ASSE-Girondins de Bordeaux : Quel club fait-il le plus flipper ses supporteurs en vue du maintien ?

FOOTBALL Dix-neuvième et 20e de Ligue 1 avant de s’affronter ce samedi (21 heures) dans le Chaudron, Stéphanois et Bordelais réalisent un début de saison désastreux. Leurs supporteurs redoutent déjà le pire, et on les comprend

Jérémy Laugier (avec C.C)
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Wahbi Khazri et Benoît Costil illustrent ici l'euphorie ambiante du côté de l'ASSE et des Girondins.
Wahbi Khazri et Benoît Costil illustrent ici l'euphorie ambiante du côté de l'ASSE et des Girondins. — JEFF PACHOUD-FRED TANNEAU/AFP
  • L’ASSE et les Girondins nous offrent quasiment un « match de la peur » dès la fin de l’été, ce samedi (21 heures) à Saint-Etienne.
  • Toujours en quête de leur premier succès de la saison, Stéphanois et Bordelais inquiètent leurs supporteurs sur de nombreux points, de l’environnement autour du club aux leaders supposés dans chaque effectif.
  • 20 Minutes a interrogé quatre passionnés de ces monuments du football français, prêts à estimer qui des Verts ou des Girondins avaient le plus de chances d’être à la même place dans huit mois.

OK, il ne s’agit que de la 6e journée de Ligue 1. Mais au vu des deux précédentes saisons des deux clubs, conclues en deuxième partie de tableau après avoir flirté avec la zone rouge, les actuelles 19e et 20e places de l’ASSE et des Girondins de Bordeaux ne sont pas le fruit du hasard. « Évidemment que ça pique de voir ce classement », a reconnu jeudi le milieu des Verts Yvan Neyou. Avant ce qui pourrait presque s’apparenter au « match de la peur » le plus rapide de l’histoire dans un calendrier de L1, ce samedi (21 heures) à Geoffroy-Guichard, il n’a pas été bien difficile de trouver des supporteurs pessimistes dans les deux camps. Deux Stéphanois et deux Bordelais se prêtent au jeu de « quel club historique de notre championnat file tout droit vers la Ligue 2 ? ». Le tout avec quatre thèmes définis, et un humour grinçant à toute épreuve qui ne fait pas de mal.

Préférez-vous avoir à la tête de votre projet Lopez ou le duo Romeyer-Caïazzo ?

« Ouh la, on a le choix entre la peste ou le choléra là », ironisent spontanément le supporteur des Verts Baptiste (42 ans) et le Bordelais Matthieu (35 ans). « Notre projet n’est pas viable et le désengagement des deux présidents met le club dans un état somnolent, vu comme la vente s’éternise et même reste bloquée, poursuit Baptiste. Le modèle Gérard Lopez a beau avoir eu de la réussite à Lille, je trouve qu’il est extrêmement risqué sur le plan économique. Je ne veux pas que mon club soit ainsi mis en danger financièrement donc à bien y réfléchir, je préfère encore notre situation. »

Gérard Lopez et Admar Lopes sont les deux nouveaux dirigeants majeurs des Girondins depuis cet été.
Gérard Lopez et Admar Lopes sont les deux nouveaux dirigeants majeurs des Girondins depuis cet été. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Egalement stéphanois, Sylvain (38 ans) n’envie en rien le récent virage bordelais : « Gérard Lopez est selon moi quelqu’un de néfaste pour le football, et après le fiasco de King Street, j’ai peur que les Girondins aient récupéré pire. Quand on voit l’état des finances du Losc après le départ de Lopez, je ne leur souhaite vraiment pas la même chose, même si les Lillois ont gagné un titre derrière. Je préfère largement le projet de Claude Puel à du trading impliquant des clubs filiales, car ces montages ne sentent jamais très bon ». De son côté, Sébastien (23 ans), passionné des Girondins, opte pour l’ancien boss lillois : « Il a quand même su montrer son talent pour dénicher des joueurs et créer une belle équipe avec le Losc ». Reste à savoir si Admar Lopes, le directeur technique des Girondins, réalisera autant de petits miracles que Luis Campos à Lille dans le recrutement.

Préférez-vous comme tauliers Khazri-Hamouma ou Costil-Koscielny ?

