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Ligue 1 : Comment la domination du PSG bouscule la transmission parents-enfants de l’amour pour un club
Houston, on a un problème•Vainqueur de tous les trophées en France et champion d’Europe pour la première fois la saison dernière, le PSG attire forcément les jeunes passionnés, parfois au grand dam mdes parents supporteurs d’autres clubsAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- En région parisienne, mais pas que, de nombreux parents voient leurs jeunes enfants se tourner vers le PSG malgré une éducation familiale orientée vers leur club de cœur.
- Ce phénomène s’explique par l’évolution de la transmission du supportérisme, où « la reconnaissance par les pairs, c’est-à-dire les copains à l’école, au sport, compte aussi énormément » selon le sociologue Williams Nuytens, et par ce que Guillaume Dietsch appelle « le supportérisme de victoire ».
- Cependant, cet attachement au PSG chez les jeunes enfants n’est pas définitif. Les parents gardent espoir de transmettre leur passion en emmenant leurs enfants au stade de leur club de cœur, considérant que l’expérience du stade peut faire basculer leurs préférences.
On peut tout accepter. L’odeur des couches, les réveils dès potron-minet, les crises parce qu’on a appuyé nous-mêmes sur le bouton de l’ascenseur, l’opposition et les « non » incessants… Mais quand un beau matin, votre descendance, la prunelle de vos yeux, vient vous réveiller en disant « Papa, tu sais moi je suis pour le Paris Saint-Germain », là ç'en est vraiment trop.
Evidemment, ces mots sont paroles d’évangile pour tous les supporteurs des récents champions d’Europe, mais ils représentent la trahison suprême pour les darons qui ont mis cœur et tripes depuis le fameux « plus beau jour de leur vie » pour que leur bambin hérite de leur amour pour leur club. Édouard, supporteur de l’OM, a ainsi vu sa vie défiler lorsque son fils de 6 ans, qui a grandi avec quelques goodies phocéens et les matchs de Marseille en fond sonore, a commis l’irréparable :
« Une dizaine de jours après leur victoire en Ligue des champions, il rentre un soir de l’école en chantant le “Oh pour toi Paris SG”, mais bien comme il faut, en plus. J’étais sur le cul. J’étais à deux doigts de lui dire, ce soir pas d’histoire, pas de dessert (rires). Il m’a demandé pourquoi je n’étais pas supporteur de Paris… Il fera ce qu’il veut, mais c’est vrai que ça me ferait mal au cœur si demain il soutenait le PSG. »
« Avant, la transmission familiale pesait plus lourd »
Non content de soulever tous les trophées possibles dans l’Hexagone, le club de la capitale est également en train de « prendre » les plus jeunes supporteurs de foot, notamment ceux habitant en région parisienne, à la concurrence. Alors, comment les petits pourtant biberonnés par des parents supporteurs de Lyon, Lens, Saint-Etienne, Bordeaux, Marseille ou Strasbourg passent si tôt à l’ennemi, même s’ils n’ont souvent pas conscience des rivalités ?
« Auparavant, la transmission familiale pesait beaucoup plus lourd, analyse Williams Nuytens, sociologue du sport. Mais, dans une société comme la nôtre, où circulent beaucoup d’informations, la reconnaissance par les pairs, c’est-à-dire les copains à l’école ou au sport, compte aussi énormément. Les médias ou les vecteurs de construction identitaire jouent aussi un rôle de plus en plus important. Que l’enfant soit sensible au supportérisme, ça, c’est sans doute le produit du poids de la socialisation parentale. Mais il ne pèse pas assez dans le choix du club. »
C’est ainsi qu’Aurélie, supportrice du RC Lens, s’est retrouvée du jour au lendemain à devoir vivre avec un nouveau fan du PSG à la maison, alors que lui aussi avait eu dès la maternité un maillot de Lens sur le dos et plein de bibelots sang et or à côté du berceau. « Tous ses petits copains dans la cour de l’école parlent du PSG. Jusqu’à l’an dernier, ils avaient Mbappé et tous les gamins adorent Mbappé. Et puis Paris, ils ont tout gagné cette année. Forcément, pour un enfant de 5 ans, il va avant tout soutenir ceux qui gagnent. »
« Un supportérisme de victoire »
A moindre échelle, le même phénomène a ainsi pu être observé avec Marseille et Lyon, il y a quelques années. « Il y a une reconfiguration aujourd’hui, estime Guillaume Dietsch, enseignant et coauteur de La France n’est pas un pays de sport (éd. DBS) qui sortira début septembre. Évidemment, il y a un attachement issu de la tradition familiale, mais ce qui fonctionne davantage, c’est ce qu’on appelle le supporterisme de victoire et l’identification au joueur, parfois davantage qu’au club. »
Et la première victoire en Ligue des champions des Parisiens n’a fait qu’accentuer ce sentiment chez nos petits rejetons. C’est donc ainsi que Maxence, le fils d’Aurélie, a explosé de joie au moment du sacre européen du PSG avant de vivre, à la grande surprise de sa mère, un énorme chagrin lors de la défaite en finale de la Coupe du monde face à Chelsea au début de l’été.
