OL-Sparta Prague : Déjà qualifiés en 8es de finale, les Lyonnais ont-ils les moyens d’aller au bout de la Ligue Europa ?

FOOTBALL Après leur quatrième succès de rang en C3 jeudi, les hommes de Peter Bosz sont devenus le premier club qualifié pour les 8es de finale de Ligue Europa, avant les deux derniers matchs de poules

Jérémy Laugier
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Les Lyonnais savourent leur qualification pour les 8es de Ligue Europa, sans avoir à passer par un barrage contre un club de Ligue des champions reversé. OLIVIER CHASSIGNOLE
Les Lyonnais savourent leur qualification pour les 8es de Ligue Europa, sans avoir à passer par un barrage contre un club de Ligue des champions reversé. OLIVIER CHASSIGNOLE — AFP
  • En l’emportant nettement jeudi contre le Sparta Prague (3-0), l'OL a obtenu sa qualification directe pour les 8es de finale de Ligue Europa.
  • Une performance très sérieuse qui pose une question : cela peut-il être la bonne année pour Lyon en C3, avec à sa tête Peter Bosz, qui avait atteint la finale en 2017 avec l’Ajax Amsterdam.
  • Entre sa régularité sur la scène européenne, son attaque de feu dans cette épreuve (12 buts en quatre rencontres) et une osmose retrouvée avec ses supporteurs, l’OL présente de vrais atouts pour attaquer les phases finales avec ambition, les 10 et 17 mars.

Au Parc OL,

Trois matchs sans aucun choc à même de transcender les supporteurs, de toute façon condamnés à galérer au milieu des bouchons du périphérique au vu d’une programmation horrible pour chaque rencontre, le jeudi à 18h45. Voici l’alléchant programme qui attendait l’OL, cet automne, pour ses retrouvailles avec une phase de groupe de Coupe d'Europe. Ça semblait écrit, ça allait être laborieux jusqu’à l’ultime réception des Glasgow Rangers le 6 décembre, à l’instar d’une Ligue 1 où cette équipe lyonnaise est capable d’offrir des points sur un plateau dans les dernières minutes contre Clermont ou l’ASSE. Non, cette morne fatalité a été balayée en quatre journées et autant de victoires.

Moins flamboyant mais extrêmement sérieux au moment de finir le travail, jeudi contre le Sparta Prague (3-0), l'OL est le seul club déjà assuré de disputer les 8es de finale de Ligue Europa (sans barrage contre une équipe reversée de C1 donc), les 10 et 17 mars, avec un match retour dans son stade. Voici pourquoi la bande à Peter Bosz, qui aura le luxe d’envoyer Bradley Barcola (passeur décisif jeudi) et toute l’équipe U19 sur les deux dernières journées de ce groupe A, peut désormais rêver de devenir le premier club français à aller au bout de l’épreuve.



L’ADN européen de l’OL lui a permis de survoler son groupe

Depuis la nuit des temps, l’OL est le seul club, derrière le PSG, qui permet sur la durée au football français de sauver les meubles au niveau de l’indice UEFA. Cette culture européenne, illustrée par ses récentes demies en Ligue Europa (2017) et en Ligue des champions (2020), se résume en une stat impressionnante donnée par Opta : les Lyonnais ont réussi à sortir de la phrase de groupes 15 fois sur leurs 17 dernières participations européennes. Qui dit mieux ?

Dans cette Ligue Europa, ils ont à la fois su résister d’emblée à la grosse pression des Rangers à Ibrox Park (0-2) et à une entame catastrophique à Prague (De 2-0 à 3-4). Meilleure attaque de la compétition avec 12 buts inscrits (soit 3 de moyenne par match), avec une défense bien plus rassurante qu’en Ligue 1, puisqu’elle a concédé l’intégralité de ses buts (3) sur ce match aller contre le Sparta, l’OL a survolé cette première phase en patron, et peut se consacrer uniquement au championnat pendant quatre mois.

Peter Bosz, entre culture de la gagne et choix payants

Autant le nouvel entraîneur lyonnais a parfois pu s’obstiner dans des choix surprenants en Ligue 1 (type Kadewere dans le couac à Nice), autant la gestion de son groupe a été un sans-faute jusque-là en Ligue Europa. C’est dans cette compétition qu’il a pu effectuer un turn-over parfois rafraîchissant, surtout sur ce dernier match jeudi, avec six cadres préservés sur le banc pendant plus d’une heure.

