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Comment les Bleues vont devoir gérer le contexte particulier de cet Euro

Euro féminin : Comment les Bleues vont devoir gérer le contexte sanitaire

HANDBALLLes joueuses de l’équipe de France entament ce vendredi le championnat d’Europe, qui se déroule au Danemark dans une bulle sanitaire jamais évidente à apprivoiser
Nicolas Camus

N.C.

L'essentiel

  • Le championnat d’Europe féminin de handball débute ce vendredi pour la France, avec un premier match contre le Monténégro.
  • Cet Euro est la première grande compétition internationale à se tenir depuis le début de la pandémie de coronavirus en mars dernier.
  • Le protocole sanitaire strict mis en place peut parfois être compliqué à gérer pour les joueuses.

Avoir le droit de jouer la première grande compétition internationale de sport collectif depuis le début de la pandémie en mars dernier, ça se mérite. Arrivées lundi au Danemark, où elles démarrent leur championnat d’Europe ce vendredi en fin de journée face au Montenegro, les joueuses de l’équipe de France de handball sont soumises à un vrai parcours médical du combattant. Un test PCR en arrivant, un autre avant chaque match, et si jamais un résultat positif apparaît, le reste du groupe devra subir un test tous les jours pendant les cinq premiers jours, puis toutes les 72 heures… il va falloir avoir le nez bien accroché.

Pas le choix, en même temps. C’était ça ou rien, et après le désistement de la Norvège, co-organisatrice de la compétition, mi-novembre, les Bleues ont cru que ce serait rien. Première angoisse. Finalement, la Fédération européenne (EFH) a annoncé que le championnat pourrait avoir lieu sur le seul sol danois. Une décision qui ravit tout le monde, mais qui impose un règlement sanitaire très strict, et d’autres sources de tourment qu’il va falloir apprivoiser.

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Pendant près de trois semaines, les seize équipes en lice vont vivre dans ce qu’on appelle désormais communément une « bulle », complètement coupées du monde. Surtout, il faudra vivre chaque jour avec l’angoisse d’un test positif. Selon le protocole, la joueuse concernée devra être placée en quarantaine dans un hôtel à part. Fini la compét’. «Pour nous, ce n’est plus match après match, mais test après test, disait Béatrice Edwige au journal L’Alsace, la semaine dernière. On y pense tout le temps, et psychologiquement, ça joue forcément. »

Cette peur, pour elles-mêmes comme vis-à-vis du reste du groupe, est une composante importante de la compétition. Une chose à gérer en plus, comme si le stress du tournoi en lui-même ne suffisait pas. « On leur impose la roulette russe sur la tempe, illustre Bertrand Guérineau, psychologue du sport au CHU de Nantes et en libéral. On risque de ne pas pouvoir jouer à cause d’une forme d’injustice arbitraire, et au-delà de son cas personnel, on peut aussi mettre en difficulté les autres. On peut ressentir cette culpabilité de planter l’équipe. »

Parler, parler, parler

Tout cela nécessite une grande attention au quotidien, selon le psychologue. Le plus important pour que ça se passe bien ? Parler. « Les athlètes sont comme tout le monde, ils ont besoin d’espace pour s’exprimer. Si on ne leur en donne pas, pour réfléchir, partager ce qui les embête ou les angoisse, c’est pire que tout », estime-t-il.

On se souvient par exemple de Paul George, la star des Clippers, qui avait reconnu avoir beaucoup souffert dans la bulle NBA l’été dernier. « Elle a pris le pas sur moi, avait-il raconté. J’ai sous-estimé l’aspect mental. J’étais anxieux, avec une petite dépression. J’étais mal d’être enfermé. » Il s’était libéré après avoir pris la décision d’en parler avec un spécialiste.

Son coach, Doc Rivers, en avait profité pour rappeler que les problèmes mentaux devaient être pris autant au sérieux qu’une blessure physique. « On commence à se réveiller et à découvrir qu’il n’y a pas de différence entre une entorse de la cheville et quelque chose qui cloche dans la tête. La tête, c’est le plus important », avait estimé celui qui entraîne aujourd’hui Philadelphie.

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Parler, donc. Ça tombe bien, il y aura du temps pour le faire. A Herning et Kolding, les deux sites de compétition, toute sortie de l’hôtel sera proscrite. Les joueuses et les staffs n’auront le droit que d’aller à la salle et revenir, point barre.

« Il y a tout un environnement dans ce que l’on fait : du public, des supporters. Même si on ne visite pas beaucoup, on peut sortir un petit peu, voir ce qu’est la culture du pays où l’on est. Alors que là, c’est complètement fermé. Ça n’a rien à voir, ça n’a pas le même charme, c’est une évidence, résume le sélectionneur Olivier Krumbholz. Mais je pense que c’est mieux que rien. On savait que ce championnat d’Europe ne pouvait se jouer que dans ces conditions-là. Donc, on les accepte. »

« Il faut apprendre à aimer aussi ce genre de logique incertaine »

Pas de petite balade pour prendre l’air et penser un peu à autre chose. Une « aliénation subie », comme le nomme Bertrand Guérineau, que le sélectionneur et son staff vont aussi devoir gérer. « C’est une somme de contraintes qui rend le contexte très incertain, et on sait que le sport de haut niveau n’aime pas ça, reprend le psychologue. Il y a toujours la volonté de tout contrôler, de tout maîtriser. Mais la carrière d’un athlète, et même le temps d’un match, c’est rempli de choses que l’on ne peut pas prévoir et auxquelles il faut s’adapter. Il faut apprendre à aimer aussi ce genre de logique incertaine. Et les joueuses qui s’en sortiront le mieux sont celles qui réussiront à retirer du plaisir de la situation en s’adaptant. »

Sacré programme qui attend les Bleues et Olivier Krumbholz. Au moins, le calendrier de cet Euro fait que les matchs vont vite s’enchaîner. Après le Montenegro, la France affrontera la Slovénie dimanche puis le Danemark mardi. Il sera ensuite temps de voir comment les choses se présentent avant le deuxième tour.