Confinement : « Le huis clos n’est pas soutenable »… Les sports pros (hors foot) condamnés à arrêter leur saison ?

CRISE Les clubs ne pourront continuer à disputer leurs matchs sans spectateurs s'ils ne sont pas aidés financièrement 

N.C. (avec A.L.G. et C.C.)

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Les sports en salle ne savent pas s'ils pourront continuer leur saison à huis clos.
Les sports en salle ne savent pas s'ils pourront continuer leur saison à huis clos. — POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
  • Après les annonces présidentielles sur le nouveau confinement mercredi soir, Roxana Maracineanu a précisé que les sports professionnels pourront continuer. 
  • Une bonne nouvelles pour les Ligues et les clubs, qui attendent toutefois de savoir s'ils seront soutenus financièrement par le gouvernement. 
  • Pour eux, continuer la saison à huis clos sans aide semble intenable. 

Ce n’est pas parce qu’ils l’avaient vu venir que le nouveau coup de pelle est moins douloureux. Avec les annonces d’Emmanuel Macron mercredi soir – qui n’ont surpris personne –, les dirigeants des Ligues et des clubs professionnels ont comme la désagréable impression d’être frappés alors qu’ils sont déjà à terre. La crise du Covid-19 s’aggrave, et avec elle la situation financière des sports qui ne peuvent pas compter sur les droits TV pour survivre. Tous sauf le football, en fait.

Tard mercredi soir, la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a indiqué que malgré le confinement décrété à partir de vendredi et jusqu’au 1er décembre (a minima), « les sportifs de haut niveau et les sportifs professionnels pourront continuer à s'entraîner et à faire des compétitions ». Une bonne nouvelle. Mais en auront-ils les moyens ? C’est tout l’enjeu des prochains jours.

Economiquement pas viable

Sans aucune recette billetterie et l’impossibilité d’honorer les contrats passés par leurs partenaires, les clubs de basket, handball, volley et plus généralement de tous les sports en salle voient leur avenir s’assombrir. « Nous permettre de jouer à huis clos, ça revient à dire à une entreprise "vous allez dépenser l’argent pour produire, mais vous n’avez pas le droit de vendre", résume Gaël Pelletier, le président du HBC Nantes. Il est évident que ce n’est pas viable économiquement. »

« Le huis clos n’est pas soutenable. On perd sur un plan symbolique le lien avec nos fans, et surtout on perd des revenus secs, ajoute Mathias Priez, directeur administratif, juridique et financier de Paris Basket. On n’a plus de revenus de billetterie, buvettes et boutiques. Il ne nous restait plus que les partenaires, mais là aussi on perd tout ce que l’on pouvait valoriser, notamment les panneaux publicitaires dans la salle. Donc il ne nous reste quasiment plus rien. »

Pour tous, la même question, désormais. Vaut-il mieux continuer le championnat ou arrêter les frais, au moins provisoirement ? « Des clubs seront pénalisés quoi qu’il arrive, observe Yann Lavalley, manager général de Tourcoing Volley, leader de Ligue A. Si on gèle le championnat pendant un mois ou deux, comment va-t-on faire pour le finir, et est-ce qu’on aura une meilleure visibilité pour l’accueil du public dans deux mois ? Si on me garantit qu’en janvier on peut repartir avec au moins 1.000 spectateurs, je peux faire le dos rond. Mais je reste convaincu que le gouvernement ne prendra pas le risque d’autoriser à nouveau des rassemblements avant la fin de cette saison. »

Un huis clos coûte cher

Les réunions en visio s’enchaînent depuis jeudi matin pour en débattre. « Jouer toute une saison à huis clos n’a pas de sens, ni socialement ni économiquement », estime Thierry Parienty, patron des Boxers de Bordeaux. Pour ce club de Ligue Magnus de hockey sur glace, chaque match sans spectateurs représente en moyenne entre 25.000 et 40.000 euros de recettes qui s’envolent.

