ASSE-OL : « Immense pari » arrivé de la réserve de Braga, Yvan Neyou est vite devenu le patron des Verts

PORTRAIT Six mois après son arrivée surprise à Saint-Etienne, le milieu franco-camerounais de 24 ans est actuellement la plus grande satisfaction de l’ASSE, qui accueille le derby dimanche (21 heures)

Jérémy Laugier (avec J.L.)

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Yvan Neyou, ici en septembre lors d'un match nul à Nantes (2-2).
Yvan Neyou, ici en septembre lors d'un match nul à Nantes (2-2). — Sébastien SALOM-GOMIS/Sipa
  • L’ASSE croise les doigts pour qu’Yvan Neyou, son meilleur joueur depuis le début de la saison, soit apte pour le derby dimanche (21 h), malgré une blessure musculaire l’ayant fait manquer les deux derniers matchs de Ligue 1.
  • Recrue surprise du dernier mercato estival, le milieu défensif franco-camerounais de 24 ans s’était notamment illustré au match aller au Parc OL.
  • De l’INF Clairefontaine à la réserve de Braga (2e division portugaise), 20 Minutes se penche sur le parcours avec « énormément de désillusions » d’Yvan Neyou.

« Pour être honnête, je ne me rappelle pas de lui. Ce joueur ne me dit rien. » Si Yvan Neyou n’a eu besoin que de 45 minutes, en finale de la Coupe de France contre le PSG (0-1) le 24 juillet, pour taper dans l’œil des supporteurs stéphanois, il n’en était pas de même avec Roger Lemerre. Auteur de cette confidence cocasse le mois dernier dans L’Equipe, l’ancien sélectionneur des Bleus champions d’Europe en 2000, à l’époque entraîneur de Sedan, est pourtant bien celui qui a lancé la carrière senior du milieu défensif, alors âgé de 19 ans.

Quand tes deux premières apparitions (en 2016) ont lieu en National face à Châteauroux et Marseille Consolat, ça pose les bases d’un parcours de « galérien », non ? Et ce avant de devenir la pièce maîtresse du milieu de terrain de l’ASSE, comme pour le derby dimanche (21 heures), qui pourrait marquer son retour après une blessure à la cuisse. Originaire de Brunoy (Essonne), Yvan Neyou a tout de même réussi à rejoindre l’INF Clairefontaine, au sein d’une jolie génération 1997, aux côtés d’Allan Saint-Maximin, Marcus Thuram, Christopher Nkunku et Amine Harit. Le natif de Douala (Cameroun) file ensuite vers le centre de formation d’Auxerre, où il n’est pas conservé après les U19 nationaux.

« A Sedan, il avait encore son petit corps d’abeille »

« Les entraîneurs préféraient des profils plus physiques et moi, j’étais une crevette, explique l’intéressé dans une interview donnée au site de l’ASSE. Tous mes coéquipiers me rendaient une, voire deux têtes. On m’a dit qu’il fallait que je travaille pour devenir un monstre physique. Mais je n’aurais jamais pu le devenir. » Massiré Kanté, son ancien coéquipier à Sedan, où Yvan Neyou a rebondi en 2016, confirme ce constat.

« Il avait encore son petit corps d’abeille donc c’est sûr que ça n’est pas le joueur qu’on repère en premier en France, sourit le milieu de terrain, désormais à Colomiers (N2). On le surnommait même ''Babidi'' tant il ressemblait à ce personnage de Dragon Ball Z ! Mais il n’avait jamais peur d’aller au contact. Et puis surtout, il avait déjà beaucoup de ballon et il prenait ses responsabilités dans l’organisation du jeu. J’aimais bien enchaîner des redoublements de passes avec lui au milieu. Je savais qu’on le retrouverait au plus haut niveau. »

« Il détestait perdre, c’en était limite maladif »

Ça reste tout sauf une évidence lorsque ce « bon mec mettant tout le temps l’ambiance dans le vestiaire » (dixit Massiré Kanté) signe son premier contrat professionnel en janvier 2017 à Laval, et qu’il y vit en plus une relégation de Ligue 2 (cinq matchs disputés) à National quatre mois plus tard. En Mayenne, il va connaître quatre coachs en dix-huit mois. « Il manquait de temps de jeu [14 titularisations au total] et il avait un peu de mal à enchaîner les performances, se souvient le défenseur dunkerquois Alioune Ba, son ex-partenaire chez les Tango. Ce qui m’a vite marqué, c’est sa qualité technique et sa vision du jeu. Et puis il détestait perdre, c’en était limite maladif avec lui, même pour un simple jeu à l’entraînement. »

S’ensuit en 2018 une expérience à l’étranger, avec l’équipe réserve de Braga, en 2e division portugaise. Yvan Neyou y dispute 22 matchs en deux ans, sans jamais obtenir la moindre opportunité de se montrer avec l’équipe première en Liga Nos. Autant dire qu’au printemps 2020, le « Babidi » franco-camerounais est a priori très loin des radars des clubs de l’élite.

