OL-PSG : La cellule de recrutement lyonnaise est-elle assez fournie pour être « hyper performante » ?

FOOTBALL Dos au mur avant d’affronter le PSG dimanche (20h45), les Lyonnais (13es en Ligue 1) ont abordé le mercato hivernal avec une cellule de recrutement réorganisée autour de Bruno Cheyrou

Jérémy Laugier
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Arrivé à l'OL en mai 2020 pour diriger la cellule de recrutement, Bruno Cheyrou a été mis de côté un an plus tard par Juninho. Le départ du Brésilien vient de lui permettre de retrouver son poste, avec une promotion à la clé.
Arrivé à l'OL en mai 2020 pour diriger la cellule de recrutement, Bruno Cheyrou a été mis de côté un an plus tard par Juninho. Le départ du Brésilien vient de lui permettre de retrouver son poste, avec une promotion à la clé. — JEFF PACHOUD / AFP
  • En pleine spirale de la lose sur quasiment tous les plans, l’OL (seulement 13e en Ligue 1) va défier le PSG dimanche (20h45).
  • Alors que le mercato hivernal s’est ouvert il y a une semaine, le départ de Juninho a permis à Bruno Cheyrou de retrouver la direction de la cellule de recrutement, cette fois sans directeur sportif au-dessus de lui.
  • 20 Minutes se penche sur l’organisation de ce secteur peu fourni, malgré le renfort mercredi d’un quatrième scout, le Suisse Stéphane Henchoz.

« Je n’ai pas envie d’être dans un rôle d’emploi fictif. » Souvent raillé sur les réseaux sociaux quant à son véritable poste depuis son arrivée à l’OL en mai 2020, et mis à l’écart du pôle masculin depuis l’été dernier à la demande de  Juninho, Bruno Cheyrou vient d’être promu avec une étonnante triple casquette à Lyon. Le départ du directeur sportif brésilien, acté bien avant le choc contre le PSG dimanche (20h45), lui permet de redevenir directeur du recrutement chez les garçons, mais aussi chez les féminines, ainsi que conseiller technique auprès de la direction du football. C’est donc en partie de lui que dépendra la réussite d’une cellule de recrutement guère fournie, et qui a eu des difficultés à gérer  l’après-Florian Maurice.

« Le président Aulas ne veut pas avoir une armée mexicaine de 50 scouts sur le modèle anglais, a confié Bruno Cheyrou sur la chaîne de l’OL le 23 décembre. Au final, vous allez recruter 3, 4 ou 5 joueurs par saison, donc ça ne sert à rien d’être partout dans le monde pour avoir un meilleur recrutement. En étant une structure compacte, avec quatre scouts à qui sont attribués des territoires d’expertise, on est en mesure de développer cette cellule de manière hyper performante et moderne. »

Stéphane Henchoz tourné vers quatre championnats étrangers

Outre Michel Rouquette (71 ans), Alexandre Jeannin (« ami » de Bruno Cheyrou), et Alain Caveglia, arrivé pour compenser le départ à Angers de l’historique recruteur de l’OL Patrice Girard, le club lyonnais a officialisé mercredi comme quatrième scout de la cellule  Stéphane Henchoz. Cet ancien défenseur international suisse « sera en charge des championnats de la Suisse, d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie ».

Une nouvelle organisation à laquelle il faut ajouter un analyste vidéo et une personne s’occupant d’une plateforme sur laquelle tous les rapports de matchs seront centralisés. La volonté de tout ce beau monde est claire, dès ce mercato hivernal (qui se conclura le 31 janvier) : « apporter des joueurs à forte plus-value, à fort potentiel ».



Lyon mise aussi sur l’appui des académies et d’un club partenaire

Même si l’OL peut aussi espérer avoir « un maximum d’informations » au Brésil, au Sénégal, en Chine, en Corée du Sud, au Vietnam et au Liban, via ses nombreuses académies, et au Portugal grâce au club partenaire de Farense (2e division), ce dispositif est-il assez conséquent ? Ancien latéral lyonnais et recruteur au FC Nantes de 2019 à 2020 dans une cellule de trois membres, Jean-Marc Chanelet a son avis sur la question : « L’idéal, c’est d’être cinq pour pouvoir couvrir L1, L2, National, quelques championnats étrangers et des compétitions internationales de jeunes. Quand je voyais qu’il n’y avait jusque-là que deux ou trois scouts à l’OL sous Juninho, ça me semblait peu pour un club avec une telle aura ».

