Bordeaux-Lens : Pourquoi Javairô Dilrosun peut-il être la bonne pioche des Girondins ?

FOOTBALL Après un début de carrière en dents de scie, cet ancien grand espoir du football néerlandais débarque en Gironde pour tenter de relancer celle-ci à 23 ans

Clément Carpentier
— 
Javairô Dilrosun vient de passer trois saisons au Herta Berlin.
Javairô Dilrosun vient de passer trois saisons au Herta Berlin. — Pixathlon/SIPA
  • Les Girondins de Bordeaux reçoivent ce dimanche (15h) le RC Lens lors de la 5e journée de Ligue 1.
  • Le jeune ailier hollandais, Javairô Dilrosun devrait effectuer ses débuts. Passé par l’académie de l’Ajax puis celle de Manchester City, il veut enfin confirmer tous les espoirs placés en lui après un début de carrière fait de hauts et de bas.
  • Ailier rapide et technique, il pourrait devenir le facteur X de cette équipe bordelaise.

Son sourire ! Peu importe avec qui vous en parlez - joueurs, dirigeants, proches, journalistes – tous ont la même première réflexion au moment d’évoquer la nouvelle recrue des Girondins,Javairô Dilrosun : « Ce gamin a tout le temps le sourire, la banane ! » Alors bien sûr les plus médisants diront qu’ils auraient préféré entendre des louanges sur son pied gauche, ses dribbles ou encore sa frappe de balle mais pas d’inquiétude, ça arrive rapidement : « Franchement, techniquement, c’est impressionnant pour le moment à l’entraînement, lance un membre de l’équipe bordelaise, il percute beaucoup et souvent c’est très bon. Mais surtout, ça va très vite ! ». Il n’en faudrait pas plus à certains supporteurs des Marine et Blanc pour s’enflammer…

Mais avec le jeune attaquant néerlandais, il faut savoir rester prudent, même si le joueur est par son style hautement inflammable. En effet, les espoirs d’un jour sont pour le moment restés un peu sans lendemain avec Javairô Dilrosun. A 23 ans, cet ancien grand espoir du football hollandais vient avant tout de débarquer en Gironde (en prêt avec option d’achat) pour remettre la marche avant, après deux saisons compliquées au Herta Berlin. C’est lui-même qui le dit : « Le changement était nécessaire. L’objectif est de relancer ma carrière. C’est ce que je suis venu chercher ici. Maintenant, il faut que je le montre sur le terrain ». Peut-être dès ce dimanche (15h) contre Lens au Matmut Atlantique lors de la 5e journée de Ligue 1…

Un joueur typique de « l’Ajax-school »

En tout cas, du talent, Javairô Dilrosun en a à revendre. A tel point que l’Ajax d’Amsterdam l’avait repéré dès l’âge de 8 ans pour intégrer son académie. « Je le connais depuis qu’il est bébé, explique Brian Tevreden qui a connu sa maman très jeune avant de se marier avec sa tante, il était déjà très doué petit avec une technique balle au pied déjà assez fantastique ». Cet ancien joueur d’origine surinamienne comme son neveu, et bien d’autres gloires néerlandaises (Gullit, Rijkaard, Davids, Kluivert, Seedorf ou Hasselbaink), a lui-même entraîné le néo-Bordelais pendant plusieurs années à l’académie des Lanciers. « C’est un joueur typique de l"Ajax-school", un ailier gauche rapide, technique qui peut dribbler mais aussi faire marquer et même si sa meilleure place est à gauche, il peut aussi jouer à droite ou en meneur de jeu », décrypte Jean-Paul Rison, journaliste sportif indépendant au Pays-Bas.

