Equipe de France : Comment Lilian Thuram a habilement guidé la carrière de son fils Marcus

FOOTBALL Lilian Thuram a toujours été très impliqué dans la carrière de ses deux fils, Marcus et Kephren

A.L.G avec D.P

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Lilian Thuram suit de très près les carrières de ses deux fils, Marcus et Kephren.
Lilian Thuram suit de très près les carrières de ses deux fils, Marcus et Kephren. — SPENCER JOHN/SIPA
  • Marcus Thuram pourrait bien fêter sa première sélection en équipe de France, mercredi soir, contre la Finlande en amical.
  • S’il ne doit sa sélection qu’à son talent et son mérite, Marcus Thuram n’oublie pas à quel point son père Lilian a été précieux dans ses choix de carrière.
  • En effet, lui et son frère Kephren (OGC Nice) ont pu bénéficier des précieux conseils du papa depuis qu’ils sont en âge de taper dans un ballon.

Sans aller jusqu’à parler de cafard, voir Didier Deschamps appeler pour la première fois Marcus Thuram en équipe de France, douze ans après la retraite internationale du paternel, nous file quand même un petit coup de vieux. Pas qu’à nous d’ailleurs. Présent mardi en conférence de presse avant le match de la Finlande (qui pourrait être l’occase pour l’ancien Guingampais de fêter sa première sélection), Steve Mandanda se souvient : « J’ai eu la chance de jouer mon premier match avec Thuram à Grenoble, c’était contre l’Equateur en 2008, c’est sûr que ça ne me rajeunit pas ! ».

Le voir débarquer à Clairefontaine avec un tel blase sur le maillot n’est évidemment pas anodin. « Mais il est habitué qu’on lui parle de ça, dédramatise Deschamps. Ça ne lui fait pas d’ombre pour autant, c’est sa vie, sa carrière ». Et si jamais Marcus Thuram avait encore des doutes, le sélectionneur tient à le rassurer : « S’il est là c’est uniquement grâce à son mérite ». Il n’empêche que le papa n’est jamais bien loin. Avec son frère cadet Kephren, milieu défensif formé à Monaco et aujourd’hui titulaire à Nice, Marcus Thuram a pu profiter des conseils et de l’expérience d’un des tout meilleurs défenseurs de l’histoire des Bleus. Le tout sans dépenser le moindre kopeck, habile.

« Tout était centré sur le bien-être de Marcus »

Directeur sportif de l’AC Boulogne-Billancourt, Gilles Bibé se souvient de sa première rencontre avec Lilian Thuram, quand celui-ci cherchait le club idéal pour lancer son marmot. « C’est un ami commun qui a fait le lien entre nous. Lilian est venu au club, on lui a montré les installations, on a parlé de notre projet. Il fallait que je fasse très attention à ce que je disais car on sentait déjà qu’il ne prenait pas la question du futur club de Marcus à la légère », rigole celui qui est toujours en contact régulier avec le champion du monde 98.

« C’est quelqu’un de très attentif aux choix de carrière de ses enfants », confirme Eric Hély, directeur du centre de formation de Sochaux à l’époque où l’attaquant rejoint le Doubs. « Ce qui intéressait Lilian, c’était de savoir où son fils allait être le mieux, où on allait lui faire le plus confiance, où il allait pouvoir le plus progresser. Tout était centré sur le bien-être de Marcus et sur le projet sportif, rien d’autre n’entrait en ligne de compte, ni l’argent ni le prestige de tel ou tel club. » C’est vrai qu’à l’époque, outre Sochaux, Nantes, le PSG et Monaco sont aussi sur les rangs pour former le fiston.

