Ligue des champions : Kairat Almaty, Paphos… Les élèves dingues de foot sont-ils meilleurs en géographie ?
géoguesser•Le club chypriote de Paphos affronte les Kazakhstanais du Kairat Almaty ce mardi soir en Ligue des championsAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Rencontre assez inattendue ce mardi soir (18h45) à l’occasion de la troisième journée de la phase préliminaire de Ligue des champions entre les Chypriotes de Paphos et les Kazakhstanais du Kaïrat Almaty.
- Deux villes que la majeure partie des enfants ne saurait pas placer sur une carte ou même connaître le pays, sauf quelques fans de foot, qui ont des connaissances géographiques supérieures à la moyenne.
- Les professeurs peuvent exploiter cette passion pour enrichir leurs cours, bien que cela reste compliqué, en raison du programme imposé ou de la méconnaissance du corps enseignant en ballon rond.
David Luiz est comme tout le monde. Lorsqu’on lui a proposé de venir rejoindre les rangs de Paphos cet été, le défenseur central, passé par Benfica, Chelsea, PSG ou Arsenal, a dû jeter un œil sur son téléphone pour réussir à situer ce club qui dispute la Ligue des champions pour la première fois de son histoire. Et son application a dû encore lui servir en début de semaine, quand le Brésilien aux folles bouclettes a vu qu’il allait affronter ce mardi lors de la 3e journée le Kaïrat Almaty.
Pas grand monde ne saurait placer sur une carte les deux clubs, l’un basé à Chypre, l’autre au Kazakhstan. Pas grand monde, hormis les fans de foot, évidemment, qui peuvent se vanter d’avoir des connaissances en géographie en général supérieures à la moyenne. Comme Rayan, un élève de 3e rencontré au collège Jean-Baptiste-Clément de Colombes (Hauts-de-Seine) à l’occasion d’un cours d’EPS. Le garçon a su nous dire dans quel pays se trouvait Almaty.
« Oui, je pense que connaître plusieurs clubs, ça me permet d’avoir de meilleures connaissances en géo, je peux vous citer des villes que je ne connaîtrais pas sans le foot, nous explique ce fan du Barça de 14 ans. Après, les placer vraiment sur une carte, c’est un peu dur. Je sais par exemple que l’Olympiakos, c’est en Grèce, je sais où est la Grèce, mais dire exactement où est le club et la ville, non. »
« Plus de connaissances grâce au foot »
Tous les fans de foot ne sont pas aussi pointus que Rayan, et on a pu s’en apercevoir en interrogeant ses camarades. Souvent, ces derniers ne se rendent en fait même pas compte du savoir qu’ils possèdent grâce au foot. Arno Gazel, le professeur d’EPS de tout ce petit monde qui a accepté de nous ouvrir les portes de son cours pour parler du lien entre géographie et ballon, raconte :
« « Ils n’arrivent pas toujours à exploiter ces connaissances ou à les retranscrire en cours, malheureusement. Ce qui est étonnant, c’est que lorsqu’on fait un petit test sur les capitales ou les pays, si on leur dit le nom du club, ils vont vite trouver la ville qui correspond. » »
Il suffit par exemple de parler de Benfica pour que les gamins trouvent Lisbonne ou de la Juventus pour que, tout de suite, le nom de la capitale du Piémont (Turin, pour ceux qui dorment près du radiateur) soit évoqué.
« On peut très bien avoir une passion pour le sport, mais pour faire ces liens, discuter de géographie, et plus tard de géopolitique, d’histoire politique ou de sociologie, il faut aussi pouvoir développer ses connaissances et en fonction de ton milieu socioculturel, il y a quand même des inégalités fortes au niveau familial », estime Guillaume Dietsch, professeur et coauteur de La France n’est pas un pays de sport ? (éd. De boeck superieur).
Alors, comment faire fructifier les connaissances en football des gamins dans des cours comme l’histoire-géographie ? A priori compliqué, d’autant que le programme développé par les professeurs ne s’y prête pas vraiment ou que ces derniers n’ont pas les connaissances suffisantes en ballon rond pour pouvoir surfer sur la première participation à la Ligue des champions des Norvégiens de Bodo/Glimt, situé au nord du cercle polaire, ou du titre de champion de Hongrie de Ferencváros, club de la ville de Budapest en Hongrie.
Partir du savoir des enfants
« Parfois, l’école n’accepte pas toujours de prendre en compte cette culture jeune, ou en tout cas semble en décalage, développe Guillaume Dietsch. J’ai plein d’exemples sur d’autres sujets, de collègues d’éducation musicale ou d’art plastique, qui vont partir de cette culture jeune, de mangas, des textes de rap, pour ensuite les amener à avoir une analyse critique, à comprendre aussi l’image… Ça va être un levier d’apprentissage, mais aussi de motivation. »
Au collège Jean-Baptiste-Clément, certains professeurs d’histoire-géo se sont servis du Mondial de foot au Qatar en 2022 pour évoquer notamment le développement des pays du Golfe ou l’exploitation de travailleurs migrants pour la construction des stades. « Avant la Coupe du monde, je connaissais déjà un peu le Qatar, parce que je savais que c’étaient les propriétaires de Paris », assure Rayan. La rivalité entre le PSG et l’OM peut également être évoquée dans l’étude des aires urbaines.
Au-delà de la géographie, la date de création de certains clubs peut aussi être mise en relation avec des faits historiques importants, le passé ouvrier d'une région expliquer l’identité d’un club (Lens, Saint-Etienne…) poussée par les supporteurs… « On peut se servir de leur passion du football pour développer des projets interdisciplinaires, entre l’histoire, la géo, l’EPS, ajoute Guillaume Dietsch. Ça va voir du sens pour le jeune et on montre bien que l’école n’est pas forcément un sanctuaire qui doit être déconnecté de leur réalité culturelle et sociale. »
Les calés en géographie balèses en foot ?
Almaty, Paphos ou Bodo, c’est bien mignon, mais si on rajoutait un degré de difficulté avec les clubs disputant la Conference League, comme Breidablik, Rijeka, Samsun, Mostar, Hamrun ou Celje ? Même les fans de foot les plus assidus vont avoir du mal à situer ces villes, et même savoir dans quel pays elles se trouvent. Sauf peut-être les mordus de GeoGuessr, comme Dorian Samair, plus connu sous le nom de Kratsooo, qui figure parmi les meilleurs joueurs mondiaux.
« C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui connaissent plein de villes, mais ils ne savent pas trop les placer sur une carte, ils les connaissent juste grâce au foot », nous explique le jeune homme, pour sa part bon amateur de ballon rond et capable de savoir où se trouvent toutes ces cités perdues. Mais le lien n’est pas forcément obligatoire, bien sûr. Prenez par exemple Szabolcs « Debre », désintéressé de la chose footballistique et vice-champion du monde de GeoGuessr.
« Le foot n’a jamais été mon truc, confirme le Hongrois. Je connais bien toutes ces villes, même si je n’ai qu’une vague idée de l’aspect de Paphos, car elle n’est pas couverte par Google Street View et ne peut donc pas apparaître dans le jeu. » On l’aura compris, pas forcément besoin d’éplucher les tableaux de toutes les coupes d’Europe pour avoir 18 de moyenne en géo. Mais, croyez-en notre expérience, ça peut aider. C’est où Qarabag, au fait ?


















