Mondial de handball: Et si en fait on allait chercher ce titre grâce aux petits jeunes?

HANDBALL Depuis le début de la compétition, mais surtout en 8e et en quarts de finale, les jeunots du groupe France ont prouvé qu'ils pouvaient assurer dans les moments chauds...

Nicolas Camus
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De gauche à droite, Kentin Mahé, Ludovic Fabregas, Nedim Remili et Valentin Porte (avec Tim N'Guessan et Dika Mem cachés derrière), la relève de l'équipe de France de handball.
De gauche à droite, Kentin Mahé, Ludovic Fabregas, Nedim Remili et Valentin Porte (avec Tim N'Guessan et Dika Mem cachés derrière), la relève de l'équipe de France de handball. — Alain Coudert/sportsvisio/SIPA

C’est une petite phrase lâchée par Michaël Guigou, le week-end dernier, après le 8e de finale face à l’Islande. L’ailier des Experts, qui fêtera ses 35 ans samedi, faisait part de son désir de voir les plus jeunes de l’équipe s’emparer de ce championnat du monde. « On sait que les cadres on assure, en général, et derrière les jeunes doivent avoir encore plus envie que nous, ils doivent montrer encore plus de détermination pour aller chercher leur premier titre », disait-il. Sous-entendu, ils ne sont pas là pour se laisser porter par le courant et mettre un coup de pagaie de temps en temps.

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« C’est vrai, il a raison, coupe Ludovic Fabregas quand on l’embarque sur le sujet. On doit avoir un comportement exemplaire, que ce soit dans la vie de groupe ou sur le terrain. On doit montrer cette envie, cette motivation, à chaque instant. Il a raison quand il dit qu’on doit montrer plus qu’eux, parce qu’on est jeune, on doit apporter de la fraîcheur, de la motivation, de la fougue. »

Ce serait tellement normal et logique, pourtant, de croire que tout repose sur ces trentenaires au vécu hors du commun en grands championnats. De l’extérieur, on n’y verrait rien à redire. Un Mondial à la maison en tant qu’archi-favori, il faut savoir le supporter. Alors si Karabatic, Narcisse, Omeyer, Abalo et les autres veulent prendre ça en main, et bien parfait. Sauf que ce n’est pas comme ça que ça passe sur le terrain. Pas du tout, même, si l’on regarde ce qu’il s’est passé face à l’Islande puis la Suède.

Qui est sorti du lot dans ces matchs au couteau ? On en citera trois, comme ça : Nedim Remili (21 ans), l’homme qui dégaine son bras gauche surpuissant quand il faut faire le trou en seconde période (5 buts contre Islande, 6 contre Suède, tous après la pause) ; Ludovic Fabregas (20 ans), le pivot surdoué qui ne sort presque plus jamais du terrain, et qui se permet d’être à 93 % de réussite au tir tout en remplaçant avec efficacité Luka Karabatic en défense ; Kentin Mahé (25 ans), le polyvalent - un poil plus expérimenté - qui n’a pas cillé au moment de prendre la relève de Guigou sur penalties (7 sur 7 mardi soir en quarts).

Le fait justement que ce soit Mahé qui s’y soit collé, sur cette ligne de jet de 7 mètres, est l’exemple parfait de la manière dont cette équipe fonctionne. Tireur attitré des penalties, Micka Guigou, un peu dans le dur, n’en a pris en charge que cinq depuis le début de la compétition. Le mot pré carré ne fait pas partie du vocabulaire des Experts. De ce qu’ils disent, ils partagent tout.

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« Il n’y a pas deux groupes, ce n’est pas les jeunes d’un côté et les vieux de l’autre, assure le petit dernier, Dika Mem. On arrive à rigoler tous ensemble. Après c’est sûr qu’il y a une forme de respect, mais ils nous mettent vraiment à l’aise. On peut échanger facilement, ils sont très ouverts. Ils donnent beaucoup de conseils Si on a un problème, on peut leur poser des questions. Il n’y a pas de sujet à éviter. »

Résultat, sur le terrain, chacun se sent en confiance. C’est tout bête, mais c’est ce qui permet aux jeunots de briller. C’est là, toutefois, qu’il faut remettre les choses à leur place. Vous ne ferez dire à personne que ce sont eux qui ont le pouvoir. Ecoutez plutôt ce qu’ils disaient après la Suède :

  • Nedim Remili : « Non, vous avez bien vu à la fin que quand il a fallu mettre les buts, c’est "Toumout" [Narcisse] et Niko [Karabatic] qui ont mis la tête dans le guidon. Evidemment qu’on a un rôle à jouer, nous les jeunes, mais quand il faut parler ballon les cadres sont là et bien là. Après, le jour où ils nous les donneront, ce sera à nous de se les approprier correctement. »
  • Kentin Mahé : « Je ne le vois pas comme ça. Si vous regardez le match à nouveau, vous verrez que Niko et Daniel portent l’équipe. Alors, oui, Ludo a fait un gros match en défense encore, tout ça, mais ça, c’est la complémentarité de ce groupe, et sa force. »
  • Valentin Porte : « Cette équipe de France est de plus en plus étoffée. Et parce qu’en début de compétition tout le monde a pu jouer et prendre sa chance, aujourd’hui même les jeunes sont performants. Mais le gros travail est aussi fait par les cadres, hein. Il suffit de voir le match. Le travail de sape est fait par les cadres, ensuite les jeunes n’ont plus qu’à régaler et mettre les buts. »

On l’aura compris, il est vain, finalement, de chercher à comprendre grâce à qui cette équipe ira chercher son titre. Chacun a son rôle, fruit d’une transmission qui repose sur un socle quasi sacré. Et ça ne s’arrêtera pas jeudi ou dimanche. « Aujourd’hui l’équipe de France va bien. On ne peut jamais dire à 100 % que l’avenir est assuré, mais ça y ressemble. Le futur a déjà commencé, et je suis fier d’y avoir participé. » Bon, on va faire confiance à Cédric Sorhaindo, papa officieux de toute cette jolie marmaille.