JO 2024 Escrime : Joie de vivre, routine établie… Comment Manon Apithy-Brunet a géré ses émotions pour décrocher l’or
La consécration•Après sa médaille de bronze glanée aux JO de Tokyo, Manon Apithy-Brunet a décroché la plus belle des médailles, lundi, au Grand PalaisAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Manon Apithy-Brunet a été sacrée championne olympique du sabre, lundi soir au Grand Palais, en battant en finale sa compatriote Sara Balzer.
- Trois ans après sa médaille de bronze au Japon, la sabreuse tricolore a vaincu ses démons et a bien su maîtriser ses émotions.
- Le tout grâce à une stratégie bien préparée en amont.
Au Grand Palais,
On ne va pas se mentir, on a eu peur. A tel point que de vieux démons sont venus hanter nos pensées et imaginer le pire. Quand Manon Brunet-Apithy a commencé à s’agacer, accrochée par la Kazakhe Aigerim Sarybay, dès son entrée en lice, des petites lumières ont très vite clignoté dans notre cerveau un peu malade : dans le décor luxuriant et assourdissant du Grand Palais, la sabreuse allait encore devoir se battre avec ses émotions.
Heureusement, nos prévisions sont aussi fiables que les plans de Gérard Lopez pour sauver les Girondins de Bordeaux. Et les larmes si souvent descendues de ses joues, les pensées négatives ou le stress inhibant ne sont pas venus perturber la route vers l’or de la Lyonnaise, malgré quelques alertes à des moments chauds, notamment lors du quart ou la demi-finale. Mais un plan machiavélique avait été mis en place pour que la médaillée de bronze aux JO de Tokyo survole tous les éléments qui pouvaient la contrarier et l’empêcher de décrocher l’or.
La positive attitude
On avait imaginé beaucoup de choses, mais voir Manon Brunet-Apithy, avant et pendant l’assaut, jouer avec le public, qui n’attend que ça pour se briser les cordes vocales, n’était pas vraiment dans la short list. « Je suis arrivée ici, j’étais tellement heureuse, racontait la nouvelle championne olympique en zone mixte. Mais je me disais, là ça ne va pas, t’es trop heureuse, trop contente de t’échauffer. J’ai eu des boules de stress, j’ai pleuré un petit peu avant de venir sur la piste. Et je me disais juste, t’as plein d’émotions, t’as peur, t’es heureuse, tu stresses. Et je me suis juste dit, ok, c’est juste que t’es en train de vivre. »
Même avant la finale, après avoir descendu la quarantaine de marches de l’escalier d’honneur du Grand Palais, elle sautillait en arrivant sur la piste, saluant le public avec son sabre, tout sourire. « Je me disais mais c’est pour moi ça ? Ok, donnez-moi, donnez-moi, je prends. Ils criaient tellement fort que j’avais envie de leur dire, vous savez comme ça me touche, ça me donnait les larmes aux yeux à des moments, ça me rendait tellement heureuse. »
Le plan avec Julien Médard
Dans la foulée des JO de Tokyo, Manon Apithy-Brunet a pris la décision de quitter le giron fédéral de l’Insep et s’installer avec le maître d’armes Christian Bauer à Orléans. Mais, pour les Jeux, faute d’accréditation, c’est Julien Médard, coach de l’équipe de France de sabre, qui était assis dans le box de la Française. Comme au bon vieux temps. « On a travaillé ensemble pendant quatre ans jusqu’à Tokyo. Il a été calme, il m’a écoutée. Il a été juste une bouffée d’air frais sur le moment. »
Médard et Apithy-Brunet ont surtout établi un plan, une petite routine en cas de coup dur durant l’assaut, pour ne pas que l’athlète soit emprisonnée dans ses émotions. « A chaque fois qu’elle prenait deux touches d’affilée, je lui faisais un signe pour qu’elle coupe, qu’elle prenne quelques secondes pour qu’elle se remette les idées en place et ne pas enchaîner une dynamique négative », détaille l’entraîneur à 20 Minutes.
« Ça, elle l’a très bien fait et ça a été la clé qui lui a permis de se maîtriser. On s’était dit qu’il fallait qu’on arrive à maîtriser ce qui était maîtrisable, en l’occurrence elle. Les arbitres, on ne les maîtrise pas, le public, on ne le maîtrise pas, l’adversaire, on essaie de le maîtriser, mais on n’est pas dans sa tête. »
Les conseils de Boladé Apithy
On l’a vu débouler à toute vitesse sur la piste se jeter dans les bras de sa dulcinée, toute nouvelle championne olympique. Quelques minutes plus tôt, notamment lors de la demi-finale, on le voyait se prendre la casquette à deux mains, souffler, passer ses nerfs en serrant une rambarde dans les tribunes. Autant dire que Boladé Apithy n’a pas vécu une journée très calme. « C’est dur à vivre, c’est trop intense », en rigolait-il après la qualification pour la finale.
Le sabreur a profité d’avoir concouru dès samedi pour donner des conseils à sa dulcinée. « Boladé m’a dit : « Sois-toi sur la piste, sois-toi quand tu rentres sur le terrain, et c’est comme ça que tu pourras gagner. J’étais libérée. Lui, il a profité à fond, il n’a aucun problème, il m’a dit profite. Il y a des moments pour se concentrer, il y a des moments pour prendre les émotions. Si t’aimes ça, prends-les. »
La demie à surmonter
Désormais, le mot « demi-finale des Jeux olympiques » ne donnera pas d’urticaire à Manon Brunet-Apithy. Eliminée à ce stade de la compétition à Rio et à Tokyo, la sabreuse ne voulait surtout pas revivre pareille désillusion à Paris. « J’ai dit à Boladé que je ne signerai pas pour une médaille de bronze, je vais tenter plus. Je ne sais pas vous mentir, arriver sur la demie, c’était quand même très difficile parce que je ne sais pas si j’aurais réussi à me retourner et faire une médaille de bronze. Je me suis dit, non, je veux aller en finale. C’est pour ça que je m’écroule par terre [à la fin du match], parce que j’ai cuté cette demie. »
« Il y avait déjà le quart de finale, où elle affrontait une fille qui l’a souvent battue, complète Boladé Apithy à 20 Minutes. A Rio et à Tokyo, elle avait perdu en demie et elle est partie travailler avec le maître Bauer pour gagner ce match-là. Ce sont trois ans de travail qui sont récompensés. »



















