OL-FC Metz : Comment le retour de Juninho à Lyon a-t-il pu s’achever de manière aussi brutale ?

FOOTBALL Le Brésilien va officiellement quitter dans quelques jours son poste de directeur sportif, seulement deux ans et demi après son retour à Lyon

Jérémy Laugier
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Juninho, ici en octobre 2019, après le limogeage de Sylvinho et son remplacement par Rudi Garcia.
Juninho, ici en octobre 2019, après le limogeage de Sylvinho et son remplacement par Rudi Garcia. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Cinq jours après les graves incidents impliquant des supporteurs lyonnais au stade Charléty, l’OL affronte ce mercredi (21 heures) à Décines le FC Metz, pour la fin de la phase aller en Ligue 1.
  • L’OL s’apprête à voir Juninho quitter officiellement sa fonction de directeur sportif.
  • Ses deux ans et demi passés à Lyon laissent un souvenir forcément mitigé, surtout en raison des tensions à la tête du club durant les derniers mois.

Un CDI de DS avec « tous les pouvoirs sportifs », une envie de rester « minimum cinq ans » à Lyon, et finalement un départ de  l’OL après seulement deux saisons et demie. Même s’il s’agissait de la première expérience dans un club de  Juninho depuis sa retraite de joueur en 2014, peu d’observateurs avaient prédit que le retour d’une telle icône à un poste clé tourne aussi court dans le Rhône. Les supporteurs lyonnais auront peut-être une dernière opportunité de le croiser au Parc OL ce mercredi (21 heures) contre le FC Metz, avant qu’il ne quitte officiellement sa fonction de directeur sportif.

Comment l’euphorie de Jean-Michel Aulas au printemps 2019, lorsqu’il a convaincu « Juni » de rejoindre l’OL après s’être rendu à Los Angeles, a-t-elle pu se transformer en un froid constat dans L’Equipe la semaine passée ? « Ça n’a pas fonctionné. Peut-être que le costume était un peu surdimensionné. Il avait du mal à assumer cette fonction dans une organisation importante », a lâché JMA dans le quotidien sportif.

Jean-Michel Aulas a fait le forcing pour convaincre Juninho de prendre la direction sportive de l'OL en mai 2019.
Jean-Michel Aulas a fait le forcing pour convaincre Juninho de prendre la direction sportive de l'OL en mai 2019. - ALLILI MOURAD/SIPA

« On peut se demander pourquoi Aulas l’a fait venir »

Coauteur de la biographie du Brésilien en 2009,  Thomas Lacondemine pointe du doigt le possible souci initial : « On peut se demander pourquoi Aulas l’a fait venir. Si ce n’était que pour une question d’image auprès des supporteurs, il ne faut pas s’étonner que ça finisse de la sorte. Dès son arrivée, "Juni" n’en avait rien à faire de son image de plus grand joueur du club. Il était là pour apporter quelque chose à l’OL et il voulait qu’on juge son travail sur pièces. C’est pour ça qu’il a tenu à n’avoir aucun copinage avec des médias. »

Le 28 mai 2019, sa présentation devant la presse aux côtés de l’entraîneur qu’il a choisi, Sylvinho, apporte aux supporteurs un vent de fraîcheur après l’éprouvant cycle de Bruno Genesio (2016-2019). « Comme beaucoup de monde, j’étais hypé illico, se souvient Alexandre (25 ans), un passionné de l’OL. On se disait qu’on allait voir notre club aller de l’avant, avec enfin une vraie direction sportive donnée. "Juni" représentait la modernité qu’il manquait tant ici, à l’image de sa recherche ambitieuse d’un coach différent pour cette saison, puisqu’il a tenté Roberto De Zerbi [Sassuolo, désormais au Shakhtar Donetsk] avant de faire signer Peter Bosz. »

Qui aurait pu penser, ce 28 mai 2019, que le flocage de Sylvinho correspondait finalement à la courte aventure de Juninho à l'OL?
Qui aurait pu penser, ce 28 mai 2019, que le flocage de Sylvinho correspondait finalement à la courte aventure de Juninho à l'OL? - Laurent Cipriani/AP/SIPA

« Il a senti que tout le monde l’abandonnait au club »

La hype Juninho a tout de même vite pris du plomb dans l’aile en raison des résultats médiocres de l’équipe (alors 14e en Ligue 1) avec Sylvinho, poussé vers la sortie deux mois après l’entame du championnat. Finalement, l’aventure « Juni »-OL ne s’est jamais remise de ce premier tournant, comme l’assure Thomas Lacondemine, resté proche de l’ancien homme fort des sept titres de champion de France de 2002 à 2008.

 Après l’échec de Sylvinho, « Juni » n’a pu avoir qu’un avis consultatif dans le choix de Rudi Garcia. Il a senti que tout le monde l’abandonnait au club. »
 

Clairement pas Juninho-compatible, l’arrivée de l’ancien coach marseillais débouche sur deux saisons sans qualification en Ligue des champions pour l’OL et sur un règlement de comptes comme on en voit rarement entre Rudi Garcia et son ex-directeur sportif, à la fin de son contrat. La prise de recul progressive de Jean-Michel Aulas, parallèlement à la promotion en juin 2020 de Vincent Ponsot comme directeur général du football, a isolé un peu plus le Brésilien.

