ASSE: «Gros bébé», Dragon Ball Z… De Bondy à Sainté, qui est vraiment le phénomène William Saliba?

PORTRAIT A 18 ans, le défenseur stéphanois William Saliba est la révélation d'un club dans la course pour une qualification en Ligue des champions, à cinq journées de la fin

Jérémy Laugier

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William Saliba, ici au duel avec l'attaquant guingampais Marcus Thuram, en janvier au Roudourou.
William Saliba, ici au duel avec l'attaquant guingampais Marcus Thuram, en janvier au Roudourou. — DAMIEN MEYER / AFP
  • L’ASSE vient d’officialiser mardi la prolongation de William Saliba jusqu’en 2023.
  • L’avenir du défenseur de 18 ans s’est imposé comme un enjeu majeur du côté stéphanois au vu de sa si prometteuse première saison professionnelle, avec 12 apparitions en Ligue 1.
  • De l’AS Bondy d’un certain Kylian Mbappé à l’ASSE, en passant par son « explosion » au FC Montfermeil, 20 Minutes est parti sur les traces du phénomène, qui devrait être aligné en L1 dimanche plutôt qu’en finale de Coupe Gambardella samedi.

Et si une partie de l’avenir de l'ASSE s’était jouée mardi ? En annonçant la prolongation jusqu’en 2023 de William Saliba, le club stéphanois a frappé un grand coup, tant les sollicitations ne manquent pas concernant le talentueux défenseur de 18 ans. « Rester à Saint-Etienne pour vivre une saison complète en Ligue 1 est un super choix, souligne Jean-Luc Vannuchi, le sélectionneur de l’équipe de France U18. Il n’a pas cédé aux sirènes de clubs étrangers comme ont pu le faire tant d’autres jeunes joueurs avant lui. »

Tout s’est accéléré cette saison pour le prometteur défenseur central, titularisé à neuf reprises en Ligue 1 depuis une première apparition à Toulouse (2-3), le 25 septembre. Sept années plus tôt, Fabio Frasconi a découvert William Saliba à Bondy, où il est né et où il a notamment effectué ses premiers dribbles avec comme éducateur Wilfrid Mbappé, papa de qui vous savez. U12 surclassé en U13, il avait alors tendance à jouer « un peu partout, en défense, au milieu et en attaque ».

« William était le chouchou de tout le monde au club »

Fabio Frasconi, qui l’a entraîné deux saisons à l’AS Bondy, garde le souvenir d’un garçon « très attachant ». « William était le chouchou de tout le monde au club. Au collège, il était le premier à faire des bêtises car il aimait bien faire rigoler les autres. Dans notre équipe, c’était à la fois le plus grand et ''le plus bébé dans la tête''. » Un « gros bébé » (son surnom à l’époque) capable de se transcender lorsque son équipe était dos au mur.

« Il a toujours eu une telle envie de gagner que quand on était menés, j’avais l’impression qu’il se transformait en ''Super Saiyan'' comme dans Dragon Ball Z, se marre Fabio Frasconi, qui se rappelle notamment de cinq tournois de futsal consécutifs remportés grâce à lui. C’est simple, au futsal, il récupérait le ballon derrière puis il dribblait tout le monde avant d’aller marquer. Mais les clubs pros ne croyaient pas encore en lui. » Malgré des essais au PSG, à Bordeaux, au Havre ou à Auxerre, William Saliba poursuit donc sa progression en U15 DH au FC Montfermeil (Seine-Saint-Denis), où il suit son « grand frère » Fabio Frasconi.

« Il mettait une pagaille énorme en attaque »

« C’est là qu’il a explosé pendant deux saisons, explique celui-ci. Une fois stabilisé en défense centrale, il est devenu monstrueux. Même quand il était pressé par trois joueurs, il n’avait jamais peur. Et puis si ça tournait mal pour son équipe, il passait en attaque où il mettait une pagaille énorme, en marquant ou en provoquant un penalty. » Un profil pour le moins atypique de géant (1,93 m désormais) défenseur-buteur qui a alors séduit Troyes et l’ASSE, que William Saliba a préféré rejoindre en 2016.

