androdias, qui va faire une pause de plusieurs semaines pour tenter de remettre tout à plat, espère justement que tout sera fait pour remettre la barque à niveau, sans mettre la poussière sous le tapis :

« J’ai un avis personnel qui est dur, parce que je suis très dur avec moi-même donc je suis très dur avec le système, explique-t-il à 20 Minutes. Je pense que c’est le symptôme de quelque chose. Il ne faudra surtout pas s’en tirer en se reposant uniquement sur des arguments de malchance, de manque de temps ou ce genre de facilité. Il faudra en profondeur questionner nos systèmes, nos convictions, nos certitudes… Il y a quelque chose dans notre système, et je ne peux pas tout dire, qui fait qu’on n’est plus compétitif à très haut niveau. Si notre volonté c’est de l’être à nouveau, il va falloir passer tout ça au tamis et être dans l’action. » »

Un premier bilan sera dressé vendredi par le DTN qui ne veut pas voir tout noir après ces JO malgré tout bien sombres : « L’héritage de ces Jeux, malgré le manque de médailles, est déjà là. On a beaucoup appris et on a fait monter en puissance un ensemble de facteurs et de cadrans qui n’existaient pas, même pour la préparation de Tokyo. Ça, c’est du gagné. C’est de l’acquis. »

L’optimisme était également présent chez Alexis Besançon : « Des calottes, on en a connu, Matthieu et Hugo en ont connu, ils se sont construits comme ça, ils ont réussi comme ça. Mais je crois beaucoup en la capacité de l’aviron français à se relever de ça. Le sursaut collectif qu’on aura qui fera la réussite. On va montrer, et il faut montrer, combien on est soudés. C’est indispensable. » Pour que le vilain petit canard se transforme en gentil toutou à Los Angeles et suive l’exemple des autres disciplines.