Lyon: La folle trajectoire de Corentin Tolisso, des U13 de l'OL à un transfert record au Bayern Munich

FOOTBALL Un temps considéré « trop petit » au centre de formation lyonnais, Corentin Tolisso vient de rejoindre ce mercredi le champion d’Allemagne pour un montant colossal de 41,5 millions d’euros…

Jérémy Laugier

— 

Corentin Tolisso a surtout connu des émotions fortes en Ligue Europa pour sa dernière saison à Lyon, à l'image de la qualification contre l'AS Roma.
Corentin Tolisso a surtout connu des émotions fortes en Ligue Europa pour sa dernière saison à Lyon, à l'image de la qualification contre l'AS Roma. — Andrew Medichini/AP/SIPA
  • Deux jours après Mathieu Valbuena (Fenerbahçe), Corentin Tolisso quitte à son tour l’OL ce mercredi pour s’engager avec le Bayern Munich (jusqu'en 2022)
  • Ses dix années dans son club formateur n’ont pas vraiment été un long fleuve tranquille, comme l’évoquent ses amis et formateurs
  • Avec cette signature annoncée de 41,5 millions d'euros (plus 6 millions d'euros de bonus), Corentin Tolisso devient le transfert record de l'OL, devant Essien et Benzema, mais aussi celui du Bayern

Après avoir refusé Naples l’été dernier et semblé proche de la Juventus Turin durant l’hiver, Corentin Tolisso vient de s’engager ce mercredi (jusqu’en 2022) avec un autre monstre d’Europe, le Bayern Munich. Une destination de rêve qui rend ses formateurs lyonnais particulièrement fiers. « S’il fait le grand saut vers un top club européen sans passer par un club anglais moyen, c’est la preuve qu’il a réussi un parcours parfait à l’OL, estime Cyrille Dolce, son premier entraîneur au centre de formation, dans la catégorie U13. A l’époque, il incarnait la joie de vivre et ne vivait que pour le jeu, sans se projeter sur une carrière pro. Cette fraîcheur a peut-être été une clé de sa réussite. »

Une réussite qui trouve une forme d’aboutissement avec ce prestigieux transfert, près de trois mois après sa première sélection avec les Bleus, mais qui n’a pas toujours été une évidence au sein d'un club formateur rejoint en 2007. « Quand je l’ai récupéré à 17 ans, je l’ai rapidement identifié comme un joueur à potentiel au vu de sa capacité à être un milieu ‘‘box to box’’, indique le directeur du centre de formation de l’OL Stéphane Roche. Mais c’est vrai qu’avant ça, il a été sur la sellette à un moment. »

>> A lire aussi : OL-ASSE: Avant ses boulettes et Polomat, comment était Corentin Tolisso dans le derby?

« Allez savoir pourquoi, l’OL avait privilégié d’autres jeunes »

A 15 ans, Corentin Tolisso a ainsi failli ne pas passer le cap de la préformation à l’OL, comme Nabil Fekir un an plus tôt. « Il était petit et pas très costaud, se souvient son ami et ex-partenaire de la génération 1994 Sylvère Paillot. C’est pourquoi même s’il était déjà technique, le club ne voulait plus le garder au centre. » Le natif de Tarare peut rester dans l’équipe en U17 mais il doit quitter l’hébergement permanent du centre de formation à Gerland. Il se débrouille donc pour loger chez des amis de ses parents.

« C’était une situation bizarre car Corentin était alors notre meilleur buteur, se souvient son pote Yoann Nanou, actuellement joueur d’Ain Sud (CFA 2). Mais allez savoir pourquoi, l’OL avait privilégié d’autres jeunes. » La trajectoire de Corentin Tolisso est ensuite assez folle, d’autant qu’il se retrouve blessé au genou pendant plusieurs mois à 17 ans. « C’est durant cette période que d’un coup, il est devenu plus grand et plus costaud que tout le monde. Et quand il est revenu, il avait vraiment la dalle », évoque Yoann Nanou.

« Corentin a du tempérament mais il n’est pas capricieux »

« Il a sauté tous les objectifs un à un, surtout en intégrant très tôt [à 19 ans] le groupe de Rémi Garde, rappelle Stéphane Roche. Et contrairement à d’autres, il n’a pas fait la navette derrière avec l’équipe réserve. » Et ce même s’il devait se contenter de dépanner à un poste de latéral droit et même gauche qui n’est clairement pas le sien. Si sa progression linéaire est incontestable, à l’image de ses 14 buts et 7 passes décisives cette saison, ses sautes d’humeur, surtout à la fin du dernier derby (0-2), ont surpris.

>> A lire aussi : ASSE-OL: Corentin Tolisso ne s’est «pas reconnu» en revoyant les images de son expulsion

« Corentin a du tempérament mais il n’est pas capricieux, assure Stéphane Roche. S’il en est là aujourd’hui, c’est aussi grâce à ça, et grâce à son entourage qui a toujours été bienveillant mais pas laxiste. » A bientôt 23 ans, il devient le transfert le plus important de toute l’histoire de l’OL, avec 41,5 millions d’euros (+ 6 de bonus), devant Michael Essien (38 millions d’euros à Chelsea en 2005) et Karim Benzema (35 + 6 de bonus au Real Madrid en 2009).

« En U19, c’est devenu n’importe quoi comme il était fort ! »

« Mais Karim a toujours été la grande star de sa génération, précise Yoann Nanou, qui devrait bientôt partir en vacances avec son ami. Pendant longtemps, Yassine Benzia, Mour Paye et Zakarie Labidi passaient devant Coco, qui n’a même pas eu de contrat aspirant à l’OL. Puis en U19, c’est devenu n’importe quoi comme il était fort ! Aujourd’hui, c’est un milieu de terrain moderne qui pourrait jouer dans n’importe quel grand club. »

>> A lire aussi : OL : Pourquoi Corentin Tolisso est notre MVP du début de saison en France

Ce sera donc avec le Bayern de Carlo Ancelotti comme l’avait suggéré Stéphane Guy sur Canal + dans une prophétie aussi lunaire que cocasse. « Ce choix ne me surprend pas car il sait absolument tout faire sur un terrain, insiste Stéphane Roche. C’est du caviar pour un coach. »

« Son style de jeu conviendra bien au Bayern »

Même le fait de voir Corentin Tolisso arriver dans la peau de la recrue la plus chère de l’histoire du Bayern Munich n’étonne pas plus que ça ses proches. « En ce moment, les transferts dans le football vont parfois largement au-delà des 40 millions d’euros, remarque Sylvère Paillot. Au vu de sa saison complète, il mérite ce prix-là, ça n’a rien d’excessif. Et son style de jeu conviendra bien au Bayern. »

Cyrille Dolce voit également « un bon signe » dans le fait que les précédents Français du Bayern y aient réussi, de Lizarazu à Coman en passant par Sagnol et Ribéry. Reste un problème de taille vite pointé par ses potes, aussi chambreurs que l’intéressé. « Il étudiait l’espagnol au lycée donc il risque de galérer pour sa présentation devant la presse en allemand », se marre Sylvère Paillot.