William Saliba a rejoint le centre de formation de l'ASSE en 2016.
William Saliba a rejoint le centre de formation de l'ASSE en 2016. - Abdelaziz Kaddour

Il y a moins d’un an, l’intéressé a signé son premier contrat professionnel (jusqu’en 2021), avant de vite faire ses preuves en Ligue 1 dans la foulée. « Il n’a jamais déçu et il donne plus de garanties derrière, que Neven Subotic [actuellement blessé], estime Fousseni Diawara, ancien défenseur des Verts. On sent qu’il a la tête sur les épaules et il excelle surtout dans la lecture du jeu, ce qui est exceptionnel pour un joueur de son âge. »

« Un senior au milieu des juniors »

Avant son deuxième match en L1 à Lille (3-1) en octobre, à un poste de latéral droit inédit pour lui, William Saliba s’est fendu d’un appel à son ancien coach Fabio Frasconi. « Ça m’a touché qu’on parle pendant plus d’une demi-heure de l’aspect tactique de ce poste, confie ce dernier. J’ai eu la sensation d’échanger avec un gars ayant dix années de carrière pro derrière lui. Ça m’a bluffé de le voir faire un tel match ce soir-là contre l’attaque la plus rapide de Ligue 1. C’est impressionnant que tout aille aussi vite pour William. »

Jean-Luc Vannuchi n’a pu s’appuyer sur William Saliba que lors du tournoi de Limoges en septembre avec les U18 tricolores, avant que le phénomène ne se révèle en Ligue 1… puis en sélection avec les U19 et même les U20. « Il dégageait une telle force et un tel charisme que j’en avais tout de suite fait mon capitaine », se souvient-il. En six jours, il l’a vu à l’œuvre lors de trois rencontres contre la Russie, les Pays-Bas et l’Angleterre. Ses éloges en disent long sur le potentiel du gaillard.

Il avait été le seul à faire jeu égal avec les Anglais (1-2) et dans les deux autres matchs, il donnait l’impression de déjà être un senior au milieu des juniors. Dans l’impact et les accélérations avec ou sans ballon, c’est une machine de guerre, une force de la nature, un monstre. Quand il démarre une action, on sent qu’il va aller au bout. Il est capable de parcourir 40 mètres avec le ballon sans que personne n’ose se mettre sur son chemin. »

Il vit toujours au centre de formation de l’ASSE à L’Etrat

On retrouve ici l’univers Dragon Ball Z concernant celui qui a notamment inscrit le but de l’égalisation, de la tête, contre les U18 british. Décrit par tous comme « un vrai passionné de foot », William Saliba a donc choisi de miser sur la continuité mardi avec ce nouveau contrat, allongé de deux ans et s’accompagnant d’une revalorisation salariale. « Je sais qu’il vit toujours au centre de formation de l’ASSE, c’est un signe intéressant », remarque Jean-Luc Vannuchi.

Au vu de ses prestations majeures lors des deux derniers clean sheets de Verts aux portes de la Ligue des champions (3-0 contre Bordeaux, 0-2 à Reims), mais aussi de la suspension de Timothée Kolodziejczak, il ne fait presque aucun doute qu’il disputera un match déterminant contre Toulouse dimanche en Ligue 1 et non la même affiche, la veille, en finale de la Coupe Gambardella.

Jean-Luc Vannuchi a peur de « ne jamais le revoir » en U18 ou U19

« Je préférerais qu’il finisse en apothéose sa belle aventure avec l’équipe U19, pour une première fois dans sa carrière au Stade de France et peut-être un premier trophée majeur », décrypte Fousseni Diawara. Mais de la même manière, sa phénoménale trajectoire risque de le conduire au Mondial U20 cet été en Pologne et non à l’Euro U19 en 2020.

« Son double surclassement en équipe de France ne m’étonne pas du tout. J’ai peur de ne jamais le revoir », confirme Jean-Luc Vannuchi. Difficile de retenir dans sa catégorie un « Super Saiyan » lorsqu’il explose au plus haut niveau.