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Risqué de devenir sélectionneur quand on a été une légende comme Zidane ?

Zidane et l’équipe de France : « Pas un passeport pour l’éternité »… De légende du jeu à sélectionneur, un pari risqué ?

patrimoine nationalAvant Zidane, dont la nomination au poste de sélectionneur de l’équipe de France doit être officialisée ce mardi, d’anciens joueurs mythiques comme Beckenbauer, Maradona ou Platini ont tenté leur chance à la tête de leur sélection nationale
A quoi pourraient ressembler les Bleus de Zidane ?
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Zinédine Zidane doit être nommé sélectionneur de l’équipe de France mardi matin, lors d’une conférence de presse au siège de la FFF.
  • Avant lui, d’autres légendes du foot comme Michel Platini, Franz Beckenbauer, Diego Maradona ou Marco Van Basten ont pris en main un jour leur sélection nationale, avec des réussites diverses.
  • Si tout le monde a très envie de voir Zizou à ce poste, une question demeure : s’exposer ainsi peut-il écorner l’image d’icône dont disposent ces joueurs de légende ?

La France du foot s’apprête à basculer dans une sorte de folie douce. Elle s’estompera forcément une fois les premiers matchs passés, quand on commencera tous à s’habituer. Mais en attendant, elle va nous accompagner pendant ces semaines d’été. Car oui, Zinédine Zidane doit être nommé sélectionneur ce mardi matin, ouvrant la page la plus excitante de l’histoire des Bleus.

Laurent Blanc et Didier Deschamps, au moment d’accéder à la fonction, étaient des légendes par leur palmarès. Mais Zizou est au-delà de ce statut, il est une icône du foot mondial, un personnage qui fait partie du patrimoine français. Alors le voir au poste le plus exposé de tous, c’est à la fois enivrant et vertigineux. A quel point le prestige qui l’entoure va-t-il le servir, ou le desservir ? Va-t-il réussir ? Son image sera-t-elle écornée ?

Platini, le précédent le plus ressemblant

Pour tenter de répondre à ces questions, penchons-nous sur les exemples passés. Quelques joueurs mythiques ont tenté leur chance sur le banc de leur sélection nationale : Michel Platini en France, Franz Beckenbauer en Allemagne, Diego Maradona en Argentine et Marco Van Basten aux Pays-Bas. La liste ne va pas plus loin. Mario Zagallo, Dino Zoff, Andrei Shevchenko ou Kevin Keagan n’entrent pas dans cette catégorie d’élite de notre point de vue, pour diverses raisons. Johan Cruyff y aurait eu son rond de serviette si ses désaccords chroniques avec la Fédération néerlandaise ne l’avaient pas empêché de prendre en main les Oranje, notamment au début des années 1990.

La nomination de Platini, triple Ballon d’or, à la tête des Bleus en novembre 1988 est ce qui se rapproche le plus de ce qui nous attend avec Zidane. Enfin sur le papier, au niveau du prestige. Car l’époque - et surtout le contexte - ne sont pas du tout les mêmes. Fin 1988, les Bleus sont dans le creux après un Euro raté et un début de campagne de qualification au Mondial 1990 marqué par le gros accro à Chypre (1-1). Platini est une solution d’urgence, installé presque malgré lui par les instigateurs d’un épisode resté dans les mémoires sous le nom de « putsch de la Toussaint ».

Gérard Houiller, Michel Platini, Jean Fournet-Fayard et Claude Bez au siège de la FFF en 1989.
Gérard Houiller, Michel Platini, Jean Fournet-Fayard et Claude Bez au siège de la FFF en 1989.  - Ina via AFP

Claude Bez, Jean-Claude Darmon et Jacques Vendroux, via le Variété Club de France, ont pressé le président de la FFF Jean Fournet-Fayard d’évincer Henri Michel. « Pour eux, il était temps, pour des raisons également économiques, de donner du relief à la fonction », se souvient Philippe Tournon, attaché de presse des Bleus à l’époque. C’est ainsi que Michel Platini débarque sur le banc, « avec un "effet wow", une aura telle que les joueurs adhéraient à 1000 %, poursuit Tournon. Mais ça ne dure qu’un temps. Ce n’est pas un passeport pour l’éternité. »

Le légendaire numéro 10, celui qui a ramené la France en demi-finale de Coupe du monde et lui a offert son premier Euro, n’est pas préparé pour le poste. Il vient de raccrocher les crampons, n’a pas entraîné en club. Après une brillante campagne de qualification à l’Euro 92 mais un échec dès le premier tour en phase finale, il tire sa révérence, davantage motivé par l’organisation de la Coupe du monde 1998.

