France - Sénégal : Comment les Bleus nous ont fait retourner notre veste en deuxième période
Du bruit à la mi-temps•Complètement amorphes en première période, les Bleus ont su hausser leur niveau de jeu après le repos pour battre le Sénégal (3-1), mardi, à l’occasion du premier match de la Coupe du mondeAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Vainqueure de son premier match à la Coupe du monde face au Sénégal (3-1), mardi à New York, les Bleus ont eu deux visages durant cette rencontre.
- Maladroits, dépassés et avec beaucoup d’erreurs techniques, les Français se sont réveillés après le repos, à l’image de Kylian Mbappé, auteur d’un doublé.
- Le discours d’un roi, Didier Deschamps, qui a fait basculer Michael Olise dans l’axe, a été le début de ce renouveau.
De notre envoyé spécial au Metlife Stadium, à New York
Il y a des choses simples sur lesquelles notre vie s’appuie : notre mère qui appelle plusieurs fois par semaine ; notre fils qui hurle parce qu’on a sonné à sa place ; notre chef qui nous demande un angle impossible à tenir. Mais voir Théo Hernandez être un des meilleurs joueurs de l’équipe de France lors de la première période face au Sénégal, mardi à l’occasion du premier match de la Coupe du monde, n’en fait pas du tout partie.
Souvent vilipendé pour ses prestations défensives, l’ancien latéral gauche de l’AC Milan, peu en vue de l’autre côté du terrain, a livré un premier acte abouti derrière, avec notamment un superbe sauvetage de la tête en début de match. De le voir ainsi surnager au milieu de ses coéquipiers était donc surprenant. Alors deux options s’ouvraient : soit, le multitatoué marchait sur l’eau. Soit ses coéquipiers étaient à la rue. La réponse B, et c’est notre dernier mot, Didier.
« On a beaucoup de joueurs qui sont très jeunes, a justifié Kylian Mbappé. C’est la première fois qu’ils jouent une Coupe du monde. Je pense qu’il y a eu aussi un peu de crispation au niveau émotionnel. » Une excuse valable pour certains, mais pas pour d’autres, à l’image du capitaine des Bleus, qui a livré une première période fantasmagorique, au point qu’on imaginait déjà écrire un pamphlet contre Mbappé et assurer qu’Ulrich Le Pen aurait été meilleur que ce Michael Olise.
« On savait que ça se décanterait », assure Rabiot
Oui, car tout allait de travers. Mbappé qui rate tout ce qu’il entreprend, Dembélé plus qu’invisible offensivement, Olise à des années-lumière de son match face à l’Irlande du Nord, Jules Koundé qui attaque aussi bien qu’un garde suisse, Maignan qui rate ses dégagements… Le premier acte des Bleus au Metlife Stadium a été loin d’être celui que les supporteurs français, qui ont assuré l’ambiance au début du match, imaginaient.
« C’était une première mi-temps moyenne, a admis Adrien Rabiot après la rencontre. Mais parce qu’il y a aussi le fait de se jauger mutuellement entre les deux équipes, c’est une entrée en lice dans une compétition comme ça, ce n’est jamais simple. Un match, c’est sur quatre-vingt-dix minutes, on savait que ça se décanterait sur la seconde période. »
Mais comment les Bleus ont pu changer du tout au tout en seulement quinze minutes de pause ? C’est là que la magie Deschamps intervient. Le sélectionneur est intervenu dans les vestiaires pour mettre les points sur les « i » et les barres sur les « t ». Et il n’a pas dit ça avec une voix de téléphone rose. « Je dis les choses quand je les vois, a expliqué DD. En première mi-temps, on était capables de beaucoup mieux sur pas mal de niveaux. Je ne crie pas non plus, parce que je me suis assagi, mais je dis les choses. »
Olise dans l’axe, le début du festival
Les « choses » étaient simples : jouer avec plus de sérénité, avoir un collectif fort et être plus libérés. « Le coach nous a simplement demandé de recommencer à jouer comme on sait le faire, d’attaquer et de défendre ensemble et, surtout, de rester unis, a commenté Bradley Barcola. On savait qu’il était essentiel de gagner ce premier match et on y est parvenus. La première période a été plus difficile que prévu, mais en seconde période, on a tenu mentalement et on est sortis plus forts. »
Au-delà des consignes globales, Didier Deschamps a également fait un changement majeur : basculer Ousmane Dembélé sur le côté et faire entrer dans l’axe Michael Olise. « Quand Michael est haut à droite, il a la capacité de percussion, mais quand il peut se mettre entre les deux lignes, sa qualité de passe a permis de trouver nos attaquants, détaille le Garry Gasparov des bancs de touche. Je l’ai fait parce que je pensais que ça allait nous amener plus de liant. Michael a la possibilité de jouer des deux côtés, mais plus il touche de ballons, mieux c’est. »
Et ça a effectivement tout changé. Il y a eu une première banderille avec une action du joueur du Bayern, bien arrêtée par Edouard Mendy, puis deux passes exceptionnelles derrière la défense pour Mbappé, dont l’une d’elles a fini au fond. « Michael a fait un très bon match, quand il est dans cette position-là, au cœur du jeu, il peut distiller, il peut donner les ballons, il est très bon dans la dernière passe aussi », complimentait Adrien Rabiot.
Entrée gagnante de Barcola
L’ancien milieu de terrain de l’OM est, lui aussi, monté en pression et a notamment délivré une merveille de passe décisive pour Bradley Barcola, entré à la place de Dembélé, qui avait profité de son temps passer sur le banc pour observer la défense sénégalaise. « J’ai remarqué que, quand on repartait, ils laissaient beaucoup d’espaces, a réagi le Parisien. À ce moment-là, j’ai compris que je pouvais provoquer l’adversaire et jouer mon jeu, j’ai réussi à peser et j’en suis vraiment heureux. »
Notre dossier sur la Coupe du mondeAjoutez à ça la réussite de Kylian Mbappé qui le fuyait jusque-là, « même s’il aurait pu marquer quatre-cinq buts » selon Deschamps, et vous obtenez un cocktail gagnant qui a rassuré tous les supporteurs de l’équipe de France, nous compris. Maintenant que la troisième place est assurée (ou presque), il n’y a plus d’obstacles, passons directement à la finale de la Coupe du monde. Ah, et pour vous rassurer un peu plus, Théo Hernandez s’est fait enrhumer sur le but sénégalais. Vous voyez, tout rentre dans l’ordre.


















