OGC Nice-OL : Pourquoi le départ d’Amine Gouiri est-il perçu comme « un crève-cœur » à Lyon ?

FOOTBALL L’attaquant niçois de 20 ans retrouve samedi (21 heures) son club formateur, l’OL, où il n’a jamais vraiment eu sa chance avec le groupe professionnel

Jérémy Laugier
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Pour la première titularisation de sa carrière en Ligue 1, Amine Gouiri a signé un retentissant doublé, le 23 août contre Lens.
Pour la première titularisation de sa carrière en Ligue 1, Amine Gouiri a signé un retentissant doublé, le 23 août contre Lens. — VALERY HACHE / AFP
  • Malgré le début de saison galère des Niçois (11es en L1), Amine Gouiri n’a pas manqué ses véritables premiers pas dans l’élite, avec 8 buts et 3 passes décisives en 19 matchs (toutes compétitions confondues).
  • A 20 ans, l’international Espoirs défie samedi (21 h) l’OL, où il n’a jamais pu s’imposer avec l’équipe première.
  • Son ancien formateur Armand Garrido regrette de ne pas l’avoir vu se révéler dans son club formateur.

« Je n’ai pas de regrets car j’ai tout donné à Lyon, et là je rattrape le temps perdu. » A l’image de cette interview dans L’Equipe en novembre, il ne faut pas compter sur l’attaquant niçois Amine Gouiri pour retrouver son club formateur, samedi (21 h), avec un esprit revanchard. L’international Espoirs n’avait pas encore 18 ans lorsqu’il a été lancé dans le monde professionnel avec l’OL, en novembre 2017 contre Montpellier. Il a ensuite dû passer par une longue traversée du désert de trois années, notamment marquée par une grave blessure au genou gauche en 2018, avant de vivre la première titularisation de sa carrière en Ligue 1, le 23 août contre Lens (2-1), avec les Aiglons.

Bilan : ses deux premiers buts en pros, avec deux frappes chirurgicales à la clé. « On a déjà vu tellement de fois ces buts-là de sa part avec nos équipes de jeunes et la réserve, soupire Vincent, un supporter lyonnais très attentif aux talents de la ''formidable académie''. J’étais content pour lui mais c’est un crève-cœur de ne pas le voir réussir ces gestes en L1 avec notre blason. »



Un transfert pour (seulement ?) 7 millions d’euros

Référence de la formation à l’OL durant une trentaine d’années, Armand Garrido, assure « ne pas être du tout surpris » par son prometteur début de saison au Gym, avec 8 buts et 3 passes décisives en 19 matchs (toutes compétitions confondues). « C’est un garçon avec un très gros potentiel, qui a le niveau pour jouer en Ligue 1, confie son ancien entraîneur en U17. Le voir montrer toute sa plénitude, avec davantage de temps de jeu à Nice, est normal et mérité. En tant que formateur, le contrat est donc rempli. »

En juillet 2017, Amine Gouiri faisait bien partie du groupe professionnel lyonnais, comme ici lors d'un match de présaison dans le prestigieux Celtic Park.
En juillet 2017, Amine Gouiri faisait bien partie du groupe professionnel lyonnais, comme ici lors d'un match de présaison dans le prestigieux Celtic Park. - ANDY BUCHANAN/AFP

L’est-il totalement quand on sait que cet attaquant de 20 ans, souvent comparé à Karim Benzema dans les travées de Tola Vologe, épouse davantage une trajectoire à la Anthony Martial (parti à 17 ans à l’AS Monaco), en ayant dû s’exiler pour se révéler, après seulement 292 minutes disputées (et aucun but) en pros dans son club formateur ? Armand Garrido partage avec de nombreux supporters ce goût d’inachevé concernant l’histoire lyonnaise de son ex-protégé, transféré cet été pour 7 millions d’euros (plus un intéressement de 15 % sur la plus-value d’un futur transfert).

Les choses sont allées très vite pour Amine à Lyon. Quand on côtoie le monde pro dès l’âge de 16 ans, on est impatient à l’idée de franchir ce palier. Or devoir ''descendre'' en N2 et en Youth League, comme il l’a tout le temps fait à Lyon, c’est très perturbant pour un jeune. Je comprends les regrets des supporters à son sujet. J’ai moi-même toujours un petit pincement au cœur de ne pas le voir exploser à Lyon, comme cela avait été le cas pour Anthony Martial. »

« Pas vraiment fait pour ce projet court-termiste avec Rudi Garcia » ?

