Mondial de hand : Pourquoi les fins des matchs des Bleues sont-elles aussi dingues ?
HANDBALL FEMININ•L’équipe de France, opposée aux Pays-Bas en quarts de finale des championnats du monde mercredi, risque encore de jouer sa qualification à l'arrache sur la dernière action…Julien Laloye
Il y a une semaine, on se demandait par ici si regarder du foot, c’était trop d’émotions pour nos petits cœurs fragiles. En fait, on s’est juste trompés de sport. Il suffit d’allumer sa télé à cinq minutes de la fin d’un match de l’équipe de France de handball féminin pour comprendre : ces filles veulent notre peau. Encore que face à l’Espagne, en huitièmes de finale des championnats du monde, on a eu du pot. Les Françaises, qui jouent une place en demies contre les Pays-Bas ce mercredi, nous ont fait le coup du lièvre et de la tortue avant d’emporter la mise sur un penalty arraché à l’ultime seconde (littéralement) par Pineau.
Le pénalty qui envoie les Bleues en quarts ! par Beinsports-FR
« Pour en avoir parlé avec certaines, elles ont senti le vent de la porte d’avion du retour qui s’ouvre, plaisante Valérie Nicolas, l’ancienne gardienne aujourd’hui consultante sur la compétition pour BeIN Sports, qui diffuse les rencontres de l’équipe de France. Mais elles ne le font pas exprès, hein. Si elles pouvaient gagner plus facilement elles le feraient. Les fins de match au couteau, des fois ça sourit, des fois ça ne sourit pas. Là c’était un scénario plutôt bien géré ».
« "Des bleues renversantes", @PineauAllison qui sonne la révolte à la mi-temps et 1 victoire à la clé !Alison ! pic.twitter.com/ygGHxulQyJ — Béatrice Barbusse (@bbarbusse) December 15, 2015 »
Cela n’arrive pas si souvent. Après la Corée en poule, Alain Portes, le sélectionneur, était proche du désespoir : « j’ai honte, j’espère que les filles ont honte. Il faut qu’elles se construisent un mental. C’est bien gentil de dire qu’on veut aller dans le dernier carré mais encore faut-il le montrer ». Ses protégées y avaient mis du leur, il faut dire. Gaspiller une avance de trois buts avant de gâcher deux contre-attaques en supériorité numérique sur la dernière minute, chapeau. Le pire ? Ce n’était qu’un avant-goût par rapport au chef-d’œuvre brésilien, quatre jours plus tard. Estelle Nze Minko qui enfile la chasuble de joueuse supplémentaire à la place de la gardienne pour égaliser, puis qui oublie de ressortir, avec petit lob brésilien dans le but vide pour finir.
Hand : France 20-21 Brésil par Beinsports-FR
« Sur le temps mort, on a parlé de la combinaison avec Estelle mais pas de faire faute sur le repli défensif, quitte à prendre un carton rouge direct lâchait Camille Ayglon, toute en naïveté. La pièce aurait pu tomber de l’autre côté, mais je préfère que ce soit en poule plutôt que plus tard ».
Les Bleues accrochées par la Corée du Sud par Beinsports-FR
Le problème avec les Bleues, c’est que la pièce hésite souvent jusqu’au bout. C’est même dans la culture maison de jouer une médaille à pile ou face sur une dernière interception ave maria. « Ça a toujours été un peu comme ça, on est des filles qui ne lâchent rien, explique Valérie Nicolas. En 1999 [année de « naissance » du handball français au plus haut niveau chez les filles, ndlr], on gagne le match qui nous qualifie pour les JO en prolongations, et on perd la finale en double prolongation, déjà. L’équipe de France s’accroche jusqu’au bout, donc quel que soit l’adversaire, ça donne des matchs serrés ». Les vrais se souviennent même que rien n’aurait jamais été possible sans ce penalty arrêté… par Valérie Nicolas à cinq secondes de la fin d’un quart de finale remporté face au Danemark.
Désormais, chaque génération de joueuses se passe le modjo du match couperet, avec plus ou moins de succès. Alain Portes n’est pas tombé sur la meilleure période. Depuis les quarts de finale des JO de Londres perdus sur un coup de dés – interception, ballon perdu sur la relance et penalty encaissé sur le gong- les Bleues ont cafouillé toutes leurs fins de match décisives, parfois à cause l’arbitre (la Serbie en 2013), le reste du temps en raison d’une gestion baroque de certains ballons d’attaque. La victoire ric-rac contre les Espagnoles peut-elle servir de déclic en matière de money-time, avant les Pays-Bas en quarts de finale cet après-midi (17h45) ?
« Les filles ont progressé, il y a des joueuses plus fortes individuellement, et le jeu d’attaque est plus rôdé, veut convaincre Valérie Nicolas. Mais il faut se rendre compte de l’homogénéité du plateau. Les équipes se valent. On croit qu’en ayant sorti l’Espagne, on a sorti un gros morceau parce qu’elles sont vice-championnes d’Europe, et que derrière les Pays-Bas, qui n’ont pas de palmarès, ce sera plus facile. Mais le palmarès, elles l’ont en junior ! Il n’y a aucune certitude que ça passe cette fois pour l’équipe de France ». Une petite quand même, ça ne se réglera pas avant les deux/trois dernières secondes, en comptant large.


















