Handball : « Si on parvient à un résultat sur ce Mondial, quelle classe ! », s'enthousiasme Estelle Nze Minko

INTERVIEW DU LUNDI Trois mois après l'or olympique, les handballeuses de l'équipe de France sont de retour en compétition internationale officielle en Espagne, du 1er au 19 décembre 2021

Propos recueillis par Laure Gamaury
— 
Estelle Nze Minko a remporté le Graal olympique cet été à Tokyo avec l'équipe de France.
Estelle Nze Minko a remporté le Graal olympique cet été à Tokyo avec l'équipe de France. — Franck FIFE / AFP
  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu du moment. Cette semaine, c’est Estelle Nze Minko qui répond à nos questions, à quelques jours du début du Mondial en Espagne, qui se déroule du 1er au 19 décembre 2021.
  • Championne olympique en titre, la joueuse de Gyor en Hongrie rêve de faire le doublé,  « ce serait ouf ! » pour conforter l’exploit de l’été.
  • Sportive de haut niveau, l’arrière tricolore est une touche-à-tout qui en parallèle gère la boîte qu’elle a créée : The V Box. Rencontre avec une sportive entreprenante bien dans ses baskets.

Dotée d’un palmarès déjà époustouflant en bleu – médaille d’or aux Jeux de Tokyo et d’argent cinq ans auparavant à Rio, championne du monde en 2017 et d’Europe en 2018 –, la pétillante arrière polyvalente Estelle Nze Minko, tout juste 30 ans, n'est pas rassasiée au moment de retrouver les Bleues pour le Mondial espagnol : « Faire le doublé là, ce serait ouf ».

Désormais taulière dans l’effectif d’Olivier Krumbholz, la jeune femme hyperactive n’hésite pas à profiter de sa notoriété grandissante pour véhiculer les valeurs qu’elle défend. Estelle Nze Minko gère, en parallèle de sa carrière sportive, sa société baptisée The V Box, qui propose des box surprises conçues par et pour les femmes. 20 Minutes est allé à sa rencontre à la veille de rallier Barcelone pour une compétition qui démarre vendredi à 18 heures pour les Françaises face à l’Angola.

Comment se passent ces premières retrouvailles post-JO ?

C’est particulièrement agréable parce que j’ai pas mal souffert de la séparation assez brutale avec les filles. On a célébré notre victoire un soir et ensuite, on est toutes reparties dans nos familles, on avait une petite semaine de vacances. Puis direction le club et le retour de la saison et du quotidien. Les filles m’ont manqué, j’avais besoin de partager avec elles cette aventure, d’en parler. C’était quand même violent de passer d’un mois et demi, compète et prépa incluses, avec 18 meufs et du jour au lendemain, tu ne les vois plus. Revoir tout le monde a permis de revenir sur l’évènement, de se faire des gros câlins et de partager la joie de se retrouver. J’ai pris l’habitude de dire que cet été, je m’étais mariée à 18 meufs et 7 mecs du staff, tellement c’était intense.

Estelle Nze Minko célèbre le titre olympique avec ses coéquipières à Tokyo.
Estelle Nze Minko célèbre le titre olympique avec ses coéquipières à Tokyo. - Franck FIFE / AFP

Comment enchaîne-t-on après avoir remporté le titre d’une carrière ? Comment trouve-t-on la motivation ?

Ah clairement le titre olympique, c’est le Graal. Pour la compétition qui arrive, je me dis que trois mois après avoir gagné l’or olympique, si on arrive déjà à se remobiliser et à faire un résultat sur un Mondial, quelle classe ! Je suis super excitée à cette idée. J’ai envie de marquer encore plus fort l’Histoire. Il y a pas mal d’équipes qui, quand elles arrivent à faire un maxi résultat, se relâchent un peu voire s’écroulent sur la compétition suivante. Il y a cinq ans à Rio, les Russes deviennent championnes olympiques, et trois mois après, à l’Euro-2016, elles arrivent à 20 % de leurs capacités et sortent dès le premier tour. Nous, on ne veut pas lâcher le steak !

Quelle est votre place dans ce groupe tricolore ?

J’ai un rôle autant de médiatrice que de repère. Je m’entends bien avec tout le monde, j’ai la sensation que tout le monde me fait confiance autant sportivement qu’humainement. Je ressens beaucoup de confiance et de sérénité sur ma place dans le groupe. Je pense être quelqu’un qui rassemble.

Comment entretient-on les relations avec ses coéquipières en équipe de France quand on est chacune dans son club ?

La plupart d’entre nous jouent la Ligue des champions donc on suit les résultats des unes et des autres, on s’envoie des messages. Aujourd’hui avec les réseaux, c’est d’autant plus facile d’envoyer un peu de love sur une story Insta. J’ai aussi la chance de jouer avec certaines en club (Laura Glauser et Amandine Leynaud qui a pris sa retraite internationale après les Jeux), d’autres sont parties (comme Béatrice Edwige) mais on est restées proches. Donc même si on ne se raconte pas forcément notre life tous les jours, on garde vraiment un lien particulier. On n’est pas seulement une équipe sur le terrain.

Vous jouez à Györ en Hongrie, comment vous y sentez-vous et qu’envisagez-vous pour la suite ?