Pour se relancer en championnat, les Aiglons (11es) comptent bien profiter de l’envol de ce talent lyonnais, comme tant d’autres avant lui. Car le Gym est vraiment « le bon tremplin » historique pour les jeunes joueurs formés à l’OL, avec une interminable liste, de Florent Balmont à Alassane Pléa, en passant par Loïc Rémy, Anthony Mounier et Jérémy Pied.

« Cette équipe de Nice est tellement faible techniquement qu’Amine Gouiri sort du lot, mais ça ne fait pas forcément de lui un crack, estime Nicolas, un supporter lyonnais. Vu comme notre équipe (3e) tourne actuellement avec Tino Kadewere et Karl Toko Ekambi, il est difficile de donner tort à l’OL de l’avoir laissé partir. Je ne le voyais pas vraiment fait pour ce projet court-termiste avec Rudi Garcia et son jeu en transition rapide. »

Le 27 novembre 2019, Amine Gouiri a vécu une journée folle, en enchaînant une mi-temps en Youth League et quelques minutes en Ligue des champions à Saint-Pétersbourg.
Le 27 novembre 2019, Amine Gouiri a vécu une journée folle, en enchaînant une mi-temps en Youth League et quelques minutes en Ligue des champions à Saint-Pétersbourg. - Dmitri Lovetsky/AP/SIPA

« Un mauvais message » envoyé aux jeunes de l’OL

C’est peu dire que l’entraîneur lyonnais n’a pas mis son jeune attaquant dans les meilleures dispositions la saison passée, avec certes une titularisation en Coupe de la Ligue face à Toulouse, mais une seule minute accordée en Ligue 1 à Metz, ainsi qu’une courte apparition en dépannage en Ligue des champions à Saint-Pétersbourg, après avoir disputé une mi-temps de Youth League… six heures plus tôt ! « Garcia a préféré tirer sur la corde avec Moussa Dembélé, qui ne soufflait absolument jamais malgré un long parcours dans les quatre compétitions, regrette Vincent. Mais durant tout ce temps, Amine a toujours fait profil bas à Lyon, il n’a jamais fait une interview pour se plaindre de son sort. » Avant Rudi Garcia, Bruno Genesio et Sylvinho n’avaient pas davantage misé sur Amine Gouiri.

A ce sujet, le numéro 11 niçois confiait dans L’Equipe : « J’entendais les gens dire "Gouiri a eu trois coachs, s’il ne joue pas, c’est qu’il doit avoir des problèmes de comportement, il ne doit pas bosser." Sauf qu’on voit aujourd’hui que ce n’était pas fondé. Je pense que pour un jeune de Lyon, c’est plus dur de percer maintenant. » L’époque Rémi Garde semble en effet très loin, même si Maxence Caqueret, Rayan Cherki, Melvin Bard et Sinaly Diomandé ont davantage de temps de jeu cette saison. C’est pourquoi le supporter lyonnais Vincent a vu dans la gestion du cas Amine Gouiri « un mauvais message » envoyé aux jeunes joueurs du centre de formation.

Amine Gouiri a toujours été l'attaquant indiscutable de sa génération, comme ici durant la Coupe du monde U20, en juin 2019 en Pologne.
Amine Gouiri a toujours été l'attaquant indiscutable de sa génération, comme ici durant la Coupe du monde U20, en juin 2019 en Pologne. - PressFocus/SIPA

« Il y a eu une impatience générale autour de lui »

« Tous les jeunes savent très bien que si même ce mec-là, avec des stats exceptionnelles dans toutes les catégories en équipe de France [45 buts en 52 sélections, des U16 aux Espoirs], et au comportement irréprochable, ne joue pas avec l’équipe première, ils n’ont aucune chance de percer à l’OL plus tard. Ça a selon moi provoqué le départ de Pierre Kalulu cet été à l’AC Milan. Si un Corentin Tolisso avait 19 ans aujourd’hui, aurait-il sa chance avec cet OL-là ? »

La question est légitime, et des doutes quant au potentiel d’Amine Gouiri l’ont toujours entouré à l’OL depuis sa blessure au genou. « Il est difficile d’évaluer un jeune joueur ayant peu de temps de jeu, résume Armand Garrido. Le club a été correct en le laissant partir cet été. Il y a eu une impatience générale autour de lui, et peut-être que certaines personnes au club ne s’attendaient pas à ce que ça puisse marcher aussi bien pour lui ailleurs en L1. » Celles-ci doivent craindre d’en avoir une preuve éclatante à leurs dépens samedi.