« On a remis les compteurs à zéro »… Comment les Bleues ont profité de l’échec au Japon pour rebondir

HANDBALL Après le mini-fiasco de Kumamoto, l'équipe de France de handball et son sélectionneur Olivier Krumbholz ont remis les choses à plat 

Aymeric Le Gall

— 

Les Bleues abordent la demi-finale de l'Euro avec beaucoup de certitudes et de confiance.
Les Bleues abordent la demi-finale de l'Euro avec beaucoup de certitudes et de confiance. — Henning Bagger / Ritzau Scanpix / AFP
  • L'équipe de France est en finale de l'Euro dimanche soir face à la Norvège
  • Un an après l'échec cuisant lors des championnats du monde au Japon, les Bleues et leur sélectionneur Olivier Krumbholz disent avoir appris de leurs erreurs. 

On s’est creusé le caisson pour vous éviter le poncif « Nelsonmandelesque » du « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends », mais il faut parfois se rendre à l’évidence : la pensée de Madiba colle pile poil au contexte de l’équipe de France de handball, qui affronte samedi la Norvège en finale de l’Euro 2020. Après un Mondial japonais raté dans les grandes largeurs avec une élimination dès le premier tour, les Bleues ont mis un point d’honneur à s’appuyer sur les erreurs de Kumamoto pour rebondir cette année au Danemark et défendre leur titre de championnes d’Europe.

Quelques heures seulement après cette sortie de route japonaise, Olivier Krumbholz annonçait sur les braises encore fumantes de la défaite : « Je pense que c’est une bonne claque sur laquelle, paradoxalement, on peut construire quelque chose. On a perdu un certain nombre de choses par rapport aux deux dernières années et ça, ça mérite d’être débriefé avec les joueuses. » Un an après, au regard du parcours quasi sans fautes de ses joueuses depuis le début de la compétition, gageons que les leçons ont bien été tirées.

Mais avant cela, expédions déjà les évidences : les Bleues ont abordé cet Euro dans un état de fraîcheur physique à des années-lumière de ce qu’on avait vu fin 2019 où, des dires de Béatrice Edwige, les joueuses étaient « toutes arrivées très fatiguées à Kumamoto ». « Pour être très honnête, on n’a pas rempli toutes les conditions, individuellement et collectivement, joueuses et staff compris, pour pouvoir exceller durant cette compétition. A l’inverse, cette année on a eu la chance de pouvoir rester à la maison du handball pendant dix jours avant le début de la compète et on a pu s’entraîner deux fois par jour dans des conditions idéales. On s’est mises dans une condition physique vraiment au top avant d’aborder cet Euro. Je pense que ça, ça fait la diff. »

« Le coaching participatif c’est bien, mais… »

Pas besoin d’être extralucide pour comprendre dans ce dernier propos que l’explication de l’échec n’était pas que physique. Pour l’ancienne internationale Amélie Goudjo, c’est un tout qui fait qu’à un moment donné, les choses vont de travers : « C’est dur à expliquer quand on n’a jamais vécu ça de l’intérieur mais, parfois, il y a une osmose, tout s’imbrique parfaitement, tout le monde fait les efforts qu’il faut au bon moment. Or l’année dernière on a senti que ce n’était pas ça, c’était à l’envers. » Afin d’éviter ça justement, Olivier Krumbholz et ses joueuses ont décidé « de remettre de l’ordre dans la maison », dixit le sélectionneur.

