Mondial de handball: «Tripes», «expérience», «énergie du public»... Comment les Bleus ont arraché ce France-Suède de folie

HANDBALL Français et Suédois se sont rendus coups pour coups, mardi soir, dans la bouillante ambiance lilloise...

Nicolas Camus
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Daniel Narcisse lors de France-Suède, en quarts de finale du Mondial, le 24 janvier 2017 à Lille.
Daniel Narcisse lors de France-Suède, en quarts de finale du Mondial, le 24 janvier 2017 à Lille. — Philippe HUGUEN / AFP

On en avait eu juste un avant-goût contre l’Islande, avec un début de match un poil tendu. Là, ça a duré 60 minutes et c’était vraiment génial. En termes de tension, de niveau de jeu, de rebondissements, ce quart de finale France-Suède (33-30) a sans conteste été, pour l’instant, le climax de l’aventure des Bleus. Ça paraît un peu bêta à dire parce que c’était le match le plus important, évidemment. Sauf que ça restera vrai si les Bleus gagnent leur demie de 10 buts après avoir roulé toute la rencontre sur la Slovénie. Bref, on ne va pas passer notre journée à jouer sur les mots, le plus important, là, tout de suite, c’est de revenir sur ce vrai grand match de hand auquel on a assisté. Tout le monde a vibré… et surtout les joueurs.

« Celui-là, on a été le chercher dans les tripes, résume Valentin Porte. Il y a eu des buts très importants en fin de match, et on a vu à ce moment-là cette hargne, cette rage, qui débordait. Et ça c’est important. Le groupe se ressert autour de ça. On a tous été à la guerre ensemble. »

Pour bien comprendre de quoi on parle, on va refaire le déroulé de la rencontre, avec un témoin pour chaque phase clé.

  • La France est cette fois partie devant, mais ne parvient jamais à prendre plus de deux buts d’avance. La faute à quelques ratés, c’est vrai, mais surtout à des Suédois qui aiment tirer vite et fort. Omeyer n’en touche pas une, mais de l’autre côté c’est pareil.

Le témoin, Micka Guigou : « A chaque fois qu’on aurait pu tuer le match, prendre +3 ou +4, on n’a jamais réussi. Mais la première des raisons c’est qu’on était face à une super équipe de Suède, qui a de très bons joueurs. Elle a sorti un gros match, avec son gardien… tous les ingrédients étaient réunis pour nous mettre en difficulté ».

  • A cinq minutes de la mi-temps, la bascule. Appelgren, le gardien, commence à se chauffer. Remili, N’Guessan, Karabatic puis Porte échouent face à lui. En infériorité numérique, la Suède prend l’avantage. Les Bleus échappent au -3 grâce à un saut de l’espace de Narcisse, qui empêche le ballon de rentrer alors que Gérard n’était pas encore revenu dans ses buts. 16-15 Suède à la pause, un moindre mal.

Le témoin, Daniel Narcisse : « On a eu un petit bug sur le changement. Je vois Vincent qui sprinte mais qui va peut-être être court, alors j’essaye d’y aller. Je saute, et j’ai un peu de chance. Mais c’est à l’image de ce match, tous les ballons ont été disputés ! En tout cas, il faut féliciter les Suédois, vraiment. On a eu des difficultés à contenir leur jeu, il y a eu des moments très difficiles ».

  • Les Experts se bougent dès le retour des vestiaires. Ils repassent devant en 6 minutes (19-18), puis prennent ENFIN trois buts d’avance à la 41e. On se dit que ça va dérouler… mais non, les Suédois n’abdiquent pas. Ils recollent à un quart d’heure de la fin (23-23) et reprennent même l’avantage (26-25).

Le témoin, Nikola Karabatic : « On s’est servi du public pour prendre de l’énergie, mais tout en restant maîtres de nos émotions je trouve. Parce que ça aurait pu avoir l’effet inverse. Et là où on a été costauds, c’est qu’on n’a pas baissé les bras alors qu’à des moments, on avait tout en main, on se trouvait, on se créait les occasions et on ratait des choses faciles. Et les Suédois revenaient à chaque fois. On n’a pas paniqué, ça a été la clé ce soir ».

  • Il reste 12 minutes, on commence vraiment à sentir le mauvais coup arrivé. Et puis Remili sort son bras gauche, Narcisse, préservé pile pour ce moment, entre en scène et régale, aidé par Karabatic. Les Bleus mettent un 4-0 et prennent une nouvelle fois le large à six minutes de la fin (29-26). Pour de bon. OUF.

Le témoin, Kentin Mahé : « On savait que le match allait tourner en notre faveur si on restait toujours aussi concentrés. On savait que si on les obligeait à prendre des décisions compliquées, sur la fin, ça serait pour nous. C’est notre expérience qui a fait la différence. On les a amenés là où on voulait ».

« Ah, ça a pas été pas été facile, hein, en sourit N’Guessan après coup. On s’est vraiment battu. Tout le monde… En défense, en attaque, ça a été un combat permanent, et au final un beau match de hand. On a pris du plaisir. » Parce que oui, au milieu de ce scénario à rebondissement, on a tout eu. De la baston comme on aime (cinq suspensions pour deux minutes côté français, six côté suédois), des sprints dans tous les sens pour se mettre au niveau du jeu hyper rapide des Suédois, un gardien adverse qui finira homme du match pendant que notre Titi national était porté disparu, et, surtout, une ambiance de FO-LIE. Qui a forcément eu son poids dans le résultat final.

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« C’est l’accueil le plus impressionnant qu’on ait connu avec l’équipe de France. C’est même pas une salle, c’est un stade ! Ça nous a donné une énergie particulière, parce que des fois, on entendait le public qui protestait contre les décisions de l’arbitre quand on perdait des ballons. Ça nous rassurait, parce qu’on se disait "c’est bon c’est pas de notre faute, c’est l’arbitrage". C’était sympa. » Ces mots sont de Luc Abalo, rayonnant, comme tous ses potes passés en zone mixte. Allez, maintenant c'est récup' et on remet ça jeudi à Bercy.