OL : Quelles conséquences négatives peut avoir l’annonce du départ probable de Juninho à la fin de la saison ?

FOOTBALL La sortie médiatique du directeur sportif lyonnais, mercredi sur RMC Sport, pourrait marquer un tournant dans la saison de l’OL, déjà pas au mieux en Ligue 1 avant d’accueillir l’OM dimanche

Jérémy Laugier
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Juninho, ici aux côtés de son président Jean-Michel Aulas, lors de la présentation de Jérôme Boateng devant la presse, le 1er septembre dernier.
Juninho, ici aux côtés de son président Jean-Michel Aulas, lors de la présentation de Jérôme Boateng devant la presse, le 1er septembre dernier. — JEFF PACHOUD / AFP
  • « Normalement, c’est fini à la fin de la saison », a lancé Juninho, mercredi soir dans une sortie médiatique inattendue sur RMC Sport.
  • En CDI à l’OL dans un rôle de directeur sportif depuis 2019, le Brésilien s’apprête donc à lâcher dans six mois un club lyonnais en pleine lutte pour enfin retrouver la Ligue des champions.
  • Cette déclaration aux allures de coup de tonnerre à l’OL, sur un timing malheureux à quatre jours du choc contre l’OM (dimanche à 20h45), ne sera pas sans conséquences sur la saison lyonnaise.

« Mon plan, honnêtement, c’est de passer minimum cinq ans ici. » En septembre 2020, lors d’une interview sur RMC Sport, une saison après son retour à Lyon en tant que directeur sportif, Juninho avait affirmé son envie de s’inscrire sur le long terme avec l’OL. Mais le Brésilien, qui était en CDI en tant que DS au club, est revenu là-dessus de manière brutale mercredi soir, toujours sur RMC Sport. « Normalement, c’est fini à la fin de la saison », a-t-il confié, dans une annonce aux allures de véritable coup de tonnerre à la tête du club lyonnais, à quatre jours d’un bouillant choc contre l’OM. 20 Minutes se penche sur les conséquences multiples (et toutes négatives) que cette annonce inattendue pourrait provoquer dans les prochaines semaines.

Des risques sportifs sur le club à court terme ?

Le timing d’une des rares longues sorties médiatiques de Juninho depuis son arrivée à l’OL, en mai 2019, aurait difficilement pu être plus mal choisi. Privé de Ligue des champions depuis deux ans, son club (7e) est à nouveau en difficultés en championnat (19 points sur 39 possibles), et va vivre un tournant de sa saison, dimanche (20h45) au Parc OL, contre l’OM (4e), un concurrent direct au podium.

Juste après une déroute absolue à Rennes (4-1) et en fin de trêve internationale, ses déclarations sur son avenir personnel, aussi loin de la fin de la saison, ne vont clairement pas apporter la sérénité dont auraient bien eu besoin Peter Bosz et son groupe. Quand un entraîneur programme son départ six mois avant la fin de la saison, il est rare que ça se suive de bons résultats. L’équation ne peut guère s’avérer plus favorable dans le cas d’un directeur sportif aussi apprécié et essentiel, tant aux yeux de son président que de nombreux joueurs de l’effectif.

Lucas Paqueta et Bruno Guimaraes, départs anticipés ?

Sans Juninho, il est évident que Bruno Guimaraes et Lucas Paqueta n’auraient pas signé à l’OL. Il s’agit clairement des meilleurs recrues et actifs lyonnais depuis l’arrivée de « Juni » au club, et le coût engagé (20 M€ chacun) prête aujourd’hui à sourire au vu de leur dimension prise depuis plusieurs mois et de leur statut d’international brésilien. Si ces deux leaders techniques adorés des supporteurs, respectivement sous contrat jusqu’en 2024 et 2025, n’ont encore jamais fait part de leurs envies d’ailleurs, le probable départ de Juninho pourrait changer la donne.

