ASSE-OL : Comment les Verts se sont-ils enlisés dans une telle crise avant le derby ?

FOOTBALL Lanterne rouge de Ligue 1 avant d’accueillir l’OL dimanche (20h45), le club stéphanois se trouve dans une situation extrêmement délicate à tous les étages

Jérémy Laugier
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Les joueurs stéphanois ont semblé toucher le fond la semaine passée, en s'inclinant lourdement contre l'OGC Nice à domicile (0-3).
Les joueurs stéphanois ont semblé toucher le fond la semaine passée, en s'inclinant lourdement contre l'OGC Nice à domicile (0-3). — Pierre Teyssot/Action Plus/Shutt
  • Fessée par l’OGC Nice la semaine passée (0-3), l'ASSE se morfond à la dernière place du championnat après huit journées.
  • La réception du voisin lyonnais dimanche (20h45) sera forcément synonyme de derby explosif et à hauts risques pour les Verts.
  • Comment le club stéphanois a-t-il pu passer depuis deux ans d’un candidat quasi-systématique au Top 5 à une équipe luttant pour le maintien avec Claude Puel ?

« En prendre trois à domicile, c’est inacceptable, donc on doit se mettre les doigts dans le cul pour bosser et en faire beaucoup plus. » Jusqu’à l’emploi de la fameuse expression vulgaire d’après-match de Wahbi Khazri, l’ASSE est passée totalement à côté de sa rencontre  face à l’OGC Nice, samedi dernier dans le Chaudron (0-3). Le constat est terrible : cinq revers de rang, aucun succès et une dernière place en Ligue 1 qui ne peut être anecdotique après huit journées. Dans un climat pesant de club officiellement en vente depuis cinq mois, mais sans piste de repreneur très avancée, Saint-Etienne coule à tous les niveaux.

Le derby contre l’OL, qui s’est soldé à deux reprises par une claque historique (0-5) depuis quatre ans, arrive dimanche (20h45) dans un contexte explosif. 20 Minutes tente de décrypter le marasme dans lequel est plongé le club le plus titré du championnat de France (10 sacres). En avril 2013, lorsque l’ASSE s’est offert grâce à un but de Brandao (1-0 contre Rennes) son dernier trophée, à savoir la Coupe de la Ligue, le co-président des Verts Bernard Caïazzo a fait circuler un courrier en interne. Il expliquait alors comment il comptait « installer durablement l’ASSE dans le Top 5 de la Ligue 1 ».

Des doutes permanents depuis 15 ans sur l’entente Romeyer-Caïazzo

« Cette ambition n’a depuis jamais été suivie d’idées de visionnaires de la part des dirigeants, regrette Alain Blachon, alors adjoint de Christophe Galtier. On savait qu’on allait vite perdre Aubameyang, Guilavogui et Zouma, et il n’y a pas eu de véritable réflexion pour pérenniser le club en haut. Il fallait sans doute envisager une évolution du modèle économique, en investissant par exemple davantage d’argent afin d’optimiser la formation. » En toile de fond, cette direction bicéphale en place depuis une quinzaine d’années n’a jamais été une réussite.

« Devoir convaincre deux présidents pour tout et rien, c’est sûr que ça complique les choses, résume Alain Blachon. Roland Romeyer est tellement supporteur de l’ASSE que ça a pu l’aveugler au moment de prendre certaines décisions. » Stabilisés dans les huit premières places pendant six saisons consécutives (de 2012 à 2017) avec Christophe Galtier à sa tête, les Verts ont vécu une énorme crise au moment de la succession de son coach emblématique, avec le court passage d’Oscar Garcia conclu sur la première manita de l’histoire du derby.

Christophe Galtier, ici en décembre 2015 aux côtés de son ancien joueur Jérémy Clément, a quasiment toujours tiré le maximum de son effectif durant ses sept ans et demi dans le Forez. FRANCK FIFE
Christophe Galtier, ici en décembre 2015 aux côtés de son ancien joueur Jérémy Clément, a quasiment toujours tiré le maximum de son effectif durant ses sept ans et demi dans le Forez. FRANCK FIFE - AFP

« Ce n’est pas une question de niveau mais d’expérience »