J’y suis bien, le début de saison s’est idéalement passé : on est à 17 victoires sur 17 matchs. J’ai un nouvel entraîneur, on a une équipe archi-compétitive. J’ai encore une saison de contrat après celle-là, donc pour l’instant, j’ai le temps de réfléchir à la suite.

Après un titre aux JO, n’a-t-on pas envie de changement radical ?

Là c’est ma troisième année à Györ mais en fait, le Covid a amputé les deux dernières saisons. Mon objectif est clair : gagner la Ligue des champions. La première année, je n’ai pas pu la jouer à cause de la pandémie, l’an dernier, on a perdu en finale. Donc pour l’instant, je n’ai pas encore atteint ce que j’étais venue chercher en Hongrie. Je pense que c’est la raison pour laquelle je suis toujours impliquée dans le projet de Györ malgré les succès en équipe de France, malgré l’or olympique. Je me sens toujours investie de cette mission et je sais que je joue dans un club qui fait partie des favoris.

Vous avez donc ce double projet en club et en bleu, mais également la société My V Box, que vous avez créée. Ça veut dire quoi déjà My V Box ?

Il y a plusieurs histoires à l’origine de ce nom. A la base, je voulais créer une box « coup de poing » parce que j’étais frustrée que les box féminines soient toujours orientées make up et beauté. Je trouvais le marché des box trop restreint. Donc au début, je voulais l’appeler vagin. Sauf qu’après plusieurs discussions avec des entrepreneures, je me suis rendu compte que ce n’était pas révélateur de mon projet. Je voulais qu’elle soit inclusive, qu’elle parle à un maximum de gens. Et en parallèle de ce projet de nom, le V me fait penser à la forme des sourcils de Frida Kahlo, une nana qui est pour moi une icône.

Quelle est la genèse de The V Box ?

L’idée a germé il y a déjà un petit moment. Et pendant le confinement, ça s’est pas mal concrétisé. Je joue en Hongrie depuis cinq ans et avant j’avais toujours vécu dans des grandes villes, à Toulouse, à Bordeaux, à Nantes, près de Paris. J’avais toujours eu une vie très citadine que j’adore, avec ses petites boutiques et tous les évènements culturels. Et là, je me retrouve dans une petite ville de Hongrie, je ne parle pas la langue et dans mon quotidien, je me suis sentie en manque de stimulation intellectuelle. J’aurais pu reprendre des études à distance, mais j’ai préféré me lancer dans l’entrepreneuriat pour développer un maximum de compétences. Pour The V Box, je me suis juste fait un peu aider au début par une agence pour la partie graphisme, business plan et juridique, et ensuite, j’ai foncé avec mes idées et mes envies, au feeling.

Et aujourd’hui, comment faites-vous fonctionner votre société depuis la Hongrie ?

J’ai externalisé la partie logistique qui s’opère depuis un entrepôt à Sedan. Au quotidien, quand je suis à Györ, c’est finalement assez facile de s’organiser. C’est plus compliqué quand je suis en stage car le programme est moins facile à prévoir. Par exemple, cet été aux Jeux, j’ai coupé pendant trois mois. Mon sentiment est paradoxal : j’aimerais avoir plus de régularité dans mon entreprise mais je suis heureuse de l’avoir créée à mon image. Comme je suis athlète de haut niveau et que j’ai un emploi du temps plus ou moins chargé, je n’ai pas créé de système d’abonnement. Et finalement ça me ressemble bien car je ne suis pas fan de ce fonctionnement où quand une box ne te plaît pas, tu ne peux pas la renvoyer. Là, je trouve que le choix est plus sympa.

Capture d'écran d'une story Instagram d'Estelle Nze Minko
Capture d'écran d'une story Instagram d'Estelle Nze Minko - Instagram / Estelle Nze Minko

Avez-vous eu des soucis avec votre club de Györ ou avec l’équipe de France par rapport à votre activité d’entrepreneuse ?

En Hongrie, je pense qu’ils ne se rendent pas compte du boulot que je fais, de l’investissement, à cause de la barrière de la langue. Et comme c’est mon employeur, c’est sans doute pas plus mal. Ça m’évite des discussions sur « Pourquoi tu bosses 6 heures par jour sur un autre projet que ce pour quoi on te paie ? ». Sachant que moi, ça me nourrit vraiment de gérer ma société, ça m’apporte aussi dans ma carrière d’athlète. Mais c’est atypique, donc ça peut déclencher des questionnements et des reproches. Niveau équipe de France, j’ai de la chance, on me fait confiance et ça n’a jamais été un sujet. Après c’est sûr que je marche sur un fil parce que le jour où je vais être un peu moins performante ou un peu plus fatiguée, on pourrait me le reprocher.

Concernant votre statut aujourd’hui, comment vous voyez-vous ? Vous sentez-vous investie de missions particulières ?

Je suis féministe évidemment, j’adore. Ma définition du féminisme ? Être en faveur de l’égalité, et basta. J’aime l’idée que j’investis l’argent que j’ai dans ma société, que ma petite notoriété de handballeuse pro, je la mets au service des autres en faisant passer des messages, en parlant de sujets tabous, en inspirant les autres pour qu’ils sortent des sentiers battus et s’épanouissent. J’ai déjà fait des tribunes où je parle des règles, où je déconstruis le mythe de la sportive parfaite.