« Au troisième but, il a fondu en larmes, des énormes sanglots, raconte la jeune femme. Moi, j’avais un peu envie de rigoler, mais en même temps de voir ton gamin triste, ça te fait mal au cœur. J’ai essayé de le réconforter comme je pouvais en lui disant : “Tu vois, papi et moi on supporte Lens, ça arrive quand même de temps en temps.” J’étais un peu émue, il était en train de découvrir les émotions du sport. Il commence à comprendre les enjeux du foot. »
« Lens, c’est des cornichons »
Mais pas encore toutes les subtilités. Les départs en cours de saison de Brice Samba et Elye Wahi, idoles de notre petit parisiano-lensois, ont provoqué aussi un léger détachement avec le club sang et or. Ils ont vite été remplacés dans son cœur par Gianluigi Donnarumma et Ousmane Dembélé. « Comme tout le monde, il est tombé en crush sur Désiré Doué avec ses buts, reprend Aurélie. Après, on comprend. A sa hauteur d’enfant, il voit un mec mettre des buts, des dribbles, il est content, il l’aime bien. Et puis, il y a un peu ce truc de taquinerie avec son papi et moi, il disait la dernière fois que Lens c’était des cornichons… »
Alors cet amour nouveau pour le Paris Saint-Germain sera-t-il définitif ? Pas encore, du moins pour les plus jeunes. En quelques tours de magie, le retour aux origines pourrait même être plus rapide que prévu. « Ce n’est pas linéaire, ça évolue, reprend Guillaume Dietsch. Parce que les parents transmettent les valeurs du club, des symboles, des rituels qu’ils peuvent adopter ensuite. Les amener au stade peut aussi être une étape. »
Même s’il habite à Paris, Édouard a justement juré que le premier stade que fréquenterait son fils serait le Vélodrome. Aurélie pense aussi qu’amener l’héritier à Bollaert pourrait faire pencher la balance du côté sang et or. « C’est ce qu’il lui manque, et moi, je veux y aller absolument avec lui et mon père. Il y a un peu un truc de transmission. Bollaert, c’est un truc qui compte vachement pour moi. Gamine, je m’en foutais un peu du foot et c’est parce que je suis allée au stade avec mon père que j’ai cet attachement-là au club. Ça me rappelle plein d’autres trucs. »
« Un enfant n’échappera pas à l’identification au PSG »
S’il affirme que son club, « c’est Paris », Maxence n’a de toute façon pas complètement lâché le RCL. Il continue de mettre le maillot sang et or avec fierté dans les rues, il connaît le chant « on les a chicotés »… « Il a quand même cette petite graine du RC Lens plantée quelque part dans son cœur, il ne reste plus qu’à l’arroser un petit peu, indique Aurélie. Après, il aura peut-être les deux clubs. » Cela semble inévitable, notamment pour ceux ayant grandi en région parisienne.
Toute l'actu du PSG« L’identification, ça repose sur des variables qui sont vraiment très diverses. Le lieu de résidence, l’existence d’un membre de la famille qui a joué son rôle de transmetteur, de vecteur, la médiatisation, la reconnaissance par la communauté de pairs, conclut Williams Nuytens. Un gamin qui habite en Ile-de-France, qui vit, qui pratique une activité footballistique, qui a une famille dans laquelle on aime le foot et tout ça, il n’échappera pas à l’identification au PSG. » Dans le pire des cas, il reste toujours l'option déménagement.


















