La Commission européenne veut enterrer ces jeux vidéo qui ne sont plus rentables
obsolescence•Malgré plus de 1,29 million de signatures, Bruxelles refuse d’obliger les éditeurs à maintenir leurs jeux accessibles après leur arrêt commercialRémi Capdevielle pour 20 Minutes
L'essentiel
- La demande de l'initiative citoyenne européenne « Stop Killing Games », qui a recueilli plus de 1,29 million de signatures pour empêcher les éditeurs de rendre leurs jeux inutilisables après la fermeture de leurs serveurs, a été rejetée par la Commission européenne qui estime que le cadre juridique actuel est suffisant.
- Bruxelles refuse d'imposer aux éditeurs de maintenir leurs jeux jouables, invoquant le droit de la propriété intellectuelle et rappelant que les joueurs bénéficient déjà de garanties par le droit européen de la consommation, avec, selon Michael McGrath un « remboursement approprié » si les engagements ne sont pas respectés.
- La Commission européenne envisage de « poursuivre sa coopération avec les autorités et les organisations de défense des consommateurs afin de renforcer la protection des joueurs » et souhaite créer un « code de conduite » pour encadrer les pratiques de fermeture des services de jeux, mais aucune nouvelle réglementation n'est prévue pour l'instant.
La mobilisation n’aura pas suffi. Après avoir recueilli plus de 1,29 million de signatures validées, l’initiative citoyenne européenne « Stop Killing Games » espérait convaincre Bruxelles d’empêcher les éditeurs de rendre leurs jeux totalement inutilisables lorsqu’ils ferment leurs serveurs. Lancée en 2024 après la disparition de The Crew des studios d’Ubisoft, la campagne demandait que les jeux vidéo commercialisés restent jouables, même une fois leur exploitation terminée. Mais dans sa réponse publiée en juin dernier, la Commission européenne a estimé que le cadre juridique actuel était suffisant, et ne proposera donc pas de nouvelle réglementation.
Bruxelles ne veut pas forcer les éditeurs
Pour l’exécutif européen, imposer aux studios de maintenir leurs jeux en fonctionnement poserait plusieurs difficultés, notamment au regard du droit de la propriété intellectuelle. Les éditeurs restent libres de décider de la durée d’exploitation de leurs œuvres et des services en ligne qui les accompagnent. Bruxelles estime donc qu’une obligation générale de maintenir les serveurs, ou de rendre les jeux jouables hors ligne, ne serait pas la solution la plus adaptée.
La Commission a rappelé que les joueurs bénéficiaient déjà de garanties grâce au droit européen de la consommation. Les entreprises doivent informer clairement les acheteurs sur les conditions d’utilisation d’un jeu, sa durée de fonctionnement et les modalités d’arrêt du service. D’après Michael McGrath, commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, si ces engagements ne sont pas respectés, les joueurs « devraient être remboursés de manière appropriée ». Plutôt que de créer une nouvelle loi, Bruxelles a donc choisi de s’appuyer sur des règles déjà bien en place. En attendant mieux ?
Un débat d’avenir
Une décision en forme de revers pour les défenseurs de « Stop Killing Games », qui dénoncent depuis plusieurs années la disparition de jeux achetés par les joueurs, mais plus assez rentables pour les éditeurs. Emmené par le créateur de contenu Ross Scott, le mouvement plaide notamment pour l’ajout d’un mode hors ligne ou l’ouverture de serveurs communautaires lorsque l’exploitation commerciale d’un jeu prend fin. Selon eux, ces solutions permettraient aussi de mieux préserver le patrimoine vidéoludique.
Heureusement, la Commission européenne ne tient pas à fermer complètement le dossier. Toujours selon Michael McGrath, elle envisage même de « poursuivre sa coopération avec les autorités et les organisations de défense des consommateurs afin de renforcer la protection des joueurs ». Elle souhaite surtout ouvrir un dialogue entre éditeurs, associations de consommateurs et autorités nationales. L’objectif ? Créer un « code de conduite » pour encadrer les pratiques de fermeture des services de jeux et définir de meilleures normes pour les utilisateurs à l’avenir. Mais pour l’instant, aucune nouvelle réglementation ne semble être à l’ordre du jour.


















