OL-Lens : « Lucas Paqueta sait être un guerrier et Michelangelo », souligne Mauricio Barbieri, son ex-coach à Flamengo

INTERVIEW Ancien entraîneur du milieu brésilien en 2018 à Flamengo, Mauricio Barbieri décrypte pour « 20 Minutes » l’évolution de la recrue clé de l’OL, qui affronte Lens ce mercredi (21 heures)

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Lucas Paqueta, ici face à Reims en novembre, s'est parfaitement intégré dans l'effectif lyonnais.
Lucas Paqueta, ici face à Reims en novembre, s'est parfaitement intégré dans l'effectif lyonnais. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • L’OL attaque la Ligue 1 en 2021 dans la peau du leader, ce mercredi (21 heures) face à Lens.
  • Sa recrue brésilienne Lucas Paqueta, qui sortait de 18 mois décevants à l’AC Milan, n’est pas étranger à la spectaculaire remontée lyonnaise en championnat.
  • Désormais titulaire indiscutable, l’élégant milieu relayeur est décrypté par Mauricio Barbieri, qui a été son entraîneur en 2018 à Flamengo (Brésil).

Comment ne pas parler d’un effet Lucas Paqueta à Lyon ? Dès ses deux premiers mois en Ligue 1, l’international brésilien a enquillé neuf victoires et deux nuls pour faire passer l’OL de la 14e à la première place. Transféré pour seulement 20 millions d’euros après un échec à l’AC Milan, le milieu de 23 ans est peut-être la meilleure recrue du championnat cette saison. Désormais coach du Red Bull Bragantino (Brésil), Mauricio Barbieri a entraîné l’infatigable relayeur à Flamengo en 2018. Il décrypte pour 20 Minutes l’homme clé du jeu lyonnais, tant pour déclencher le pressing que pour organiser le jeu, avant la réception de Lens ce mercredi (21 heures).

Mauricio Barbieri, ici en tant qu'entraîneur de Flamengo et donc de Lucas Paqueta, en mai 2018.

Quel a été votre première impression, en tant qu’entraîneur de Flamengo, en découvrant Lucas Paqueta il y a trois ans ?

Lucas était déjà un joueur très talentueux et créatif. Mais il ne saisissait pas encore le jeu sur le plan tactique. C’est pourquoi il n’était pas au niveau qui pouvait être le sien. Il voulait alors avoir beaucoup de liberté de mouvement et être partout sur le terrain. Il se retrouvait à tout le temps courir après le ballon. Puis il a compris à mes côtés l’importance de respecter sa position et d’attendre que le ballon lui revienne.

Quelle est justement sa meilleure place sur le terrain ?

Au moment où j’ai repris l’équipe, il jouait ailier voire même avant-centre car il y avait plusieurs blessés devant. Avant cela, il avait toujours évolué comme numéro 10. Mais j’avais déjà Diego (ex-Wolfsburg et Atletico de Madrid) en meneur de jeu et j’ai tenu à replacer Lucas comme milieu relayeur. Pour moi, c’est vraiment un joueur box to box avec une très belle vision du jeu, surtout lorsqu’il peut partir de loin. L’AC Milan n’a malheureusement pas fait ce choix après.

Lucas Paqueta a souvent semblé frustré durant son aventure milanaise, de janvier 2019 à septembre 2020.
Lucas Paqueta a souvent semblé frustré durant son aventure milanaise, de janvier 2019 à septembre 2020. - Insidefoto/Sipa USA/SIPA

Ce positionnement est-il la principale raison de son échec en Italie (1 but et 3 passes décisives en un an et demi et 44 matchs) ?

Pour moi, il était prêt à aller en Europe à 21 ans, mais Milan n’était pas le bon endroit pour lui à ce moment-là. C’était un grand club dans une phase de reconstruction. Et surtout, le football italien est très tactique et il ne laisse pas beaucoup de place à la créativité d’un joueur comme Lucas. On voit qu’il se sent déjà plus heureux à Lyon, et c’est vraiment un joueur qui a besoin de sentir que tout le monde autour de lui l’apprécie pour donner son meilleur football.

Contre Nantes le 23 décembre (3-0), Lucas Paqueta a inscrit son premier but dans un match officiel depuis février 2019 (lors d’un succès 3-0 en Serie A contre Cagliari). Comment expliquez-vous qu’il soit si peu décisif ?

Lucas veut avant tout s’amuser en jouant. Ce n’est pas un joueur obsédé par l’idée de marquer des buts ou de faire des passes décisives (trois à Milan, une avec l’OL jusque-là). Il aime les dribbles, c’est un joueur fantaisiste qui se fait remarquer par son répertoire technique unique. Parfois à Flamengo, il cherchait davantage à tenter des tricks, des petits ponts sur son adversaire, qu’à marquer. Il a grandi avec cette mentalité que j’ai essayé d’ajuster, mais ça prend du temps. A lui de s’imprégner de ses expériences en Italie et en France pour évoluer et devenir plus direct et efficace, d’autant qu’il est bon finisseur, que ça soit de la tête ou des deux pieds.

