JO 2021 – Handball : Les Bleues en finale, « l’histoire d’une bande de meufs » plus soudée que jamais

JEUX OLYMPIQUES Après un début de compétition raté, l’équipe de France féminine s’est qualifiée ce vendredi pour sa deuxième finale olympique d’affilée

Nicolas Camus
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L'équipe de France féminine de hand s'est qualifiée pour la finale des JO de Tokyo, le 6 août 2021.
L'équipe de France féminine de hand s'est qualifiée pour la finale des JO de Tokyo, le 6 août 2021. — Pavel Golovkin/AP/SIPA
  • L’équipe de France féminine de hand s’est qualifiée pour la finale des JO de Tokyo, vendredi, en battant la Suède (29-27).
  • Une victoire qui confirme l’élan retrouvé des Bleues dans cette compétition, qu’elles avaient bien mal commencée.
  • Cinq ans après leur finale à Rio, les joueuses d’Olivier Krumbholz se sentent cette fois mieux armées pour décrocher leur premier titre olympique.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Les équipes féminines de sport co n’ont vraiment pas la tâche facile dans ces JO. Mettez-vous à leur place. A chaque fois, elles jouent le lendemain des garçons, qui mettent les poils à la France entière avec des trois sur trois monstrueux. « Ça met la pression, se marre Cléopâtre Darleux. On se dit qu’on doit absolument faire pareil ! Mais c’est cool, bien sûr, ça fait parler de nous. »

Si les basketteuses ont perdu, vendredi soir, la gardienne des Bleues du hand peut quant à elle avoir le sourire. Un peu plus tôt, elle a livré un match grandiose pour permettre à son équipe de battre la Suède (29-27) et d’étirer encore quelques heures l’insolente réussite du BHV français à Tokyo.

Cette victoire des joueuses d’Olivier Krumbholz porte le sceau d’un collectif qui s’est définitivement retrouvé après un début de compétition à l’envers. Au bord du précipice avant le dernier match de poule contre le Brésil, elles se sont réunies pour évacuer les tensions et non-dits qui les empêchaient de se libérer. « On a besoin de cette cohésion, que ce soit harmonieux. Nous encore plus que d’autres groupes, j’ai l’impression, car on a vraiment des profils comme ça, explique Darleux. Moi, au début de la compète, je ne me sentais pas très bien. On se renferme un peu dans ces cas-là. On s’est toutes livrées, ça nous a fait du bien. »

Pas besoin d’avoir bac + 8 en petite balle collante pour voir la métamorphose. Les Bleus ont d’abord écrabouillé le Brésil (29-22) pour passer en quarts, où elles ont mis une bonne trempe aux Néerlandaises, championnes du monde en titre (32-22). « On a commencé dans un mauvais mood, mais on a eu la force et le caractère de se reprendre en main », note Grâce Zaadi. Ça a été un peu plus serré contre la Suède, surtout à cause d’une attaque qu’on qualifiera de brouillonne pendant les 20 premières minutes, mais une fois devant (11-10 à la 25e), on a senti chez elles une grande sérénité. Direction la finale, et l’assurance de monter sur la boîte.

L’or et rien d’autre

« On a eu un parcours sinueux. Je ne sais pas si on a été mises en difficulté ou on s’est mises en difficulté, mais cette médaille a un goût vraiment délicieux », savoure Béatrice Edwige. Pas question cette fois de se contenter de l’argent, comme elle l’avait fait inconsciemment il y a cinq ans à Rio. A l’époque, cette finale olympique tenait presque du miracle, après quatre années à la cave, marquées par des échecs cuisants et le départ fracassant d’Olivier Krumbholz, qui sera finalement rappelé quelques mois avant les Jeux pour sauver la patrie.

« C’était la première médaille olympique pour le hand féminin, et c’était déjà un truc de ouf pour nous d’être en finale, retrace Zaadi. Là, on est arrivées avec l’envie d’aller chercher l’or, pas une médaille. On est plus conquérantes. »

Cléopâtre Darleux confirme, un peu malgré elle. Sa première réaction, quand on lui demande son sentiment après cette demie : « Mitigée ». Comprendre, c’est très cool mais ce n’est pas fini. « J’ai envie de gagner la finale », lance la gardienne.

Dans leurs têtes, l’aventure ne peut se terminer autrement. Après leur titre mondial en 2017 et européen en 2018, les Bleues, remises du naufrage du Mondial 2019  au Japon, se sentent plus unies que jamais, fortes d’une « âme » (dixit Pineau) forgée tout au long de l’année via un groupe WhatsApp sur lequel elles prennent des nouvelles, se félicitent, intègrent les dernières venues, et qui se prolonge lors des rassemblements avec des parties de loup-garou et des sessions de découvertes musicales.

Krumbholz le philosophe

« On est toutes très différentes, mais au quotidien on fait attention à s’adapter aux goûts de chacune », observe Pauletta Foppa, la petite jeune de la bande (20 ans). De l’autre côté de la chaîne, l’historique Allison Pineau (32 ans) ajoute : « A Rio, on a commencé l’histoire d’une bande de meufs. Elle se poursuit aujourd’hui. »

« On est convaincus qu’une équipe est une aventure humaine, pose le sélectionneur, qui a lui aussi bien évolué ces dernières années. Le plus important n’est pas le résultat mais le parcours pour y arriver, la richesse des relations. J’essaie d’être philosophe et de leur transmettre ça. On va pouvoir préparer sereinement cette finale. Les joueuses ont le titre dans un coin de leur tête depuis un moment. »

Un titre qui serait historique, bien sûr. Et qui inscrirait encore davantage le handball tout en haut du sport français, après toutes les victoires des garçons. « Quand j’étais plus jeune, je les regardais, ils gagnaient tout, raconte Darleux. Ils étaient au-dessus, et j’ai envie qu’on emprunte ce chemin. On a eu plein de médailles, pas tout le temps en or mais on a été vraiment présentes ces dernières années. On doit installer durablement le hand féminin au top. » De notre point de vue, c’est déjà fait, mais on ne dit jamais non à un titre olympique qui nous tend les bras.