« Il est toujours compliqué de bien réagir quand on se trouve en situation de crise, constate Alain Blachon. Tout est fait dans l’urgence, comme en décembre 2017, quand Jean-Louis Gasset a fait casser la tirelire aux dirigeants en recrutant des joueurs d’expérience à gros salaires type M’Vila et Debuchy, invendables derrière. » Sainté remonte de la 17e à la 7e place en 2018, puis retrouve une belle 4e place en 2019. Avant le départ de Gasset, et une dégringolade sans fin depuis, incarnée par la promotion de son adjoint Ghislain Printant, erreur de casting prévisible (de juin à octobre 2019), puis par l’épineux dossier Claude Puel. Sa gestion chaotique de joueurs considérés cadres (Ruffier, M’Vila, Boudebouz, Khazri) n’a jamais installé un climat de sérénité à L’Etrat. Un proche du club raconte :

Claude Puel a enlevé tout l’impact que les joueurs expérimentés avaient sur ce groupe en les mettant à la cave. Quand ça commence à gronder tout autour de l’ASSE comme en ce moment, ne vaut-il pas mieux avoir comme gardiens Stéphane Ruffier et Jessy Moulin que le trio Green-Bajic-Fall (20 ans d’âge moyen) ? Ce n’est pas une question de niveau mais d’expérience. »

« Puel a les pleins pouvoirs, au-delà du domaine sportif »

Ainsi, lorsque William Saliba s’est révélé en Ligue 1 en 2018 (à 17 ans), il était entouré de deux véritables tauliers, Loïc Perrin et Neven Subotic. Les temps ont sacrément changé puisque sur le plan défensif, bien plus qu’un Timothée Kolodziejczak (30 ans) à la dérive, Harold Moukoudi (23 ans) fait aujourd’hui figure de cadre, du haut de ses 45 matchs en Ligue 1, pour entourer Mickaël Nadé (22 ans) et Saïdou Sow (19 ans). Claude Puel est-il l’unique responsable de ce « jeunisme » à outrance au sein d’un effectif stéphanois en plein doute ?

Cette entame de championnat désastreuse a fragilisé la position sur le banc de Claude Puel, sous contrat jusqu'à la fin de la saison.
Cette entame de championnat désastreuse a fragilisé la position sur le banc de Claude Puel, sous contrat jusqu'à la fin de la saison. - ESPA Photo Agency/Cal Sport Medi

« C’est simple, Claude Puel est arrivé comme manager général et il s’est même retrouvé membre du directoire du club, rappelle notre source tenant à rester anonyme. C’est-à-dire qu’il a depuis le départ les pleins pouvoirs sur tout ce qui touche au club ou presque, au-delà du domaine sportif, de la prolongation d’un jeune à des détails du centre d’entraînement. La situation stéphanoise aujourd’hui est donc selon moi de son entière responsabilité. »

Des années de « surperformances » avec Christophe Galtier ?

Difficile cependant de n’imputer qu’à Claude Puel (sous contrat jusqu’en juin prochain) le manque de qualité de son effectif, tant il aurait aimé avoir les possibilités économiques de recruter davantage que le seul attaquant uruguayen Ignacio Ramírez (24 ans), arrivé en prêt du Liverpool FC… de Montevideo. Au vu de sa fragilité économique, accentuée par la crise du Covid-19, ne doit-on pas finalement considérer qu’il était presque anormal d’avoir vu les Verts disputer si régulièrement la Ligue Europa dans les dix dernières années, surtout au vu du salary cap longtemps appliqué dans le Forez ?

De nombreux joueurs ont accepté d'échanger avec des supporteurs des kops, après la cinquième défaite de rang, samedi dernier contre l'OGC Nice (0-3).
De nombreux joueurs ont accepté d'échanger avec des supporteurs des kops, après la cinquième défaite de rang, samedi dernier contre l'OGC Nice (0-3). - ESPA Photo Agency/Cal Sport Medi

« Je rappelais souvent aux dirigeants que Christophe Galtier faisait des exploits tant des joueurs ont "surperformé" avec lui à l’ASSE, appuie Alain Blachon. Là, ces gamins se battent, ils donnent le maximum. Mais le brassard de capitaine est peut-être une charge trop importante pour un jeune comme Mahdi Camara par exemple… » Les jeunes Verts sont conscients qu’ils auraient déjà pu filer en Ligue 2 sans l’arrêt prématuré du championnat en mars 2020 (ils étaient 17es, à dix journées de la fin). La saison passée, une belle entame puis « un sursaut d’orgueil » incarné par Wahbi Khazri (6 buts en 6 matchs de L1 entre mars et avril 2021) leur a permis d’éviter le pire (11es). Dimanche (20h45), le voisin lyonnais rêvera de leur mettre encore plus la tête sous l’eau, si tant est que ça soit possible.