PSG-OL : Est-ce qu’on ne tiendrait pas le meilleur milieu de terrain lyonnais depuis les années Juninho ?

FOOTBALL Lyon a construit sa première victoire au Parc depuis 2007 grâce à sa souveraineté technique dans l’entre-jeu

Julien Laloye
— 
A gauche Aouar, à droite Paqueta
A gauche Aouar, à droite Paqueta — Thibault Camus/AP/SIPA
  • L’OL dispose de nouveau d'un milieu de terrain dominant avec le trio Aouar-Paqueta-Mendes.
  • Garcia peut aussi compter sur deux remplaçants de luxe avec Caqueret et Bruno Guimaraes.
  • Une bonne nouvelle pour le crédit du directeur sportif Juninho, à l'origine de l'arrivée de ses trois compatriotes.

Au Parc des Princes,

Les supporters lyonnais radotent un peu moins sur leurs années de gloire, parce qu’elles commencent à sentir la naphtaline et que les petits-enfants ne sont pas encore nés. Mais enfin il y avait bien penalty sur Nilmar, et ce milieu de terrain Diarra-Essien-Juninho, c’était quelque chose, hein les gones ? Le pourquoi de cette bouffée de nostalgie : le milieu de terrain lyonnais à trois tel qu’on l’enseignait aux nouveau-nés avant le baptême a peu à peu abandonné tout son pouvoir dans la décennie 2010, au profit d’une improvisation croissante des principes collectifs du jeu lyonnais.

Genesio avait ses bons côtés par exemple, mais avec lui, l’ADN lyonnais s’est transformé en joyeux bordel plus ou moins organisé selon les matchs. La maîtrise du milieu était devenue secondaire, et ce n’était pas faute de bon matos (Ndombélé, Tolisso​ et d’autres). Pas pour rien qu’on entendait encore quelques vieux croûtons accrochés aux branches du 4-4-2 losange un temps institué par Garde, quand Gourcuff et Grenier ont été sur pied en même temps, ce qui arrivait moins souvent qu’une éclipse solaire. Les années fastes ont installé cette idée qu’à Lyon, on doit bien jouer au foot, et que pour bien jouer au foot, il faut un milieu à trois qui mène l’orchestre.

Dix ans après, enfin même quinze, on tient une piste. L’OL dispose de nouveau du milieu de terrain le plus sexy chocolat de la péninsule. C’est en tout cas ce qu’on a pensé très fort en voyant le trio Aouar-Paqueta-Mendes torpiller l’amour-propre de celui du camp d’en face. Chacun dans son rôle a joué une partition délicieuse.

Aouar, le roi du half space gauche intérieur.

On ne sait pas trop ce que ça veut dire nous-même, mais tout le monde voit l’idée. Le milieu franco-algérien, diminué par le Covid-19 et sans doute perturbé par ce transfert avorté à la Juve, a traversé deux mois compliqués. Mais quand il atteint sa plénitude physique, qu’il se positionne entre les lignes adverses et qu’il étire le bloc défensif tout en douceur, mama mia quel joueur et quel regret que Deschamps ne l’envisage pas dans son milieu à trois, même s’il faudrait partager la place avec Rabiot.

Mendes, le retour de la menace

L’ancien Lillois en a pris plein la tronche la saison dernière, à se demander si les transferts entre le Losc et l’OL ne relèvent pas du blanchiment d’argent, parfois (coucou Kader Keita). Thiago Mendes n’a pas moufté, il a bossé, et le voilà devenu le numéro dix de référence pour Garcia. En confiance, il est celui qui lit le mieux et les espaces, et c’est un avion physiquement, sinon il ne serait pas sorti sur Neymar à la 95e minute pour ce tacle qu’on espère sans trop de conséquences.

Paqueta, l’homme qui réhabilite la semelle

Débarqué comme un cheveu sur la soupe pour remplacer un Aouar finalement toujours au club, Paqueta avait une bonne tête de flop à 20 plaques après une expérience milanaise contrastée. C’est tout l’inverse. Le Brésilien ne sort plus du onze, adopté par le groupe pour sa grinta de boxeur crève-la-faim et plébiscité par Garcia pour son aisance à conserver la balle. Quand il met le ballon sous sa semelle de gaucher et qu’il s’enroule autour du défenseur, Marcelo quitte déjà sa défense pour le coup franc qui va suivre. Un peu agaçant à tomber tout le temps, mais quel joueur.

Le plus beau là-dedans ? On n’a pas encore parlé des deux milieux de terrain qui ont porté l’OL en demi-finale de la Ligue des champions l’été dernier. Bruno Guimaraes et Maxence Caqueret, entrés en fin de match au Parc pour contribuer à garder le résultat. Le premier avait changé la face du club l’hiver dernier avant de caler un peu physiquement (mais ça va mieux), et le second a peu d’équivalents dans sa qualité d'harcèlement des armées adverses.

Le choix du roi pour Rudi Garcia, qu’on a lancé sur le sujet dans l’amphi du Parc des Princes :

« Je vous rejoins, on a d’excellents joueurs dans le cœur du jeu, ce n’est pas un hasard si on joue à trois milieux de terrain. Bien évidemment, on a la chance ou la malchance de pouvoir travailler toute la semaine des circuits préférentiels ou des déplacements combinés. En plus, parmi ces joueurs-là, il n’y a pas vraiment de profils similaires. Ils sont plutôt complémentaires, avec des qualités différentes, même si le seul milieu de terrain 100 % défensif c’est Thiago et c’est pour ça qu’il était important qu’il soit-là ce soir. »

En d’autres temps, ceux d’avant Covid, on aurait filé demander son avis à Juninho. Le directeur sportif brésilien n’a pas tout réussi dans son nouveau rôle, mais il faut mettre à son crédit à la fois l’arrivée de Paqueta, de Mendes, et de Guimaraes. Lui aussi a dû avoir un peu de nostalgie en revenant.