Le premier grand virage de sa carrière, Javairô Dilrosun va le vivre à 16 ans. Il a beau être dans le plus grand club hollandais et l’un des meilleurs centres de formation d’Europe, il décide de rejoindre Manchester City. « Aussi surprenant que cela puisse paraître, beaucoup de jeunes Néerlandais passent à cet âge par une grande équipe anglaise, poursuit notre confrère, ils y décrochent un contrat, gagnent de l’argent. Mais comme vous le savez, une équipe comme City compte tellement de joueurs, de grandes stars et de jeunes du monde entier, qu’il n’est pas facile de percer là-bas. » D’ailleurs, le nouvel attaquant des Girondins ne jouera pas un seul match officiel en équipe première pendant quatre ans. Il se distingue tout de même en Youth League avec un but et quatre passes décisives en huit matchs.

Partir à 16 ans à City… Pas forcément une erreur ?

Alors a-t-il fait le bon choix de rejoindre si tôt les Citizens ? « Je pense que c’était la meilleure décision pour son développement à ce moment-là ! Beaucoup de clubs le voulaient et franchement, City est loin d’avoir une mauvaise académie ! Pourquoi une erreur ? Il a joué avec beaucoup de bons joueurs, il s’est développé sur le plan personnel et mental avec une langue et une culture bien différentes de la sienne », rappelle Brian Tevreden. Jean-Paul Rison, lui non plus « ne dirait pas que c’est une erreur car après cela, il a eu ses chances au Hertha et il était un titulaire régulier dans une grande ligue (la Bundesliga) déjà à l’âge de 20 ans. Rien ne dit que cela se serait mieux passé à l’Ajax ! »

Javairô Dilrosun est notamment passé par l'académie de Manchester City.
Javairô Dilrosun est notamment passé par l'académie de Manchester City. - TGSPhoto/Shutterstock/SIPA

Javairô Dilrosun réussit même des débuts tonitruants en 2018 dans la capitale allemande (deux buts et trois passes en quatre matchs) et reçoit sa première convocation avec les Oranje après avoir connu toutes les sélections de jeunes. Après être resté sur le banc contre la France, il entre en jeu pendant vingt minutes contre l’Allemagne avant de sortir sur blessure. Cette sélection reste la seule à ce jour.

Enfin un nouveau facteur X aux Girondins ?

Pourquoi ? Tout simplement parce que le jeune attaquant doit faire avec de nombreuses blessures depuis trois ans (ischio, dos ou genou). Avec le Herta Berlin, il n’a pas réussi à disputer une saison pleine (22, 25 et 13 matchs lors des trois dernières saisons). A-t-il un physique plus fragile que d’autres ? « Non, répond Brian Tevreden, il a toujours été en forme ». Il s’agirait donc d’une mauvaise série pour celui qui fût aussi le directeur sportif du Reading FC avant aujourd’hui d’avoir sa propre agence de sport. Javairô Dilrosun est en tout cas arrivé sur les bords de la Garonne sans le moindre petit bobo. Aucune inquiétude non plus après la visite médicale, il est en forme et ses premiers entraînements ont largement confirmé cela.

Javairô Dilrosun sous le maillot des Pays-Bas.
Javairô Dilrosun sous le maillot des Pays-Bas. - FERENC ISZA / AFP

Au final, le pari a tout pour être gagnant-gagnant. Entre un club qui cherche désespérément un joueur facteur X depuis le départ du Brésilien Malcom et un jeune néerlandais qui n’a plus de temps à perdre et doit enfin confirmer tout son potentiel pour retrouver le très haut niveau. « La sélection est bien sûr un objectif à court terme, dixit l’intéressé, mais d’abord je dois gratter du temps de jeu, performer à Bordeaux, dans le but ensuite de retrouver la sélection ». Et même s’il en est encore loin aujourd’hui, il a une vraie carte à jouer selon Jean-Paul Rison car « nous n’avons pas trop d’ailiers de très bon niveau, donc s’il reprend sa forme de 2018 et devient un joueur-clé chez vous, les choses peuvent aller vite ». Et son sourire n’en sera que plus grand !