TFC : « On a dû combattre le traumatisme qui existait dans le club », explique le président Damien Comolli

INTERVIEW Président du TFC depuis cet été, Damien Comolli a récupéré un club relégué en Ligue 2 et en pleine crise existentielle

Propos recueillis par Nicolas Stival

— 

Le président du TFC Damien Comolli, le 6 octobre 2020 au Stadium de Toulouse.
Le président du TFC Damien Comolli, le 6 octobre 2020 au Stadium de Toulouse. — Frédéric Scheiber / Sipa pour « 20 Minutes »
  • Représentant du fonds américain RedBird Capital Partners, Damien Comolli a succédé à Olivier Sadran en juillet à la tête du TFC, relégué en Ligue 2.
  • La nouvelle équipe dirigeante, qui vise la remontée immédiate en Ligue 1, a pris la tête d’un club en plein doute.
  • Damien Comolli revient sur le mercato qui s’achève, au cours duquel l’usage des statistiques a joué un grand rôle.

Ce mardi matin, quelques heures après la clôture du mercato, Damien Comolli a reçu 20 Minutes au Stadium de Toulouse. En poste depuis le 16 juillet, le nouveau président du TFC, représentant du fonds américain RedBird Capital Partners, a pris la tête d’un club traumatisé par sa relégation en Ligue 2 au terme d’une saison cataclysmique, en clamant d’emblée  sa volonté de remonter en L1. Le natif de Béziers (47 ans), passé par Arsenal, Saint-Etienne, Tottenham, Liverpool ou Fenerbahçe, a fait le tour de l’actualité violette.

Après la fin du mercato, le TFC a-t-il un effectif taillé pour la remontée immédiate ?

Notre objectif d’avoir une équipe compétitive, en mesure de se battre pour la montée en Ligue 1, on l’a atteint. D’un autre côté, nous ne sommes pas dans une urgence sportive ni financière. La vie du club ne sera pas en danger si l’on ne monte pas. Mais nous sommes des compétiteurs, on fera tout pour.

Samedi, à l’issue du match contre Troyes (0-0), Patrice Garande espérait avoir encore trois joueurs supplémentaires, un par ligne. Finalement, seul le milieu défensif néerlandais du Levski Sofia Stijn Spierings a signé lundi…

En entrant dans le mercato, il y avait plusieurs problématiques à régler. L’effectif était trop important en quantité. Notre objectif, c’est de partir avec 23 joueurs, y compris les trois gardiens, et de faire la promotion de jeunes. Malheureusement, le premier mercato Covid a été désastreux sur le plan économique et de la mobilité potentielle des joueurs. Certains qui voulaient partir ou qu’on avait identifiés sur le départ sont toujours là. Cela nous a bloqués au niveau des entrées.

Il a fallu en même temps faire une équipe compétitive, avoir un souci de gestion à l’esprit et prendre en compte les données du marché. Quand vous prenez tout ça, je pense qu’on a vraiment fait un bon mercato. On a tout fait pour se renforcer jusqu’à la fin. Il fallait remplacer Ibrahim Sangaré (parti au PSV Eindhoven), c’est ce qu’on a fait avec Spierings, un très, très bon joueur.

Vous avez recruté beaucoup de non-francophones. Craignez-vous des difficultés d’intégration ?

Pas du tout. Les recrues ont des cours obligatoires de français deux à trois fois par semaine. Spierings a signé hier [lundi] et dès l’après-midi, il a pris une leçon de français. On en a discuté avec le coach [Patrice Garande] ce matin, on sent qu’il y a quelque chose qui se passe dans l’équipe, que l’état d’esprit est bon. Ça vit, ça rigole.

Il y a des joueurs comme Moreira, Gabrielsen ou encore Brecht [Dejaegere, milieu belge recruté cet été], qui parle plus de langues que j’ai de doigts sur ma main… Ils sont le trait d’union entre les anciens, les nouveaux, les jeunes… Notre premier critère de sélection, au-delà des qualités physiques, techniques, tactiques, ça a été les qualités humaines, l’état d’esprit, la maturité dans la vie et dans le jeu, la capacité d’intégration et le souci du collectif.

Féru de statistiques, Damien Comolli compte se servir du jeu Football Manager pour recruter.
Féru de statistiques, Damien Comolli compte se servir du jeu Football Manager pour recruter. - Frédéric Scheiber / Sipa pour « 20 Minutes »

Avez-vous retenu certains joueurs qui auraient pu partir, comme Bafodé Diakité ou Manu Koné ?

J’ai eu zéro offre, y compris pour [l’attaquant] Adil Taoui, malgré les articles que j’ai lus. L’idéal, c’était de le prêter pour voir ce qu’il pouvait donner. Et on ne cherchait absolument pas à faire un transfert pour « Bafo », pour Manu ou pour Kelvin [Amian].

Pouvez-vous nous parler du recrutement grâce aux statistiques, votre spécialité ? Il se dit que vous pourriez vous servir d’outils comme le jeu de gestion Football Manager…

On ne se sert pas encore de Football Manager, mais on va le faire. Il y a beaucoup de clubs qui l’utilisent. Ce ne sera pas une base de recrutement essentielle dans notre stratégie mais ça peut aider. La taille et les ambitions du club n’ont rien à voir avec la volonté d’utiliser la data ou pas.