Lucas Paqueta se retrouve sanctionné pour un retard à la causerie avant d’affronter le Sparta Prague à l’aller ? Il entre en jeu et fait la différence en fin de match en inscrivant le but de la victoire. Tout juste de retour de blessure, Islam Slimani est titularisé pour la première fois depuis un mois et demi au retour ? Il signe jeudi son premier doublé depuis son arrivée à l’OL. Autant de signes favorables révélateurs d’une dynamique (très) positive en C3 entre Peter Bosz et son groupe, tout comme cela avait été le cas pour lui en 2017, dans cette superbe campagne de Ligue Europa conclue en finale (0-2 contre Manchester United).

Karl Toko Ekambi, au-dessus de l’OM et de l’AS Monaco

Karl Toko Ekambi est à la Ligue Europa ce qu’était Oleg Salenko à la Coupe du monde, ou Jean-Michel Lesage à la Ligue 2. A savoir un joueur ayant plein de limites par ailleurs, mais en totale réussite dans une épreuve, à l’image de son but stratosphérique à Glasgow. Déjà performant en C3 avec Villarreal (3 buts et 5 passes décisives en 7 matchs) en 2018-2019, l’international camerounais en est carrément le meilleur buteur cette saison, avec 6 réalisations et 2 passes dé sur les quatre matchs de poule. Il faut cumuler ses 13 derniers matchs de Ligue 1 avec l’OL pour compiler un tel bilan statistique en championnat. C’est simple, KTE est pour l’instant plus prolifique dans l’épreuve que l’OM, l’AS Monaco, la Real Sociedad ou la Lazio Rome.

Des virages en osmose avec cette équipe

Il y a deux ans, c’est en 8es de finale de Ligue des champions que l’OL parvenait à se qualifier, au prix d’un nul arraché contre le RB Leipzig (2-2). Mais l’ambiance était alors délétère entre les joueurs et le virage nord, sur fond de conflit pesant entre Marcelo et les Bad Gones. La qualif' n’avait presque pas été célébrée. Jeudi, même s’il ne s’agissait que du Sparta Prague en face, les 33.934 supporteurs lyonnais ont montré une belle ferveur pour enflammer la dernière demi-heure de jeu, comme contre Brondby (3-0) un mois plus tôt.



Avec à chaque fois dans la foulée une véritable communion, sur fond de « Ahou » et de « Qui ne saute pas n’est pas lyonnais », entre tous les joueurs et le virage nord, qui n’hésite pas à rester chanter de longues minutes après chaque match. Même dans les belles années Lacazette-Fekir-Umtiti-Tolisso, il n’existait pas une telle osmose entre dirigeants, entraîneur, joueurs et supporteurs.

Un tableau forcément ouvert au printemps

Evidemment, on vous voit venir, ce n’est pas le 5 novembre qu’on peut se hasarder à pronostiquer qui va remporter une compétition (hormis avec le PSG en Ligue 1). L’idée est simplement de constater que le club lyonnais assume jusque-là les ambitions dévoilées en août par son président. « Notre objectif numéro un sera d’aller chercher la Ligue Europa, confiait alors Jean-Michel Aulas dans L’Equipe. Même si c’est prétentieux, il faut la jouer pour la gagner. C’est l’année ou jamais pour nous imposer, vu notre effectif. »

OK, trois des cinq derniers vainqueurs ont été des gros morceaux reversés de Ligue des champions (Manchester United, Atlético de Madrid et Chelsea). Mais les précédents pas si lointains de Séville (2014, 2015, 2016, 2020), et surtout Villarreal la saison passée, doivent aider l’OL à être totalement décomplexé. Seule Naples présentait un meilleur indice UEFA que le club lyonnais au sein du plateau initial de cette Ligue Europa. Et même parmi les actuels 3es de poules de C1 (certes l’Atlético de Madrid et l’Atalanta, mais aussi Wolfsburg, Bruges, le Zénith, Benfica, le Sporting et le Sheriff Tiraspol), il n’y a pas nécessairement de quoi être terrifié, si ?