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Avec Foppa et Bouktit, le pivot gang, une spécialité à la française ?

Mondial de hand : Avec Pauletta Foppa et Sarah Bouktit, le pivot gang, une spécialité à la française ?

HandballEn demi-finale du Mondial, ce vendredi face à la Suède, l’équipe de France pourra compter sur son duo de pivot qui fait des ravages
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Si la France peut s’appuyer sur une longue tradition de pivots performants, Pauletta Foppa et Sarah Bouktit ont fait passer les Bleues dans une nouvelle dimension.
  • Les deux jeunes joueuses ont changé le jeu des Bleues.
  • Face à la Suède, l’équipe de France compte sur elle pour se qualifier pour la finale des Mondiaux

Olivier Krumbholz est un sacré coquin. Les Mondiaux ? « Mieux vaut ne pas les gagner », priorité aux Jeux… On a failli y croire, mais à d’autres, Olivier. Après une démonstration face aux hôtes Norvégiennes, tenantes du titre, et une qualification pépouze pour la demi-finale, qui se déroule ce vendredi face à la Suède, le sélectionneur de l’équipe de France ne peut plus se cacher. Le sacre, sinon rien. Surtout quand on compte ce qui se fait de mieux au monde au poste de pivot : Pauletta Foppa et Sarah Bouktit.

« Deux numéros de premier ordre », selon Eric Baradat, sélectionneur de l’équipe de France U20. Le technicien sait de quoi il parle, lui qui a été adjoint d’Olivier Krumbholz entre 2002 et 2013 et lors des JO 2016 : « Elles peuvent prétendre à jouer pivot dans n’importe quel club ou sélection du monde. On a été très souvent déficitaires par rapport à la Norvège à ce poste là. Ils ont une tradition de pivot, qu’ils sortent les uns derrière les autres. Aujourd’hui, non seulement on n’est pas déficitaire, mais on les domine sur ce poste grâce à cette paire. »

Des difficultés au poste pendant plusieurs années

Et la domination n’est pas près de s’arrêter si l’industrie norvégienne ne parvient pas à sortir un prototype dominant, type Erling Haaland des parquets, dans les prochaines années. Car Foppa (23 ans le 22 décembre) et Bouktit (21 ans) sont amenées à martyriser les zones pendant une sacrée belle période. La première, chez les Bleues depuis le berceau ou presque, a été rejointe cet hiver par la Messine, qui dispute sa première grosse compétition internationale. Ce qui laisse sur le côté une joueuse comme Béatrice Edwige, référence interplanétaire de la défense, plus en difficulté de l’autre côté du terrain.

Bouktit, Foppa, Edwige (sans oublier Oriane Ondono, troisième pivot lors de ce Mondial, ou Adja Ouattara, qui revient de blessure)… Le tout après avoir vu des Véronique Pecqueux Rolland, Isabelle Wendling ou Nina Kanto faire les beaux jours des Bleues. La France aurait-elle un savoir-faire spécifique en matière de pivot ? Pas encore, selon Eric Baradat :

« Ça serait prétentieux et mensonger de dire que la France peut s’appuyer sur une école de pivots, parce que, si tel était le cas, je pourrais dire aujourd’hui que je connais déjà, en cas de blessure de Sarah ou Pauletta, la fille qui serait susceptible de prendre la relève sans trop de déficit pour la France, ce qui n’est pas le cas. » »

Jonathan Mouton, responsable du Pôle espoirs féminin Centre-Val-de-Loire, qui a formé Foppa et a accompagné Bouktit pendant deux saisons, développe : « Entre Pecqueux-Rolland et Foppa, on a eu quelques difficultés à ce poste. C’était un manque qu’on avait en France. On a eu pas mal de potentiels morphologiques, athlétiques, mais on était en manque sur les savoir-faire au poste de pivot. Les choses changent et le poste de pivot prend une place prépondérante aujourd’hui dans le jeu, donc forcément on s’en préoccupe énormément. Avant, on pouvait avoir tendance à mettre des joueuses par défaut à ce poste. »

Ça profite à Krumbholz

La France a profité d’avoir deux joueuses à très fort potentiel pour les façonner différemment, axer le travail sur le gain de position, la motricité spécifique au poste de pivot et la technique. Ainsi, Sarah Bouktit a beaucoup travaillé « sur la disponibilité de la balle, à ne pas redescendre le bras avant de tirer, le duel dos au but, qui ne se faisait pas trop dans le handball féminin », détaille Jonathan Mouton. Et tout cela profite à Olivier Krumbholz, qui s’appuie pleinement sur les pivots aujourd’hui, alors que, par exemple, lors des Jeux de Londres, il n’avait sélectionné qu’une pivot dans la liste.

« Le jeu avec les pivots, c’est quelque chose qu’Olivier a vraiment développé ces dernières années, explique Laurisa Landre, ancienne pivot des Bleues, vice championne olympique à Rio. A l’époque de Nina Kanto et même avant, c’était plus difficile. Quand on a des joueuses comme Estelle Nze Minko ou Grace Zaadi, des filles qui jouent très facilement avec les pivots, ça facilite leur travail et leur mise en avant. »

De la peur chez les adversaires

« Olivier, ce qui le caractérise, c’est le pragmatisme, ajoute Eric Baradat. C’est un cuisinier qui va sortir un plat avec les ingrédients qu’il a dans le frigo. Là, il a deux très bons pivots, il va construire un jeu plus adapté autour de ça. Le jeu avec et autour du pivot s’est transformé en équipe de France. L’énergie dépensée pour contrer ces profils est énorme, et cela permet de libérer les arrières. C’est un des enjeux majeurs pour la suite, sans pivot, la base arrière est bien moins performante. »

Au-delà de leur travail de sape devant la zone et en défense Pauletta Foppa et Sarah Bouktit sont des armes sur le grand espace lors des contre-attaques et des engagements rapides, malgré leur gabarit assez lourd. « A mon poste, étant toujours celle qui fait les engagements, je dois être capable de marquer du milieu de terrain », expliquait Bouktit après avoir marqué trois buts de cette façon face à l’Autriche, lors du premier tour. « Quand on les voit jouer aujourd’hui, les équipes adverses ont une peur folle de nos pivots, en rigole Laurisa Landre. C’est magnifique à voir, j’adore. » La Suède n’est pas vraiment du même avis.