OL : Le cas Marcelo illustre la cassure entre joueurs et supporters lyonnais

FOOTBALL Après les incidents ayant émaillé l’après-match de Ligue des champions, des doutes entourent l'avenir au club du défenseur brésilien

Manuel Pavard

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La banderole avec un âne dessiné et le texte "Marcelo dégage" avait déjà été sortie dans le virage nord lors du match retour contre Benfica, le 5 novembre dernier.
La banderole avec un âne dessiné et le texte "Marcelo dégage" avait déjà été sortie dans le virage nord lors du match retour contre Benfica, le 5 novembre dernier. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Au lendemain des incidents ayant opposé certains joueurs et supporters lyonnais, Marcelo aurait décidé de quitter l’OL.
  • Le défenseur brésilien a été pris en grippe par certains Bad Gones du virage nord depuis le déplacement à Benfica, où il avait eu une altercation avec un ultra.
  • Mais le malaise dépasse le simple cas de Marcelo et une vraie fracture s’est ouverte entre l’OL et une grande partie de ses supporters.

L’OL aurait certainement souhaité fêter autrement sa qualification pour les 8e de finale de la Ligue des champions. Les images des heurts entre certains joueurs lyonnais et ultras du virage nord ont en effet fait le tour des médias européens, éclipsant quasiment le nul salvateur (2-2) décroché par les hommes de Rudi Garcia face au RB Leipzig. Et ces incidents ont logiquement déclenché une avalanche de réactions dans les heures suivant le match.

Après la colère exprimée par Memphis Depay au micro de RMC Sport, Jean-Michel Aulas est monté au créneau devant la presse, promettant de « prendre des sanctions » à l’encontre des responsables, à commencer par l’auteur de la banderole visant Marcelo – qui n’a pas non plus été épargné par son président. Celles-ci n’ont pas tardé puisque l’OL a indiqué à 20 Minutes que l’individu avait été identifié ce mercredi et qu’il ferait l’objet d’une interdiction de Groupama Stadium jusqu’à la fin de saison, confirmant ainsi des informations de L’Equipe.

L'avenir de Marcelo au club est loin d'être tranché

On attendait depuis les réactions de Marcelo, qui a répondu aux insultes mardi soir par des doigts d’honneur adressés aux Bad Gones, et de son entourage. Là encore, elles n’ont pas fait dans la dentelle. C’est d’abord la femme du joueur, Tatiana Guedes, qui a conclu sa story Instagram, mercredi, par un hashtag « No to racism » abondamment critiqué sur les réseaux sociaux car sans lien apparent avec les motifs de la querelle. Puis, on apprenait dans l’après-midi que Marcelo aurait, selon les informations de RMC Sport, décidé de quitter l’OL.

Le défenseur central brésilien ne se sentirait plus en sécurité à Lyon où lui et sa famille se disent victimes d’insultes et de menaces, sur les réseaux sociaux comme dans leur vie privée. Malgré tout, son avenir au club est loin d’être tranché. Interrogé dans L'Equipe, son agent d’image, Leonardo Scheinkman, assure ainsi que Marcelo « se sent bien à Lyon ». Il rappelle notamment qu’un départ cet hiver serait compliqué à envisager, aussi bien pour le joueur, qui devrait trouver un challenge ambitieux avec un salaire élevé, que pour l’OL, qui aurait des difficultés à le remplacer au pied levé, les bons défenseurs à moins de 30 millions ne courant pas les rues.

Une chose est sûre, un transfert prématuré de Marcelo donnerait l’impression que le club cède aux pressions d’une frange de ses supporters. Confirmation avec les propos de Sylvain*, abonné au virage nord, qui estime qu' « un départ au plus tard au mercato hivernal serait la seule solution possible ». « On a atteint le point de non-retour mardi soir, commente le supporter. Finalement, Marcelo pourrait se servir de cette histoire pour quitter un club qu’il n’a jamais vraiment aimé mais tant mieux, je ne vois pas comment on pourrait continuer avec lui maintenant. »

Lisbonne, point de départ de l’embrouille

Quelle que soit la décision du joueur brésilien, ses proches n’excluraient pas, selon RMC Sport, de porter plainte contre les supporters impliqués dans les incidents du Parc OL mais aussi dans ceux de Lisbonne. Pour mieux comprendre cette embrouille qui n’en finit pas de gonfler, il faut revenir à son point de départ, le 23 octobre.

Cette nuit-là, au sortir d’un match de Ligue des champions perdu sur la pelouse de Benfica (2-1), les Rhodaniens croisent à l’aéroport de Lisbonne des supporters lyonnais attendant leur avion du matin. Remontés contre leur équipe, ces derniers décident entre eux de ne pas adresser la parole aux joueurs. « Au départ, il y a eu quelques regards noirs lancés aux joueurs mais rien de plus », raconte Sylvain, absent ce soir-là mais qui relaie « la version de (ses) potes présents ».