May I have your attention please ?
May I have your attention please ? - Laurent Cipriani/AP/SIPA

Quand « Juni » repère un recruteur potentiel sur Twitter

Quand ce dernier souhaite durant l’été 2020 son ancien partenaire Patrick Müller comme directeur de la cellule de recrutement après le départ de Florian Maurice, il obtient Bruno Cheyrou. Quand il opte en novembre pour Jean-Marc Chanelet, un autre joueur de l’OL des années 2000, comme nouveau recruteur, la direction du club lui préfère Alain Caveglia. Ces derniers mois, Juninho a également demandé à sa direction de pouvoir s’entourer de Thomas Lacondemine comme assistant, ainsi que de Mickael, aka  Mycki ElScout sur Twitter, pour renforcer cette même cellule de recrutement. Deux choix qui auraient là aussi été refusés par Vincent Ponsot.

« J’aurais adoré travailler avec lui, raconte Mickael (29 ans), qui a eu la surprise d’être contacté en août sur Twitter par son idole d’enfance. Je regarde une trentaine de matchs par semaine et j’ai titillé sa curiosité avec mes analyses sur différents joueurs. J’ai eu un entretien en septembre et Juninho souhaitait me prendre au video scouting, pour guider l’observation sur le terrain des autres recruteurs du club. Il m’a reçu en toute humilité pendant plus de 2 heures, il m’a immédiatement mis à l’aise. Mais la direction n’a finalement pas voulu étoffer la cellule de recrutement. » Juninho s’est peu à peu usé face à tous ces refus, comme l’explique un proche du club tenant à rester anonyme.

 Il ne voulait pas 10.000 personnes autour de lui mais des lieutenants fidèles. Ça lui a systématiquement été refusé. Ce n’était pas simple pour lui de travailler en osmose avec Vincent Ponsot. Il est peut-être malheureusement trop entier pour occuper un tel poste, où on est habitué à voir quelqu’un avec une dimension politique. Juninho a donc découvert les batailles d’ego et ça l’a fatigué. »
 

« Il s’attendait à ce qu’on cherche à le retenir »

« Ce qui l’a gêné, c’est aussi d’avancer à l’aveugle car il n’a jamais eu un budget clair pour un mercato, poursuit Thomas Lacondemine. Il travaillait donc sur plein de joueurs avec des catégories de prix différentes, comme Arnaut Danjuma (passé de Bournemouth à Villarreal) et Erik Lamela (transféré de Tottenham à Séville) l’été passé. Mais la véritable goutte d’eau, c’est le départ fin octobre vers Angers du recruteur Patrice Girard, avec qui il s’entendait très bien, et que le club n’a pas cherché à retenir. » Le 17 novembre, Juninho livre alors  une interview sur RMC Sport dans laquelle il annonce que « normalement, c’est fini à la fin de la saison ».

Juninho et Vincent Ponsot (à droite), ici lors de la présentation devant la presse de Peter Bosz, n'ont jamais vraiment réussi à travailler « en osmose ».
Juninho et Vincent Ponsot (à droite), ici lors de la présentation devant la presse de Peter Bosz, n'ont jamais vraiment réussi à travailler « en osmose ». - OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

« Je pense qu’il a dit tout ça pour faire bouger les choses, indique Thomas Lacondemine. Il n’envisageait pas du tout partir avant la fin de la saison. Il s’attendait à ce qu’on le soutienne, qu’on cherche à le retenir mais il s’en est pris plein la gueule par Aulas et Ponsot. Il a été dépassé par les conséquences de cette interview. S’il part, ce n’est pas de gaieté de cœur. » Mycki ElScout accrédite cette hypothèse d’un départ non planifié de Juninho, malgré sa frustration quant aux faibles moyens alloués au recrutement : « Lorsque j’ai rencontré Juninho et Patrice Girard en septembre, "Juni" m’a semblé vraiment impliqué dans le mercato hivernal. Il m’a demandé un rapport sur quatre joueurs qu’il avait ciblés, des pistes intéressantes, surtout au poste d’ailier ».

Un « Juni » parfois bouillonnant devant les matchs de l’OL

Ce départ précipité de Juninho, qui devrait rester vivre jusqu’à l’été prochain à Lyon, où l’une de ses filles est scolarisée, n’aurait donc de « démission » que le nom. S’il a entretenu des rapports très froids avec Vincent Ponsot donc, mais aussi avec Bruno Cheyrou, éphémère responsable du recrutement ayant basculé sur la section féminine, et le directeur du centre de formation Jean-François Vulliez, Juninho est resté proche des supporteurs.



Il est aussi accessible pour eux qu’il ne l’était une douzaine d’années plus tôt, toujours prêt à poser pour une photo au Parc OL, même lorsque ça peut lui faire rater quelques minutes de match. On a pu constater à plusieurs reprises son côté passionné voire bouillonnant cette saison encore en tribune de presse, où il a pris l’habitude d’assister aux rencontres de l’OL, malgré les difficultés vécues en coulisses.

« Il ne perdra pas sa place de légende »

A l’heure du bilan, on retient quelques erreurs de com, comme un tacle maladroit dès la première conf sur Lucas Tousart, et sa propension assumée à se mêler des temps de jeu de Bruno Guimaraes et de Jean Lucas auprès de Rudi Garcia. OK, il n’a pas contribué à réinstaller Lyon en C1. Mais sans lui, des recrues de la trempe de Lucas Paqueta et Bruno Guimaraes n’auraient pas rejoint l’OL.

« Il ne perdra pas sa place de légende mais c’est évidemment une grosse frustration de le voir déjà partir, résume le supporteur lyonnais Alexandre. Je rêvais de le voir instaurer une politique sportive sur le long terme. Je vois symboliquement dans son départ le rejet de la modernité par le duo Aulas-Ponsot et je crains que le club [actuel 13e en Ligue 1] ne stagne. » Après cette parenthèse le plus souvent désenchantée, l’OL s’apprête à perdre à nouveau de vue le meilleur joueur de son histoire.