Du côté du Montpellier Handball, l’estimation optimiste est de 80.000 euros à rembourser (aux abonnés, aux partenaires, aux collectivités, etc.) par huis clos.

« Si on considère l’aspect sportif, il faut jouer, considère son président Julien Deljarry. Les gens sont confinés, ils s’embêtent et veulent voir des matchs. On doit proposer un spectacle et encore plus communiquer sur notre visibilité. Mais on ne pourra pas le faire sans être aidé, et aujourd’hui on n’a rien de concret. »

Le plus urgent est de trancher pour la journée de ce week-end, déjà. Les clubs de volley ont décidé de jouer en attendant une réunion décisive, lundi. La Ligue (LNB) de basket avait elle anticipé et a annoncé dès mercredi l’annulation de tous les matchs de cette fin de semaine. « On avait acté lors de la dernière AG de la saison, en mai, qu’il n’y aurait pas de match à huis clos de la saison, explique-t-on à la LNB. On a réagi vite pour éviter que des clubs ne partent en déplacement pour rien, comme en mars dernier où certains avaient dû faire demi-tour à mi-chemin. Ça avait été violent. Là au moins on a pris les devants et il y aura moins de problèmes. »

Si rien n’est officiel pour la Lidl Starligue de hand, aucun match ne devrait se jouer non plus, entre les cas de Covid-19 et l’attente d’une décision concertée pour la suite de la saison. Le hand et tous les autres sports attendent maintenant que le gouvernement, et en particulier Roxana Maracineanu, apporte des précisions suite aux déclarations du président Macron. Est-ce que l’État va aider, et si oui comment et dans quelle mesure ?

Une enveloppe de 107 millions d’euros a bien été débloquée après des semaines de négociations entre le ministère des Sports et Bercy pour aider les clubs, mais cette manne est soumise à l’autorisation de l’Union Européenne… qui n’a pas l’air pressée de s’emparer du dossier. Surtout, la somme paraît dérisoire par rapport à ce qu’il faudrait pour compenser les pertes de presque tout le sport français.

« On attend de savoir si on pourra bénéficier de mesures de compensation sur les pertes en billetterie et d’un report des cotisations patronales de septembre à décembre, détaille Mathias Priez, du Paris Basket. Mais la question brûlante est celle du chômage partiel. » C’est clairement l’enjeu principal pour tous les acteurs que l’on a pu interroger. Et un grand sujet d’inquiétude, qui n’a pas été dissipé jeudi soir. « Les clubs bénéficieront d’un accompagnement spécifique », a simplement déclaré Jean Castex lors d’une conférence de presse où Roxana Maracineanu n’a pas eu le droit à la parole.

« Ça ne nous tombe pas dessus là, d’un seul coup ! »

« Si on lit entre les lignes, on peut penser qu’il n’y aura pas de chômage partiel, estime Yann Lavalley. Si le gouvernement dit qu’on peut jouer et que les Ligues décident d’elles-mêmes qu’elles ne le feront pas, on peut supposer qu’elles devront assumer. » Mathias Priez n’envisage pas ça sous cet angle : « A partir du moment ou on ne peut pas générer des revenus, on est dans la même situation qu’un commerçant qui doit fermer sa boutique. Je n’imagine pas qu’on n’ait pas le droit à ce dispositif. »

« Je ne sais pas, et c’est bien ça qui est problématique », peste de son côté Gaël Pelletier. Le patron du HBC Nantes regrette qu’un plan ne soit pas déjà prévu pour le sport professionnel. « C’est un sujet complexe, avec de grosses sommes d’argent à débloquer, mais à un moment il faut poser des décisions. Ça ne nous tombe pas dessus là, d’un seul coup ! En mars dernier, oui, mais ce n’est plus le cas. Cette seconde vague était attendue et on savait qu’elle engendrerait de grandes difficultés. » Cette fois, on ne pourra pas dire que le sport professionnel est déconnecté de la réalité.