Jeux paralympiques de Paris 2024 : Et si la billetterie faisait un flop ?
RENDEZ-VOUS•Loin de nous l’idée de porter la scoumoune aux équipes du comité d’organisation, mais niveau confidentialité, les sports paralympiques se posent là. Or, le temps file avant les Jeux paralympiques et le doute subsisteLaure Gamaury
L'essentiel
- Lundi à 10 heures s’ouvre la billetterie pour les Jeux paralympiques de Paris. 2,8 millions de places seront disponibles, et pas besoin de passer par la case tirage au sort cette fois-ci.
- Si la visibilité et la médiatisation des athlètes et des sports para est encore bien à la traîne en France, le Cojop est globalement optimiste pour l’ouverture de cette vente, malgré quelques voix plus circonspectes.
- « C’est une possibilité que les stades soient vides mais pas une crainte, car on a l’habitude en fait, lâche le sauteur en longueur Arnaud Assoumani, qui vient de se qualifier pour ses 6e Jeux paralympiques. En revanche, ce serait une réelle déception ».
Après des mois à courir après une place pour admirer Clarisse Agbegnenou défendre son titre olympique, Estelle Mossely monter sur le ring pour son challenge XXL ou les équipes de France de hand réaliser un nouvel exploit, le tout sans exploser son livret A (dont le taux est enfin intéressant pour envisager d’épargner, notons-le), place lundi à l’ouverture de la billetterie des Jeux paralympiques de Paris-2024. A 10 heures, les amateurs de cécifoot, para-athlétisme, rugby fauteuil, ou tout simplement les fans de sport et d’émotions pourront se ruer sur les quelque 2,8 millions de tickets mis en vente.
« Notre but, c’est de faire en sorte qu’il y ait un maximum de monde dans les tribunes l’an prochain pour soutenir nos athlètes aux Jeux paralympiques, s’enthousiasme Tony Estanguet, président de Paris-2024. Les Jeux à la maison, c’est une fois dans sa vie, et on veut à tout prix éviter que les gens se disent le lendemain des Jeux, "Si j’avais su, j’y aurais été !" ». Oui, mais les Français sont-ils prêts à dépenser de l’argent pour des sports peu médiatisés dans leur pays, et où les Jeux paralympiques n’ont été retransmis en direct sur une chaîne publique nationale qu’à partir de Rio en 2016 ? Pour rappel, en 2012, malgré une pétition signée par plus de 20.000 personnes, les chaînes du groupe France Télévisions n’avaient diffusé que les cérémonies d’ouverture et de clôture en direct, et c’est la chaîne TV8 Mont-Blanc qui avait choisi de diffuser quelques épreuves en live, le reste étant des résumés présentés dans des émissions en différé sur France TV.
Pas de tirage au sort
« C’est une possibilité que les stades soient vides mais pas une crainte, car on a l’habitude en fait, lâche Arnaud Assoumani, qui vient de se qualifier pour ses 6e Jeux paralympiques. En revanche, ce serait une réelle déception ». Il est l’une des figures de proue de l’équipe d’athlétisme, champion paralympique à Tokyo du saut en longueur, catégorie T47, et double vice-champion paralympique à Londres en saut en longueur et triple saut.
Déjà, le comité d’organisation (Cojop) devrait cette fois limiter les polémiques sur les prix, la moitié des billets coûtant moins de 25 euros et 80 % moins de 50 euros, ainsi que 500.000 billets à 15 euros, dans tous les para sports. Pas de jaloux non plus sur la priorité, puisque le système de tirage au sort mis en place pour les Jeux olympiques n’a pas été retenu pour cette billetterie des Paralympiques. « Désormais, la plateforme de vente des places sera ouverte en continu jusqu’au début des Jeux, précise le Cojop. Après la mise en ligne lundi des billets pour les compétitions paralympiques, nous allons réinjecter des places pour les JO courant décembre, pour les fêtes de fin d’année ».
Une communication autour du match retour
« On sait que la billetterie des JO a eu beaucoup de succès, peut-être même un peu trop. C’est là l’opportunité de continuer la fête avec le match retour qui, on le sait bien, est décisif », confie dans une métaphore 100 % « Les croisés, tu connais » Etienne Thobois, directeur général de Paris-2024. « On met tous les moyens de notre côté pour faire connaître les Jeux et les athlètes paralympiques, donner envie aux Françaises et aux Français de les vivre, pour que la fête soit la plus belle possible », ajoute Tony Estanguet.
« On a la chance d’être en Europe : les stades étaient pleins pour les Paralympiques de Londres en 2012. Le public va adhérer, j’en suis sûr, renchérit Ryadh Sallem, membre de l’équipe de France de basket fauteuil. A Rio, j’y étais aussi, c’était rempli. Hormis Tokyo et son édition spéciale sans public à cause du Covid-19, les derniers Jeux paralympiques ont été plébiscités ». Et pour l’édition 2024, le groupe public d’audiovisuel a fait un vrai pari : France TV proposera 300 heures de direct sur France 2, France 3 ou France 4, la retransmission des cérémonies d’ouverture et de clôture, ainsi que plusieurs émissions et rediffusions. Et comme pour les JO, la plate-forme france.tv complétera le dispositif. De quoi rivaliser avec Channel 4, qui a les droits pour la diffusion en Angleterre. Parce qu’une victoire contre les Anglais, ça ne se refuse jamais. JAMAIS.