Des clubs de Ligue 1 de la dimension de Strasbourg et Montpellier étaient ainsi mieux armés dans ce domaine que le directeur sportif brésilien, qui ne s’appuyait en début de saison que sur Patrice Girard et Michel Rouquette. D’ailleurs, les principaux coups lyonnais depuis deux ans ont soit directement été l’œuvre de Juninho (Bruno Guimaraes, Lucas Paqueta, Emerson Palmieri), soit celle de Peter Bosz (Jérôme Boateng). Depuis son arrivée, le coach néerlandais a également été en première ligne pour pousser les ambitieuses pistes André Onana (Ajax) et Sardar Azmoun (Zénith).

« Quand tu as peu d’argent, tu dois être le plus ingénieux possible »

« Juninho a toujours dû être dans le bricolage à l’OL au niveau du recrutement, regrette l’un de ses proches. Quand on voit comment Toulouse s’est en L2 mis à la pointe du scouting et de la data avec Damien Comolli, sans même comparer avec les réseaux de malade d’un club comme Benfica ou de   la galaxie RedBull… » Mickael (29 ans), alias Mycki ElScout  sur Twitter, a passé en septembre dernier un entretien d’embauche avec Juninho, qui souhaitait le recruter au video scouting. Pour ce supporteur lyonnais, finalement non retenu par la direction du club, le constat est implacable, à partir du moment où l’OL n’a évidemment pas la puissance financière du PSG.

 D’autres clubs européens de la dimension de l’OL comptent une dizaine de scouts et tu ne peux évidemment pas effectuer un travail de recrutement égal à ces clubs-là avec si peu de moyens mis en place. C’est paradoxal car avec le travail monstrueux de ton académie, c’est l’autre aspect à prioriser. Quand tu as peu d’argent et que tu ne peux pas faire de folies, tu dois être le plus ingénieux possible sur ton recrutement. Surtout que dès ton premier gros transfert réalisé, tu rentabilises une cellule de recrutement plus fournie. »
 

Aulas revendique quatre fois plus de scouts chez les jeunes que sur les pros

Dans les années 2000, Bernard Lacombe pouvait encore faire des miracles avec l’appui de Marcelo (pas l’actuel taulier de l’équipe réserve lyonnaise en National 2) pour recruter au Brésil Edmilson, Juninho, Cris et Claudio Caçapa. Le monde du football professionnel a bien évolué pour conduire l’OL au double jackpot de Florian Maurice durant l’été 2017, avec les venues de Tanguy Ndombele (20 ans) et Ferland Mendy (22 ans). Leur éclosion a permis à Lyon de cumuler quasiment 100 millions d’euros de plus-value à leur départ deux saisons plus tard. Des indemnités vertigineuses qui rappellent l’ADN des années 2010 de l’OL : les juteux transferts des pépites made in « formidable académie » Alexandre Lacazette,  Corentin Tolisso et Samuel Umtiti.



Il y a trois semaines, Jean-Michel Aulas a d’ailleurs tenu à préciser sur RMC : « Ce qui n’a pas été dit dans ces débats, c’est qu’on a la troisième meilleure académie d’Europe, avec 16 scouts. On a investi 20 millions d’euros pour notre académie, on est les premiers en France à ce niveau-là ». Même si la plupart de ces recruteurs ne travaillent pas à temps plein pour l’OL, c’est la preuve que Lyon garde à travers le temps sa puissance de feu pour attirer les meilleurs jeunes. Un constat qui remonte à Alain Thiry dès les années 1990, puis à son successeur Gérard Bonneau à partir de 2003.

Chez les jeunes, l’OL est désormais moins tourné vers l’extérieur

« Depuis la période Alain Thiry, un très gros travail de fourmi a toujours été effectué au niveau local, départemental et régional pour superviser tous les jeunes joueurs, évoque Armand Garrido, emblématique formateur à l’OL, et lui-même recruteur chez les jeunes pour le club en 2018-2019. A partir d’Hatem Ben Arfa, Lyon a ensuite pris un virage pour aller également recruter des jeunes au niveau national [Martial, Benzia, Belfodil, Ferri, Pléa] et même international [Njie]. Ça permettait d’avoir alors une mixité entre les Rhônalpins et les joueurs arrivés un peu plus tard de l’extérieur au centre de formation. »

Une époque de mixité en partie révolue, puisque tous les nouveaux éléments issus de l’académie s’étant fait une place dans le groupe professionnel (Caqueret, Cherki, Gusto et Lukeba) viennent par exemple de la métropole de Lyon. Les temps changent donc chez l’actuel 13e de Ligue 1, et ce n’est pas Bruno Cheyrou, passé de six mois dans l’ombre avec la section féminine à une lumière soudaine avant Noël, qui dira le contraire.