Les mots sont forts mais prononcés sans rancœurs ni arrière-pensées :

« L’échec de Kumamoto nous a permis de nettoyer, de désinfecter un peu tout ça, on a remis les compteurs à zéro, je vois ça comme une forme de reset. Il y a une forte envie de réavancer ensemble et de progresser. L’équipe de France s’est mise dans une nouvelle et belle dynamique. Le fait qu’on ne se soit pas vu pendant un long moment à cause du Covid a fait que, quand on s’est retrouvé, on ne s’est pas vraiment arrêté pour revenir sur le passé mais vraiment dans une optique de projection. »

Bon, il y a quand même eu un gros débrief de fait avec le staff et toute une série d’entretiens individuels réalisée avec les joueuses. De là en est sorti un constat : la bamboche, c’est terminé. Dans la bouche d’Olivier Krumbholz, ça donne ça : « Le coaching participatif c’est bien, mais à un moment donné il faut aussi qu’il y ait une forme d’autorité qui s’exerce, notamment dans les moments difficiles. Et je pense en ça que le retour de Siraba Dembélé [la capitaine, absente au Mondial 2019] a pas mal joué. » « Le rôle de capitaine est hyper important dans un groupe et Siraba est très investie là-dedans, elle connaît bien les joueuses, elle fait le lien avec le staff, celle apporte aussi beaucoup de sérénité au groupe. Je pense que ça leur a fait du bien de retrouver cette stabilité, ce sur quoi elles avaient l’habitude de s’appuyer », valide Amélie Goudjo, qui sera aux commentaires de la demi-finale vendredi sur BeIN Sports.

Un statut de favorites qu’il faut apprendre à gérer

Le retour de Dembélé ne peut en revanche expliquer à lui seul ce rebond tricolore. Pour Olivier Krumbholz, il y a eu dans l’approche des championnats du monde de Kumamoto un déficit au niveau mental. « On a très mal géré le fait d’avoir gagné deux compétitions [Mondial 2017 et Euro 2018]. Quand vous en gagnez une, vous êtes satisfaits de votre parcours, mais quand vous en gagnez deux de suite, vous pouvez vous croire dépositaire d’un savoir-faire de réussite. Et là vous êtes forcément en danger. Quand on arrive avec trop de certitudes et trop peu de questionnements, de remises en cause, tout est réuni pour que ça se casse la figure. Il y a un proverbe qui dit "on ne s’égare jamais si loin que lorsque l’on croit connaître la route". C’était un peu ça à Kumamoto, on a trop cru qu’on était invincibles. »

Un point de vue que tient cependant à nuancer Béatrice Edwige. « Ce qui a fait notre force pendant des années, c’est qu’on avançait cachée, on n’était pas trop attendues vu qu’on était l’équipe qui ne gagnait jamais rien ou qui n’atteignait pas les derniers carrés. On ne nous prenait pas trop au sérieux. Ce qui n’est plus du tout le cas, on est plus mises en avant, on n’est plus scrutées, constate la pivot des Bleues. La majorité des équipes qui nous jouent maintenant se disent « si on peut accrocher cette équipe à notre tableau de chasse, ce serait super » Je pense donc que c’est surtout la mentalité des autres équipes qui a évolué avec le temps quand elles nous jouent. »

« Retrouver un état d’esprit de gagnantes »

Si les avis divergent sur ce point, tous sont d’accord pour dire que l’aspect mental est l’une des clés principales de la réussite de cette équipe de France. En cela, Richard Ouvrard, le préparateur mental intégré au groupe France depuis le retour d’Olivier Krumbholz en 2016 joue un rôle majeur. Même s’il a lui aussi fait son autocritique après le Japon et revu ses méthodes. « Avant, quand il est arrivé, il y avait un gros travail collectif de fond qui devait être fait, et maintenant on va dire que c’est plus du travail de précision, détaille Edwige. Quand Olivier sent qu’il y a une petite poussière dans l’engrenage, il nous dit "bon les filles, ça serait pas mal que vous fassiez une petite réunion avec Richard pour en parler tous ensemble"».

Et ça marche. Amélie Goudjo : « Je m’intéresse beaucoup à ces questions de préparation mentale et rien qu’en les voyant jouer, je me suis dit "ah tiens, ça y est, y’a un truc qui s’est passé". Je trouve que ça se ressent vraiment, notamment du point de vue de la confiance qu’elles dégagent sur le terrain. » Et le sélectionneur de conclure : « Ce qui était essentiel, c’était de retrouver un état d’esprit de gagnantes ». Jusqu’ici les Bleues sont dans le vrai.