Le 16 décembre dernier à Bordeaux (1-2), Yvan Neyou a inscrit le premier but de sa carrière dans l'élite, d'une superbe reprise de volée.
Le 16 décembre dernier à Bordeaux (1-2), Yvan Neyou a inscrit le premier but de sa carrière dans l'élite, d'une superbe reprise de volée. - THIBAUD MORITZ / AFP

« Il arrive à casser des lignes, il ne se cache pas »

« Pendant le Covid-19, plusieurs clubs sont venus parler avec mon agent, en L2, en D1 suisse et en D1 portugaise, raconte celui-ci sur le site du club stéphanois. Et à un moment, il m’appelle et il me dit : "Il y a l’AS Saint-Étienne qui est sur toi". Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? Je joue à peine en équipe réserve à Braga et je vais aller à l’ASSE ? ». Et oui, car Yvan Neyou n’est pas sans savoir que son agent, Tom Calvet, se trouve être le gendre de Claude Puel.

Prêté par Braga le 9 juillet dernier, le milieu défensif va pleinement profiter de ce coup de pouce du destin pour croquer dans sa première aventure dans l’élite. Après avoir connu « énormément de désillusions » durant sa carrière, il s’impose d’emblée comme le titulaire indiscutable dans le cœur du jeu de l’ASSE. Témoin privilégié de cette arrivée surprise dans le Forez, le néo-retraité Loïc Perrin décrit l’impact immédiat qu’a eu Yvan Neyou, dès cette finale au Stade de France où la carrière de l’emblématique capitaine a symboliquement croisé, sous le maillot vert, celle de la meilleure recrue estivale du club.

Personne ne connaissait Yvan au club tant il arrivait de nulle part. C’était un immense pari et une vraie trouvaille. Pour moi, c’est le meilleur joueur de l’ASSE depuis le début de la saison. Il arrive à casser des lignes, il gagne pas mal de terrain, il ne se cache pas. Il a un profil super intéressant et il est arrivé sans complexe. Pour se dire qu’un mec de la réserve à Braga peut intégrer notre onze, il fallait avoir l’œil. »

Une option d’achat cadeau de 400.000 euros déjà levée auprès de Braga

Et en l’occurrence planifier un repas de famille chez les Puel. Contrairement aux supporteurs niçois, qui avaient pris en grippe le fils de leur ancien coach, le latéral droit Grégoire Puel [64 matchs de L1 de 2013 à 2015 avec les Aiglons], les Stéphanois ne risquent pas de se plaindre de ce piston gagnant-gagnant.

L’ASSE a peut-être même battu un record de vitesse en levant dès le 18 novembre, après dix matchs disputés par son numéro 19, une option d’achat cadeau estimée à 400.000 euros. Désormais sous contrat jusqu’en 2024, l’autre « Ney » de la Ligue 1 surnage contre toute attente dans une équipe à la peine depuis l’automne (16e en championnat).

Yvan Neyou s'était montré très actif lors du derby aller contre l'OL de Maxence Caqueret.
Yvan Neyou s'était montré très actif lors du derby aller contre l'OL de Maxence Caqueret. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

« Il n’a pas lâché malgré les galères »

« Je ne m’attendais pas à ce qu’il puisse signer à Saint-Etienne, reconnaît Alioune Ba. Et wah, je l’ai bien vue, son énorme rentrée contre le PSG en juillet. Je sens bien plus de maturité dans son jeu que lorsqu’on s’est connus à Laval. » Depuis le début de la saison, Claude Puel ne cesse de louer le caractère de son milieu clé, l’une des rares satisfactions (un but et une passe décisive en 16 matchs) de l’ASSE.

« C’est sûr qu’on a plus de fluidité avec lui, indique le manager général stéphanois. Il amène beaucoup de fraîcheur et pas simplement physique. Il a beaucoup d’humilité, de réflexions sur le jeu. Il sait par où il est passé, il n’a pas lâché malgré les galères. » Epatant par son abattage lors du derby aller au Parc OL, Yvan Neyou (24 ans) va tenter d’ensorceler le voisin lyonnais dimanche (21 heures) dans le Chaudron. Parole de « Babidi ».