C’est peu dire que la présence de deux ex-internationaux tricolores dans le 11 bordelais ne fait pas rêver notre supporteur stéphanois Baptiste. « J’ai l’impression qu’à Bordeaux, les leaders attendus Costil et Koscielny sont complètement cramés, sourit-il. On ne souhaite pas de mal à des amis mais quand je vois justement leur effectif fait de bric et de broc, je pense qu’ils sont encore plus dans la merde que nous. Chez nous, autant Hamouma a été mystérieusement prolongé pour combler des trous dans l’effectif, autant il est dur de critiquer Khazri, qui nous a sauvés en fin de saison dernière. Et puis tout va bien, on mise quand même aussi sur un ancien attaquant de Liverpool [Ignacio Ramirez], bon celui de Montevideo [Uruguay] par contre… »

Avec sa capacité à être décisif et à provoquer des fautes, Wahbi Khazri est vu comme le principal taulier entre les deux relégables actuels en L1. Nicolas TUCAT
Avec sa capacité à être décisif et à provoquer des fautes, Wahbi Khazri est vu comme le principal taulier entre les deux relégables actuels en L1. Nicolas TUCAT - AFP

Dans le camp d’en face, Matthieu est d’accord sur ce thème : « A vue de nez, Costil va nous sortir 163 arrêts décisifs dans la saison, mais Khazri va tomber 348 fois dans la surface adverse et obtenir une dizaine de penaltys. Avantage aux Verts donc ! »

Quels devraient être les supporteurs les plus patients en cas de saison galère ?

« Le contexte est explosif pour les deux clubs, avec des directions contestées et des saisons calamiteuses depuis deux ou trois ans malheureusement », estime le Stéphanois Sylvain. N’y a-t-il pas tout de même une vraie nuance tant les Ultramarines 1987 ont tenu un rôle dans la reprise des Girondins par Gérard Lopez ? « Nous sommes entrés dans un nouveau projet, et une grande majorité des supporteurs est derrière celui-ci, résume ainsi Sébastien. Ce n’est que le début et nous serons peut-être plus indulgents et patients que nos homologues stéphanois. »

« La Lune de miel entre Lopez et les supporteurs pourrait vite tourner au vinaigre si les résultats ne venaient pas, nuance Matthieu. On a pu voir par le passé que ça gronde fort au Matmut Atlantique. Alors qu’à Saint-Etienne, la contestation semble plus résignée. » Le peuple vert est en effet blasé depuis de longs mois, et pas uniquement en raison de cette saison sans présence au stade à cause du Covid-19. « On a l’impression de se faire balader depuis six mois sur la vente du club et ça pourrait se durcir fortement dans les tribunes en cas de nouveaux mauvais résultats », prédit Baptiste.

Pensez-vous que le poids de l’histoire et l’identité peuvent sauver votre club ?

On le concède, on est ici dans de l’impalpable, voire du mystique. Concrètement, les 16 titres de champions de France cumulés peuvent-ils venir en aide à l’ASSE et aux Girondins s’ils sont totalement dos au mur cette saison (encore) ? A l’un plus qu’à l’autre selon la gestion de ce lourd héritage sportif ? « Si le maintien se joue sur le nom, Bordeaux a forcément l’avantage, tranche Matthieu, tout en objectivité. Mais puisque ça se joue avec les 11 guignols sur le terrain… » Baptiste ne partage pas cet avis : « Dans la période la plus difficile la saison passée, l’ASSE a su se fédérer, avoir un sursaut d’orgueil et même un supplément d’âme comme à Nîmes (0-2). Quand on voit Etienne Green qui arrête un penalty pour son premier match professionnel, on est dans l’irrationnel. »

Belle histoire de la fin de saison passée de l'ASSE, le jeune gardien Etienne Green illustre la capacité de réaction du club stéphanois, lorsque celui-ci est dos au mur.
Belle histoire de la fin de saison passée de l'ASSE, le jeune gardien Etienne Green illustre la capacité de réaction du club stéphanois, lorsque celui-ci est dos au mur. - ESPA Photo Agency/Cal Sport Medi

Cette « fusion équipe-supporteurs », alors entrevue dans le Forez, est-elle vraiment un gage de sécurité dans une course au maintien ? Sylvain est formel : « Le nom des Girondins ne les sauvera pas : s’ils doivent descendre sur le terrain, personne ne leur fera de cadeau. Idem pour Sainté : un club comme Clermont n’hésitera pas à nous enfoncer s’il le peut alors que les relations sont plutôt bonnes entre nous. » Et le voisin et promu clermontois compte déjà 5 et 6 points d’avance sur nos deux monuments en galère. Presque un petit break au vu de la dynamique des deux clubs (aucun succès jusque-là) et du calendrier de l’ASSE (Monaco, Nice et l’OL entre le 22 septembre et le 3 octobre). Avouez-le, même la fin de l’été offre un parfum de « match de la peur », non ?