Lucas Paqueta et Bruno Guimaraes, ici lors du match nul contre Clermont (3-3) en août, sont deux joueurs majeurs de l'OL sur cette première moitié de saison.
Lucas Paqueta et Bruno Guimaraes, ici lors du match nul contre Clermont (3-3) en août, sont deux joueurs majeurs de l'OL sur cette première moitié de saison. - Eurasia Sport Images/Shutterstock/SIPA

Ce dernier a indiqué mercredi sur RMC que Lucas Paqueta, pour lequel Rudi Garcia n’était « pas emballé » au moment de sa venue, avait consenti « un effort économique assez important », par rapport à son salaire à l’AC Milan, pour signer à Lyon. « Juninho me donne son soutien, sa tendresse, sa confiance, confiait encore le maestro lyonnais, la semaine passée lors d’une conférence de presse de la Seleçao. Je n’ai pas les mots pour dire l’importance qu’il a eue pour moi. » Sans leur « papa » au club, l’idylle entre Guimaraes, Paqueta et l’OL sera-t-elle toujours aussi passionnelle au-delà de l’été prochain ? Rien n’est moins sûr.

On acte qu’il est impossible de s’installer à la direction sportive de ce club ?

Le 28 mai 2019, lors de la conférence de presse de l’arrivée commune à l’OL de Juninho et Sylvinho (vous l’aviez oublié, hein ?), Jean-Michel Aulas avait vite assuré : « "Juni" a tous les pouvoirs sportifs ». Dans les faits, quatre mois plus tard, le remplacement de Sylvinho par Rudi Garcia actait que ce n’était pas vraiment le cas, et que ça ne le serait sans doute jamais. Juninho a dû collaborer durant une saison avec Florian Maurice, habitué jusque-là à un rôle de responsable de recrutement ++ proche d’un statut de DS, ainsi qu’avec le conseiller de JMA Gérard Houllier (décédé le 14 décembre 2020).

S'il a été déterminant dans le choix de Peter Bosz cette saison, Juninho doit composer à l'OL avec Jean-Michel Aulas mais aussi avec Vincent Ponsot (à droite), directeur général du football depuis juillet 2020.
S'il a été déterminant dans le choix de Peter Bosz cette saison, Juninho doit composer à l'OL avec Jean-Michel Aulas mais aussi avec Vincent Ponsot (à droite), directeur général du football depuis juillet 2020. - OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Il a aussi assisté l’an passé à la promotion de Vincent Ponsot (ex-directeur général adjoint en charge des ressources humaines, juridique et administration sportive) comme directeur général du football, soit le véritable numéro 2 du club derrière JMA, et donc devant « Juni ». Quand le Brésilien précise mercredi : « Il y a une fatigue mentale énorme et je ne veux pas dépasser la limite », on peut supposer que l’organigramme tel que Jean-Michel Aulas l’a conçu a un impact sur son « envie de se reposer ». Historiquement, dans les 34 ans de l’ère Aulas, jamais un directeur sportif n’a eu une liberté d’action comparable à celle d’un Pablo Longoria à l’OM (avant de devenir président). De quoi sérieusement freiner les éventuels candidats de renom à la succession de « Juni », non ?

Un recrutement totalement à l’arrêt dans les prochains mois ?

Juninho l’a assuré mercredi, l’OL cherche « un attaquant de couloir » pour le prochain mercato hivernal, alors que la CAN (du 9 janvier au 6 février) concernera trois joueurs offensifs : Karl Toko Ekambi, Islam Slimani et Tino Kadewere. Priorité ciblée dès l’été, le polyvalent attaquant du Zénith Sardar Azmoun (26 ans, libre en juin prochain) est toujours sur les tablettes.

« Il nous plaît beaucoup, à Peter et à moi, indique Juninho. On va bien sûr essayer de le faire venir. » Mais là aussi, on doute que le recrutement puisse se structurer au mieux en vue de la saison prochaine alors que :

- Depuis cet été, il n’y a plus réellement de directeur de la cellule de recrutement, puisque Bruno Cheyou, nommé en 2020 après le départ de Florian Maurice à Rennes, est passé conseiller technique en charge du football féminin à l’OL

- Recruteur emblématique de l’OL depuis plus de 20 ans, Patrice Girard vient de démissionner afin de rejoindre Angers, dépeuplant encore plus une cellule de recrutement déjà très peu fournie pour un club du standing de Lyon

- Le directeur sportif dépose quasiment sa démission en direct à la radio à six mois de la fin de la saison

On souhaite bonne chance à Jean-Michel Aulas et Vincent Ponsot, qui n’ont pas encore répondu à la sortie médiatique de Juninho, pour tenter de réagir avec succès à autant d’incertitudes dans les prochains mois.