Le public français est-il prêt à payer ?
Malgré l’enthousiasme, quelques voix résonnent ici et là sur une adhésion en demi-teinte. « On a parfois l’impression que la marche est trop haute et qu’on ne va pas y arriver, tempère Guislaine Westelynck, présidente de la Fédération française de Handisport. J’étais entraîneuse de natation à Sydney en 2000, c’était plein à craquer. Mais en France, je pense que c’est un peu plus compliqué. On a moins un public de sportifs ». Mais celle qui était aussi présidente du Comité d’organisation des paramondiaux d’athlétisme cet été à Paris admet que finalement, la première billetterie payante « n’a pas été bloquante pour la fréquentation ». Même si c’est surtout la billetterie solidaire, 75.000 billets sur les 125.000 vendus, qui a particulièrement attiré le public à Charléty.
« J’étais un peu circonspecte pour tout vous dire. Déjà qu’on n’a pas trop de monde, si en plus, on fait payer. Et on m’a dit que ce qui était gratuit n’avait pas de valeur. Alors on a tenté le pari. On n’a pas eu stade comble avec 15.000 personnes, mais les chiffres obtenus sont suffisants pour parler d’un succès. » »
Pour les Jeux paralympiques, 500.000 billets ont été réservés aux collectivités, dont 300.000 vendus à l’Etat, et les billets les plus chers seront à 100 euros, hors cérémonie d’ouverture et de clôture. « On est légèrement au-dessus des prix des éditions précédentes, indique Michaël Aloïsio, directeur général délégué du Cojop. Parce qu’on a la responsabilité de donner de la valeur à cet évènement ». Et parce qu’en 2012, la Grande-Bretagne avait vendu 2,7 millions de billets pour ses Jeux paralympiques. Les Anglais. La victoire, tout ça !
Des offres sur-mesure pour attirer le plus grand nombre
« Outre le public français, duquel on reçoit pas mal de signaux positifs, on espère aussi attirer un public international, souffle Etienne Thobois. Et notamment les "grands-Bretons", particulièrement séduits par les Paralympiques après Londres 2012 ». Et leur montrer qu’en France on peut faire mieux, même si on a perdu en 2012 ? OK, on arrête avec les Anglais.
Chaque spectateur a la possibilité d’acheter 30 billets en tout, cumulables avec les 30 des JO. Il peut en prendre dix par session et quatre par cérémonie. Tous les billets pour les finales seront compris entre 25 et 100 euros. Paris-2024 mise aussi sur des nouveautés côté billetterie avec des « Pass Découverte » et des « Offre famille ». La première permettra, pour 24 euros, d’accéder à trois ou quatre épreuves dans la même journée dans « Paris sud » ou « Paris centre ». « C’est vraiment l’occasion de découvrir des sports méconnus, comme l’escrime fauteuil ou le parataekwondo au Grand Palais, le parajudo à l’Arena du Champ de Mars, le cécifoot au pied de la Tour Eiffel et le para tir à l’arc aux Invalides », mentionne encore Michaël Aloïsio.
Et de profiter de Jeux en plein cœur de la capitale française, comme le rappelle Arnaud Assoumani. « On va concourir dans des lieux hallucinants puisqu’on va profiter du patrimoine historique de Paris, l’équitation à Versailles, le tir à l’arc sur le Champ de Mars, l’escrime et le taekwondo au Grand Palais, l’athlé au Stade de France, la cérémonie d’ouverture à la Concorde. C’est vraiment unique dans l’Histoire. On n’a jamais vu des Jeux autant dans la ville. Je pense aussi qu’il y aura du public pour les Paralympiques pour ce spectacle-là. »
Que faire si la mayo ne prend pas ?
« L’un de nos challenges est de faire adhérer le grand public à la cause du match retour alors même que le match aller n’a pas eu lieu ». En gros, Paris-2024 aimerait bien pour des raisons d’organisation et de sécurité vendre la majorité des billets pour les Jeux paralympiques maintenant plutôt que d’attendre la fin des JO pour provoquer un engouement populaire, comme ça a, par exemple, été le cas à Rio. Pour la première fois, la plateforme sera d’ailleurs ouverte à tout le monde, dans tous les pays.
« On veut que dans quelques mois, Alexis Hanquiquant, Sandrine Martinet ou Léo Mazur soient reconnus dans la rue, projette encore Michaël Aloïsio. Ça prend du temps mais on mise là-dessus pour avoir outre du public, de véritables supporteurs pour nos champions français. Et puis offrir une dernière chance à tous de vivre les Jeux à la maison ». »
« On a un objectif budgétaire de remplissage des stades autour de 80 %, mais plutôt que de chercher des plans B, on va mettre cette quasi-année à profit pour y parvenir. Quel que soit l’événement, il y a toujours l’enjeu du remplissage et de l’engouement. A Paris-2024, on est partis pour faire des stades pleins. C’est l’ambition », conclut le comité d’organisation. Et battre les Anglais, hein, faut pas déconner.



