Ici en mai 2018, Lucas Paqueta s'est surtout distingué par son sens du dribble durant ses années à Flamengo.
Ici en mai 2018, Lucas Paqueta s'est surtout distingué par son sens du dribble durant ses années à Flamengo. - Marcello Zambrana/SIPA

En Ligue 1, on a l’habitude de voir des joueurs combatifs, certains plus créatifs, mais il est très rare d’en voir associer les deux dimensions comme le fait Lucas Paqueta depuis deux mois…

Je ne suis pas surpris car il était déjà comme cela à Flamengo, avec le bon équilibre entre récupération et impact offensif. Depuis ses débuts professionnels, il a toujours eu la condition physique pour tenir ce double rôle. Je ne sais pas pourquoi tant de gens l’imaginaient en tant que numéro 10, à Flamengo, à Milan et même avec la sélection brésilienne. Ceux qui ne connaissent pas vraiment son jeu doivent être surpris par sa capacité à récupérer le ballon. C’est ce qui fait de lui un joueur incroyable. Il sait à la fois être un guerrier et Michelangelo par sa capacité à créer des choses inattendues.

On a parfois l’impression qu’il est impossible de lui prendre la balle lorsqu’il met son corps en opposition. Est-ce un aspect de son jeu qui vous épatait particulièrement à Flamengo, et d’où tient-il cela ?

Oui, il est costaud, plus rapide qu’on pourrait croire, et c’est vrai qu’il sait parfaitement utiliser son corps pour protéger le ballon ou pour tenter de le récupérer. Il a développé cette technique tout seul. Ça vient à la fois de sa pratique du football dans la rue, sur la plage et du futsal qui est essentiel pour les jeunes au Brésil, avec ce jeu dans les petits espaces. Il y a aussi tellement de mauvais terrains au Brésil dans les championnats de jeunes, sur lesquels le ballon rebondit n’importe comment, que Lucas a trouvé cette solution pour prendre le temps de contrôler les choses. Et puis il faut savoir qu’ado, il était encore très fin. Cette protection de balle a donc été précieuse pour lui permettre d’être compétitif face à des adversaires plus puissants.

Lucas Paqueta a sans doute délivré son meilleur match avec l’OL lors du choc au Parc des Princes (0-1) le mois dernier. L’imaginez-vous capable de détrôner le PSG dès sa première saison en Ligue 1 ?

Oui, car c’est un joueur avec une mentalité de gagnant. Il n’a peur d’aucun adversaire, il a une grande confiance en lui. Si Lyon a l’opportunité d’être champion, c’est sûr que Lucas se battra dans ce sens.

Lucas Paqueta est-il prêt à faire chuter Neymar et le PSG dès sa première saison à Lyon?
Lucas Paqueta est-il prêt à faire chuter Neymar et le PSG dès sa première saison à Lyon? - VS Press/SIPA

Quelle est selon vous la part de réussite de Juninho dans l’adaptation de Lucas Paqueta à Lyon, au sein d’un milieu très technique, avec notamment les autres Brésiliens Thiago Mendes et Bruno Guimaraes ?

Juninho a l’air de bien comprendre Lucas. C’était un joueur si incroyable qu’il pourra l’aider à progresser. Il avait un jeu différent mais il évoluait au milieu lui aussi. Sa présence à Lyon est à coup sûr très positive pour Lucas.

Vu comme il a métamorphosé le jeu lyonnais en quelques semaines, Lucas Paqueta semble être le joueur parfait pour un coach, non ?

Oui, c’est un gars spécial et je suis très fier d’avoir fait partie de son ascension. On avait une relation privilégiée à Flamengo, il comprenait facilement ce que j’attendais de lui. Il aime faire des blagues dans le vestiaire et il danse beaucoup (sourire). C’est un joueur intelligent et très sociable. Si sa mentalité évolue encore, il va devenir l’un des tout meilleurs joueurs au monde et je ne serais pas surpris qu’il ne reste pas très longtemps à Lyon.

Quelle est donc selon vous sa prochaine étape à franchir afin de viser le plus haut niveau mondial ?

Il a besoin de maturité pour être encore plus professionnel, exigeant envers lui-même et tourné avant tout vers le résultat. Au Brésil, il adorait par exemple jouer à la PlayStation, mais aussi au cerf-volant sur la plage. C’est symbolique du fait qu’au plus profond de lui, il est resté un enfant jouant au foot. Il y a une dimension positive mais aussi négative là-dedans.