D’après le supporter, les joueurs passent tous la tête baissée, peu fiers de leur défaite, à l’exception de « Marcelo, le seul à "faire le chaud" ». « On ne sait plus exactement qui a commencé, ajoute Sylvain, mais tout est parti d’un regard de travers, comme une embrouille de cour de récré, et Marcelo l’a joué en mode caïd, tête contre tête et insultes, avec un supporter ». Problème : ce dernier n’est autre qu’un membre des Bad Gones.

« On ne se reconnaît plus dans cette équipe »

La hache de guerre est donc déterrée entre une partie du virage nord et un joueur déjà peu populaire à Lyon. Surnommé « Tractopelão » par ses détracteurs sur Twitter, le colosse d’1,91m est également critiqué pour ces incessantes déclarations d’amour à son ex-club de Besiktas ainsi que pour les posts provocateurs de sa femme sur les réseaux sociaux. L’apparition de la banderole « Marcelo dégage » avec la tête d’âne, déployée à plusieurs reprises ces dernières semaines – sans jamais susciter de réaction du club ni des stadiers –, va marquer un nouveau cap dans cette escalade.

Pourtant, cette bisbille avec Marcelo ne concerne réellement qu’une petite partie des Bad Gones, les autres membres du groupe, évidemment solidaires de leurs collègues, se contentant généralement de sifflets nourris à l’annonce du nom du joueur. Ailleurs, notamment « côté sud, on n’a pas spécialement de problème avec Marcelo », précise ainsi Frédéric, ultra habitué du virage sud. Et sur les réseaux sociaux, les Bad Gones subissent les foudres de certains supporters lyonnais, qui ne cautionnent pas le comportement du groupe du virage nord, estimant que celui-ci est allé trop loin mardi soir.

En réalité, le cas du défenseur brésilien est surtout symptomatique d’une cassure beaucoup plus globale entre joueurs et ultras lyonnais. « On ne se reconnaît plus du tout dans cette équipe et ça vaut autant pour Marcelo que pour les autres », poursuit Frédéric, qui reproche à la direction de l’OL – et donc à Jean-Michel Aulas – ses choix stratégiques. « On a énormément perdu en talent cet été (Ndombele, Fekir, Mendy) mais aussi les saisons précédentes (Lacazette, Tolisso…), du coup c’est compliqué de rester compétitif, déplore le supporter. On aimerait bien voir des investissements sportifs mais tant que les résultats financiers sont au beau fixe, le club ne se pose pas la question de comment gagner un trophée. Aujourd’hui, ils ne font plus que de la plus-value sur les jeunes joueurs, c’est tout ce qui compte pour eux. »

Des échanges avec les ultras « moins virulents » à l’époque de Philippe Violeau

La nomination de Rudi Garcia a ensuite été la goutte d’eau qui fait déborder le vase, aggravant la fracture avec des supporters qui acceptent mal ce coach trop marqué OM. L’ancien milieu défensif Philippe Violeau, lyonnais entre 1997 et 2003, trouve ces critiques un peu injustes. « Si le club avait vraiment les moyens de conserver les jeunes du centre de formation plus longtemps, il le ferait mais il a besoin de renflouer les caisses, explique l’ex-Auxerrois. Quant à Rudi Garcia, c’est quelqu’un qui a du vécu et de l’expérience, il faut être ouvert d’esprit et lui laisser sa chance. »

Philippe Violeau se souvient qu’« il y avait eu quelques échanges avec les ultras » à son époque mais c’était « beaucoup moins virulent ». « Aujourd’hui, tout est démesuré et amplifié par les réseaux sociaux et prend des proportions qui n’ont rien à voir avec le foot », regrette le joueur retraité, présent au Parc OL mardi soir. Il se dit « attristé » par ces incidents, « d’autant plus quand il y a une issue favorable comme c’était le cas ici. On est passé d’une soirée joyeuse à une morosité générale en quelques minutes. »

Reconnecter l’OL à ses supporters ne sera en tout cas pas une mince affaire. « Il y a du boulot, assure Sylvain, surtout quand on voit un club qui se satisfait de faire du trading avec ses meilleurs joueurs sans se soucier d’avoir une équipe compétitive. Il y a 10 ans, l’OL faisait peur à tout le monde en France et même en Europe. Aujourd’hui, on est rentré dans le rang et on inspire presque la pitié des rivaux. »

*Le prénom a été modifié à la demande de la personne interrogée