Beckenbauer en pionnier

« Les matchs de qualification, quand il avait les joueurs sur 8-10 jours, ça convenait à sa manière de faire. Mais il n’était pas vraiment branché sélectionneur sur une durée de plusieurs semaines en compétition, estime l’ancien attaché de presse. La gestion d’un groupe pendant un mois, c’est une chose unique au monde. Il faut le tenir, savoir lui parler, penser à ceux qui ne jouent pas. »

Les autres vieilles gloires ont connu des fortunes diverses. Celui qui a le mieux réussi est sans conteste Beckenbauer. Champion d’Europe (1972) et du monde (1974) brassard au bras, sur le terrain, il emmène l’Allemagne en finale en 1986, puis jusqu’au sacre suprême quatre ans plus tard. « Quand il a pris la sélection, il était jeune [38 ans] mais il restait le Kaiser, un vrai personnage qui faisait autorité en Allemagne, souligne l’historien Paul Dietschy. Il symbolise ce football qui commençait à se starifier, à renforcer sa médiatisation. De ce point de vue, il a été celui qui a ouvert la voie à ces anciens grands joueurs. »

Il est le premier de la lignée, c’est vrai. Avant lui, Pelé ou Eusebio n’ont jamais sauté le pas, et Ferenc Puskas est resté dans un rôle d’entraîneur globe-trotter pendant vingt-cinq ans, avant quatre petits matchs à la tête de la Hongrie en toute fin de parcours. Marco Van Basten, lui, est parachuté sélectionneur alors qu’il n’a dirigé que les jeunes de l’Ajax. Eliminé en 8e de finale du Mondial 2006 puis en quart de finale de l’Euro 2008, il échoue à mettre en place une conception nouvelle pour l’époque : récupération immédiate après la perte du ballon, défenseurs capables de jouer haut et attaquants invités à permuter ou décrocher.

Pas de révolution, mais du leadership ?

Julien Müller, fin connaisseur du foot et co-auteur du livre Légendes du football - Équipe de France, prend l’exemple du triple Ballon d’or néerlandais pour insister sur « la difficulté de transmettre ses idées quand tu es un génie ». Pour lui, c’est la raison pour laquelle les meilleurs entraîneurs, ceux qui font passer un cap à leur équipe sur les plans tactique et philosophique, étaient au mieux « d’excellents joueurs », pas des légendes, « à la seule exception de Cruyff ».

Et Zizou alors ? Le Français a été brillant sur le banc du Real, avec ses deux Ligas et ses trois victoires d’affilée en Ligue des champions (2016, 2017, 2018). « Je mets Zidane à part car il est plus pragmatique que tacticien ou idéologue », répond l’auteur. C’est peut-être l’une des clés de la réussite, que l’on peut résumer ainsi très grossièrement : ne pas chercher à révolutionner le jeu, mais apporter un leadership. Philippe Tournon abonde :

« Ça accrédite l’idée que je me fais du poste de sélectionneur, pour en avoir fréquenté une dizaine. C’est une fonction très particulière, qui n’a rien à voir avec ce qu’a été le joueur ou même ce qu’a été l’entraîneur en club. Les bons sélectionneurs, c’est des gars qui visent juste, qui visent le cœur et les tripes des joueurs. C’est une relation à créer entre sa personne, sa façon de s’exprimer, sa gestuelle, et le groupe. Ça passe ou ça ne passe pas. »

Dans tout ça, le cas Maradona est définitivement singulier. Dans un article racontant son suivi de l’Argentine sous Diego, entre 2008 et 2010, notre confrère de L’Equipe Stéphane Kohler interroge : « Il ne parut jamais en paix avec lui-même ni en mesure d’apporter de la stabilité et de la sérénité à ses choix et donc à son équipe. Pouvait-on raisonnablement attendre autre chose de lui ? » Question rhétorique, bien sûr.

Le Pibe était venu avec son génie et ses démons, comme tout au long de sa vie. Sélectionneur « plus cabotin que technicien », comme le décrit Kohler, il n’avait « pas d’identité de jeu, pas de certitudes défensives ou offensives », il fonctionnait juste aux « coups d’éclat ». Et tout ça éclata au grand jour en quart de finale de la Coupe du monde 2010, quand l’Argentine a été balayée par l’Allemagne (4-0).

Diego Maradona avec Sergio Agüero lors d'Argetine-Allemagne au Cap, le 3 juillet 2010.
Diego Maradona avec Sergio Agüero lors d'Argetine-Allemagne au Cap, le 3 juillet 2010. - Gero Breloer/AP/SIPA

« En réalité, il ne pouvait pas occuper cette fonction, en raison de sa personnalité et de ses addictions, complète Paul Dietshy. L’échec de Maradona est lié à ses dérives. » Pas de comparaison possible avec Zidane, évidemment. Reste une question, valable pour tous ces anciens joueurs hors norme : l’échec peut-il abîmer la légende ? « Le côté joueur pèse plus, tranche Julien Müller. Le risque est minime. Zidane pourra se planter, il restera numéro 1 dans le cœur des gens. »

« C’est plus risqué d’entraîner en club qu’en équipe nationale, estime de son côté Dietshy. Bien sûr, ça peut écorner si on veut une carrière lisse, sans échec. Mais on sait très bien que les carrières d’entraîneur sont faits de hauts et de bas. Et tout dépend comment se réalise l’échec, à quel niveau. Si c’est en finale, sur un penalty à la dernière seconde, ce n’est pas pareil qu’une élimination au premier tour alors qu’on n’a pas réussi à tenir son groupe. Quoi qu’il arrive, Zidane a déjà réussi sa carrière d’entraîneur avec ses deux passages au Real. »

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Le fantasme collectif voudrait que notre ancien numéro 10 fasse des miracles, comme quand il était sur le terrain. Mais de manière plus terre à terre, on peut simplement dire que comme ses semblables avant lui, il a tout à gagner à tenter le coup. S’il réussit, ça décuplera sa légende. S’il échoue, tout le monde fera poliment comme si ça n’avait jamais existé.