Mort de Cruyff: Journée de recueillement au Stade olympique, là où la légende est née

REPORTAGE Décédé jeudi d'un cancer, Johan Cruyff était bien plus qu'un footballeur aux Pays-Bas...

Nicolas Camus

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Peter, Laurens, Bas et Robin, quatre jeunes d'Amsterdam devant la statue de Johan Cruyff, le 25 mars 2016, au lendemain de l'annonce du décès de la légende néerlandaise. Lancer le diaporama
Peter, Laurens, Bas et Robin, quatre jeunes d'Amsterdam devant la statue de Johan Cruyff, le 25 mars 2016, au lendemain de l'annonce du décès de la légende néerlandaise. — N. CAMUS

De notre envoyé spécial à Amsterdam (Pays-Bas),

C’est l’endroit qui a vu naîtrele football total, celui où se sont jouées quelques-unes des plus belles partitions de l’histoire, quand un match de foot devient un moment de grâce et change les choses pour toujours. Le Stade olympique d’Amsterdam a accueilli l’Ajax pendant ses grandes années. Le Stadion De Meer, avec ses 19.000 places, était devenu trop petit pour Johan Cruyff et sa bande. L’enceinte construite à l’occasion des Jeux de 1928, trois fois et demie plus grande, était un théâtre bien mieux indiqué pour ces artistes.

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Ce stade en briques, oranges bien sûr, est devenu le symbole de la génération Cruyff. Entre 1971 et 1973, l’Ajax, porté son légendaire numéro 14, y a gagné ses 14 matchs de Coupe d’Europe des clubs champions. C’est là qu’il a écrasé le grand Bayern Munich de Beckenbauer, Müller, Breitner et Maier, 4-0, un soir de mars 1973. Vendredi, au lendemain de l’annonce du décès de Cruyff, c’est tout naturellement que les Amstellodamois viennent se recueillir devant la statue de leur héros, érigée à l’entrée.

Des fleurs, des petits mots, des écharpes... L'hommage d'Amsterdam à Johan Cruyff.
Des fleurs, des petits mots, des écharpes... L'hommage d'Amsterdam à Johan Cruyff. - N. CAMUS

Ils restent une minute, dix, laissent un bouquet de fleurs, une écharpe ou un petit mot. Il n’y a jamais beaucoup de monde, mais il y a toujours quelqu’un. Peter, Laurens, Bas et Robin, quatre amis d’une vingtaine d’années, sont venus ensemble. « C’est lui qui me l’a annoncé hier [jeudi], dit Peter en montrant Laurens. J’ai cru que c’était une blague. Une mauvaise blague. On savait qu’il était malade, mais on pensait qu’il allait mieux. »

Aucun d’eux ne l’a vu jouer, évidemment. « Mais pas besoin pour l’admirer, assure Bas. C’était un ambassadeur du sport, de notre pays. Il savait se montrer proche de tout le monde, il faisait beaucoup de choses avec les enfants. » Le Cruyff Court, juste à côté, en atteste. Le Néerlandais a monté sa propre fondation pour les enfants, en 1997. Les bureaux, fermés en ce vendredi de deuil, se trouvent dans les couloirs du Stade olympique.

Le Cruyff Court, juste à côté du Stade Olympique d'Amsterdam où se trouve la Fondation Johan Cruyff.
Le Cruyff Court, juste à côté du Stade Olympique d'Amsterdam où se trouve la Fondation Johan Cruyff. - N. CAMUS

En fait, tous ceux que nous croisons ne parlent que très peu de football. L’essentiel est ailleurs lorsqu’on évoque Cruyff. Pour nous, c’est un Beatle du ballon rond, un monument qui inventé des gestes techniques et une manière bien à lui de concevoir ce sport. Pour les Néerlandais, il est bien plus que ça.

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« Oubliez le foot, c’est la personnalité la plus importante des Pays-Bas, tout simplement, raconte Jan. Ce quadra, qui s’excuse presque parce qu’il a les yeux humides, est un fervent « Cruyffiste ». « Il a été tellement important pour les gens de sa génération… L’après-guerre a été une période difficile ici. Il a contribué, dans les années 1970, à réveiller le pays, à le rendre fier. Il y avait 1,5 million de personnes dans les rues d’Amsterdam après les victoires en Coupe d’Europe ! Il a tout bouleversé. »

Jan, 41 ans et
Jan, 41 ans et "Cruffyste" convaincu. - N. CAMUS

Et pas qu’aux Pays-Bas. La Catalogne restera aussi marquée à vie par Cruyff, joueur (73-78) puis entraîneur (philosophe?) (88-96) du Barça. « Regardez le documentaire "En un momento dado", conseille Jan. Il y a tout dedans. » On confirme.

Devant la statue, Jurgen s’arrête un moment. « Je ne suis pas très porté sur le foot, mais j’ai grandi avec lui, raconte l’homme de 50 ans. Pour moi, Cruyff, c’est cette façon si spéciale de s’exprimer. Il faisait des grandes phrases, qu’on ne comprenait pas toujours, il utilisait les mots d’une façon surprenante, mais ça sonnait vrai. »

Le fils de Jurgen, 7 ans, l'accompagne sur son vélo. « Il ne savait pas qui c’était. Quand je lui ai expliqué, il m’a répondu : "Mais je croyais que c’était Messi le plus fort au foot !". Je lui ai dit que oui, mais qu’avant c’était Cruyff le plus grand. »