Prenez les deux équipes finalistes de la Ligue des champions l’an dernier, Tottenham et Liverpool : elles ont été construites avec la data. Leipzig, demi-finaliste de Ligue des champions, travaille sur la data. Lorient est monté, le club a un responsable de la data. Nous ne sommes pas une exception.

Comment ça marche concrètement ?

Des recruteurs font des observations sur le terrain. Ensuite, ils rédigent des rapports et on vérifie avec la data. Ou alors on interroge la base de données, qui nous sort des joueurs suivant certains critères, que l’on demande aux recruteurs de vérifier. Ça marche dans les deux sens. Tous les recrutements faits grâce à la data ont confirmé ce qu’ont vu les recruteurs. Le meilleur moyen d’exploiter le recrutement en live sur le terrain et la data, c’est de mixer les deux.

Revenons aux résultats. Vous êtes quinzièmes, mais vous restez sur quatre matchs sans défaite…

On est un peu frustrés, il nous manque des points. On devrait être au minimum à la hauteur de Clermont [huitième], avec neuf ou dix points. Dans le contenu, il y a énormément d’améliorations par rapport au début de saison. A Clermont, on revient de 1-0 à 1-1. Contre Auxerre, on perd 0-1 et on gagne 3-1. Samedi face à Troyes, on joue 45 minutes à dix [après l’expulsion de Diakité], en comptant les arrêts de jeu, contre la meilleure équipe du championnat et on ne perd pas. Cela montre un état d’esprit, une solidarité. L’équipe est loin d’avoir atteint tout son potentiel.

Le 26 septembre contre Auxerre, le TFC a mis un terme à une série d’insuccès de près d’un an. Avez-vous senti cette chape peser sur le club à votre arrivée ?

Il existait un traumatisme important dans l’équipe et dans le club en général. On a dû le combattre. Patrice a fait du très bon travail pour transformer cette négativité, cette inertie, en positivité. Les nouveaux joueurs ont amené un dynamisme important. Quand vous jouez à l’extérieur, qu’ils sortent du vestiaire et qu’ils vous disent « les gars aujourd’hui, on gagne », c’est quelque chose auxquels nos jeunes n’étaient pas habitués.

On s’est aperçu qu’arriver à changer l’état d’esprit avec les mêmes personnes, ça allait être difficile. Donc on a peut-être recruté plus de joueurs que ce qui était prévu au départ, avec des personnalités et des caractères différents de ceux que l’on avait dans l’équipe. Ce mix-là est en train de prendre. Les jeunes sont super. S’ils sont guidés par le staff et des joueurs plus expérimentés, ils prendront le bon chemin. Ruben [Gabrielsen, le capitaine] est un exemple dans le travail, dans le leadership.

La restructuration du club n’est pas terminée. Arrivé cet été, votre responsable du recrutement Jérôme Fougeron repart déjà. Il est aussi question d’un directeur sportif…

Jérôme a démissionné parce qu’il se sentait un peu en décalage avec notre manière de travailler. Il s’est mis d’accord avec un club de L1 il y a quelques semaines. Mais il a travaillé jusqu’à la dernière minute du mercato et il est encore sous contrat pendant quelques semaines. Ça m’embête sur un plan humain qu’il s’en aille mais on se quitte en très bons termes. On se connaît depuis 2004 et on est toujours resté en relation.

Quant à l’arrivée du directeur sportif, c’est quelque chose qu’on ne voulait pas faire pendant le mercato. Il y a des postes importants dans le club sur lesquels on est en réflexion, celui-ci en fait partie. Les autres ne concernent pas le sportif. On est en réflexion globale sur l’organisation et la structure du club.

En cette période de Covid-19, êtes-vous inquiets pour l’économie du club, même si la billetterie est moins primordiale pour vous que pour un club de rugby ?

Oui, c’est une inquiétude. Mais on a bâti un budget avec zéro euro de billetterie. Donc on n’a pas pris de risque. Cependant, on est extrêmement frustrés de ne pas pouvoir faire venir nos supporteurs au Stadium. Samedi, on a pu en faire entrer environ 170 par rapport à l’hommage à Brice Taton. On fait avec. Financièrement, ça ne va pas nous mettre en difficulté, mais ça ne nous met pas dans le positif.

Mais surtout, on a la volonté de connecter le club à la ville, à la communauté, c’est-à-dire les joueurs, les supporteurs, les médias, toutes les composantes. Mais on n’arrive pas à faire venir des gens au stade. Il y a une frustration.

Le TFC vient de se trouver un nouvel ambassadeur avec Hugo Gaston, le héros français de Roland-Garros, fan déclaré du club…

On l’a félicité après la victoire contre Stan Wawrinka, puis souhaité bonne chance avant le match contre Dominic Thiem. On l’a invité au prochain match [contre Rodez, le 24 octobre]. Malheureusement avec les mesures sanitaires, on ne peut pas lui faire donner le coup d’envoi. Comme on a vu qu’il s’entraînait souvent avec le maillot du Tef' des saisons passées, on a aussi prévu de lui donner toute la panoplie de cette année. On est super contents pour lui.