Marcus Thuram a remporté la Gambardella en 2015 avec le FC Sochaux.
Marcus Thuram a remporté la Gambardella en 2015 avec le FC Sochaux. - FRANCK FIFE / AFP

Mais Lilian Thuram connaît le métier. Ce n’est pas le genre de la maison de céder aux fausses promesses des clubs, aussi prestigieux soient-ils. Ce qu’il veut, c’est du concret, avec pour seule ligne directrice le temps de jeu qu’on peut garantir à son fils. « Quand il nous a quittés pour signer à Guingamp, poursuit Eric Hély, là encore il aurait pu aller dans des clubs plus huppés, mais l’important pour Lilian à ce moment-là c’était que Marcus joue. »

Le désaccord avec le coach des U14

Tous ceux qui ont croisé la route du clan Thuram nous l’assurent, l’ancien défenseur de la Juve n’est pas du genre à mettre son nez dans les affaires courantes des coachs de ses enfants. Enfin, à quelques exceptions près tout de même. Gilles Bibé : « Il était là tous les samedis pour voir jouer Marcus. Il était très attentif aux choix du coach. En 14 ans par exemple, il n’aimait pas la façon dont l’entraîneur faisait jouer l’équipe, il n’avait pas du tout la même philosophie de jeu que lui, et il a demandé à ce que Marcus soit surclassé en 15 ans. On a accepté, non pas parce que c’était Lilian Thuram qui le demandait, mais parce qu’on pensait nous aussi qu’il avait les capacités pour jouer un cran au-dessus. »

A cette époque, les débats entre Thuram et les éducateurs de l’ACBB ne manquent pas. « C’est quelqu’un qui aime beaucoup discuter du terrain, du rôle des joueurs, de leur positionnement. Il y a eu des fois où on n’était pas du tout d’accord. Je me souviens un jour, en match, le ballon était à l’opposé de Marcus et Lilian voulait qu’il reste excentré alors que nous, on lui demandait de rentrer intérieur. A l’époque il était jeune retraité du Barça et c’est vrai que la philosophie de jeu là-bas c’était d’utiliser toute la largeur du terrain. Nous, avec nos jeunes, c’était différent, on voulait essayer de garder un bloc resserré. Mais il y avait du vrai dans ce qu’il disait évidemment. »

Le père négocie le transfert du fiston de Sochaux à Guingamp

Un peu plus tard, alors que le gamin a intégré le groupe pro sochalien, l’histoire se répète. « Il n’est pas interventionniste mais quand il s’est aperçu que la progression de Marcus risquait d’être bloquée, il ne s’en est pas privé pour nous le dire, rembobine Hély. Lors de sa dernière année à Sochaux, il trouvait que Marcus n’avait pas assez de temps de jeu avec les pros. Ils ont alors décidé qu’il était temps de partir. »

Lilian prend alors directement les choses en main. Président de Guingamp au moment de la signature de Thuram pour 600.000 euros, Bertrand Desplat confirme : « On voulait absolument le faire venir à Guingamp parce qu’on considérait qu’il avait un gros potentiel. Dans le cadre des négociations, j’étais régulièrement en contact avec Lilian. Il a eu un rôle très actif pour le sortir de Sochaux. »

Marcus Thuram a évolué une saison à Guingamp sous les ordres de Jocelyn Gourvennec.
Marcus Thuram a évolué une saison à Guingamp sous les ordres de Jocelyn Gourvennec. - FREDERICK FLORIN / AFP

Quand Thuram conseille Gladbach à son fils plutôt que l’OM

A Guingamp, l’international aux 142 sélections continue de suivre le fiston de très près, par l’intermédiaire de Jocelyn Gourvennec avec qui il a joué en équipe de France Espoirs. « On avait de bonnes relations avec Lilian, je l’avais parfois au téléphone, en semaine ou après les matchs, confirme l’actuel consultant de Canal +. J’aimais bien le tenir au courant de ce que faisait Marcus pendant les semaines d’entraînement, ça lui donnait des repères autres que les matchs. C’est quelqu’un que j’ai vu beaucoup derrière Marcus mais sans qu’il soit non plus omnipotent. Il est juste de bons conseils car il connaît bien le foot. »

C’est d’ailleurs à ce moment-là que la patte du père sur le fils se fait la plus visible. Desplat : « Quand il a voulu quitter le club, l’OM lui offrait des conditions légèrement meilleures que celles proposées par Mönchengladbach, mais Lilian a pensé – et on l’a rejoint derrière car il avait extrêmement bien argumenté la chose – que le projet allemand était plus intéressant pour son fils, que Mönchengladbach et la Bundesliga étaient une formidable passerelle vers le très haut niveau. La suite lui a donné raison. »