Euro de hand : Comment Pauletta Foppa a révolutionné le poste de pivot chez les Bleues
Handball•A 21 ans, Pauletta Foppa est l’un des éléments clés de l’équipe de France, qui affronte l’Allemagne ce mardi, à l’EuroAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L’équipe de France de handball n’a besoin que d’un nul, ce mardi face à l’Allemagne, pour se qualifier automatiquement en demi-finale de l’Euro.
- Les Bleues seront amenées par Pauletta Foppa, seulement 21 ans, et déjà indispensable, après avoir déjà gagné les JO et l’Euro.
- A son poste de pivot, la Brestoise est unique.
La prochaine fois que votre progéniture vous rabâche qu’il n’est pas franchement fan du sport dans laquelle vous l’avez inscrit, que ce soit le foot, le tennis ou le twirling bâton, dîtes lui bien de prendre exemple sur Pauletta Foppa. A 12 ans, la gamine n’était franchement pas emballée par le handball et, presque dix ans plus tard, la désormais pivot de l’équipe de France, qui affronte l’Allemagne à l’Euro ce mardi (20h30), est championne olympique, vainqueure de l’Euro 2018, finaliste des Mondiaux (2021) et de l’Euro 2020. A 21 ans, donc.
Le déclic a eu lieu à la fin de la seconde, alors qu’elle est entrée au Pôle espoirs d’Orléans : « Jusqu’alors, elle avait du mal à mettre ce niveau d’exigence, on devait batailler pour lui faire comprendre qu’elle pouvait devenir l’une des meilleures pivots du monde, raconte Jonathan Mouton, responsable du Pôle espoirs féminin Centre-Val-de-Loire. Et puis, quelques revers l’ont amenée à se remettre en cause. Elle s’est rendu compte que c’était une bonne joueuse et elle s’est dit qu’il fallait mettre les ingrédients pour y arriver. »
« Elle casse les défenses en deux »
Jusqu’à devenir, aujourd’hui, l’une des meilleures joueuses du monde. « En tout cas, c’est la meilleure pivot du monde, assure Manon Houette, joueuse de Chambray et consultante de BeIN Sports, qui diffuse la compétition. Elle regroupe toutes les qualités qu’on peut espérer pour une pivot. » Au point, même, de révolutionner le poste chez les féminines ? Presque, selon Sladjana Pop-Lazic, ancienne pivot, qui a joué avec Foppa quatre ans à Brest.
« Dans l’imaginaire collectif, le poste de pivot c’est du combat, des coups… Elle peut arriver à faire changer cela, avec sa richesse technique. Et, aussi avec sa tête, parce qu’elle arrive à bien analyser le jeu des défenseures. Mais bon, il y a quand même malheureusement beaucoup de combats (rires), surtout pour elle, qui se retrouve face à deux ou trois défenseures. » »
Mais, mettez-lui deux, trois filles au contact, les Avengers ou l’armée de Sauron sur le paletot, elle en sortira toujours les mains en l’air. L’avantage d’avoir bénéficié d’une formation spéciale qui lui permet d’avoir un registre unique : « Pauletta est une pivot qui tient les positions et casse les défenses en deux, détaille le formateur. On a fait le pari de l’apprentissage du gain de position, qui était plus complexe, qu’apprendre à glisser, qui vient avec le temps et l’expérience. Chez les filles, un pivot qui tient autant ce gain de position, qui est capable de faire des duels dos au but, il n’y en a pas beaucoup. »
Pauletta Foppa, deux en un
Pour les handballix qui nous suivent, petite explication technique avec Jonathan Mouton :
- « Glisser, c’est avoir un espace dans le dos de la défense et s’y engouffrer pour offrir une solution de passe à ses partenaires. »
- « Gain de position, c’est ouvrir les espaces pour elle et ses partenaires. C’est rester devant les défenseurs quand ça tourne autour d’elle, garder un espace devant elle, ce qui permet de donner de l’espace à l’attaque et être en situation de surnombre. »
Là où des clubs et des sélections ont besoin de deux joueuses au poste avec des qualités différentes, l’équipe de France possède en Pauletta Foppa un spécimen qui possède les deux facettes. « C’est rare de voir des filles être comme ça, reprend Sladjana Pop-Lazic. Par exemple, pour glisser, il faut avoir le feeling, savoir le fonctionnement des arrières, avoir une connexion avec les joueuses. Ce n’est pas facile et ça vient avec l’expérience. Et, elle, à 21 ans, elle a déjà acquis tout ça. »
« Pour les défenseures, le problème avec Pauletta, c’est qu’elle sait tout faire, résume Manon Houette. Tu ne peux pas empêcher les blocs, sinon elle va glisser, et vice versa, en contre-attaque elle arrive à anticiper, elle sait défendre en poste 3, tu peux la faire jouer quasiment soixante minutes et elle ne s’épuise pas… Tout ça, c’est très nouveau dans le hand. » »
Illustration lors du match face au Monténégro (27-19), dimanche, où les Bleues se sont baladées. Très présente offensivement (avec un très bon 6/7), avec de belles contre-attaques, Pauletta Foppa a également muselé le principal danger adverse, Jovanka Radicevic. A la faveur d’une technique qu’elle est, là aussi, l’une des seules à maîtriser : « Quand elle est au contact, techniquement, c’est le seul défenseur féminin capable d’attraper le bras opposé, développe Jonathan Mouton. L’adversaire va arriver avec son épaule gauche devant et Pauletta va réussir à attraper son épaule droite derrière pour la ramener vers elle. »
Et ce n'est que le début
Même si ce n’est pas très patriote, petits conseils pour les prochains adversaires des Bleues afin de réduire l’efficacité de Pauletta Foppa à peau de chagrin : « Quand elle est en défense, elle peut être débordée car elle n’a pas encore toute la culture des joueuses, de la défense », selon Mouton ; « il faut l’éloigner de la zone et la pousser vers les 9 mètres, car, comme ça, quand elle récupère la balle, on a un peu plus le temps de fermer à deux ou trois sur elle et gérer le problème », d’après Houette.
Mais c'est vraiment histoire de dire, car le phénomène Foppa pourrait faire aussi évoluer le jeu tricolore dans son ensemble, selon le responsable du Pôle espoirs : « Elle marque déjà une génération. Et là où elle peut faire avancer le handball français, c’est dans le jeu de passe [sur attaque placée, une faiblesse historique des Bleues malgré leurs nombreux titres, ndlr] Pour qu’elle puisse s’exprimer, il faut des bonnes joueuses autour d’elle capables de lui faire des passes dans le bon timing. » Le titre aux JO 2024 se décidera peut-être là.


















