Claude Puel, ici très agacé par un nul (2-2) concédé par les Verts en décembre face à Nîmes.
Claude Puel, ici très agacé par un nul (2-2) concédé par les Verts en décembre face à Nîmes. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

FOOTBALL

ASSE-OL : Pourquoi Claude Puel a-t-il été si détesté à Lyon, puis épargné par les supporters à Saint-Etienne ?

Jérémy Laugier

Après trois saisons chaotiques (de 2008 à 2011) à l’OL, le manager général traverse également une situation difficile à la tête du voisin stéphanois (16e en Ligue 1), avant le derby dimanche (21 heures)

  • Absent la semaine dernière à Strasbourg (1-0) après avoir été touché par le Covid-19, Claude Puel va effectuer son retour sur le banc stéphanois dimanche (21 heures) pour le derby.
  • Vainqueur dans les arrêts de jeu la saison passée dans le Chaudron (1-0), le manager général des Verts est bien placé pour connaître la symbolique de cette rencontre, après avoir entraîné l’OL de 2008 à 2011.
  • En difficulté sportivement dans les deux clubs, Claude Puel ne subit (pour le moment) pas du tout la fronde des supporters à Saint-Etienne, par rapport à ce qu’il a pu vivre à Gerland.

S’il y a un Stéphanois pressé de mettre un terme à son isolement dû au Covid-19, dimanche pour le derby, c’est  Claude Puel. Le manager général des Verts a reconnu mardi avoir mal vécu son « match par procuration » à Strasbourg (1-0). « Comme il y avait un décalage de 45 secondes entre ce que je voyais et la réalité, j’entendais parfois des cris sans comprendre pourquoi », a-t-il expliqué lors d’une visioconférence avec la presse. Positif au coronavirus, comme l’intégralité de son staff et dix joueurs (sept seront indisponibles face à l'OL), il a bon espoir de retrouver le banc de touche dimanche (21 heures).

Ce choc de la 21e journée de Ligue 1 pourrait être l’occasion d’un nouveau pied de nez à son ancien club (de 2008 à 2011), comme pour son premier match en tant que coach stéphanois la saison passée, avec cet inattendu succès (1-0) dans le derby grâce au coup de tête de Robert Beric dans les arrêts de jeu. Dix ans plus tôt, Jean-Michel Aulas mettait fin à trois saisons chaotiques avec Claude Puel. Premier entraîneur non champion à la tête de l’OL depuis le début du règne du club sur la L1 en 2002, celui-ci a tout connu, d’une demi-finale de Ligue des champions en avril 2010 à un 100e derby perdu à Gerland (0-1) cinq mois plus tard, une première depuis 16 ans.

« Puel a donné l’impression de vouloir tout révolutionner »

Le remix de Mon Amant de Saint-Jean a alors fait rage durant de longs mois dans le virage nord lyonnais : « Comment ne pas perdre la tête avec sept titres d’affilée ? Ça fait deux ans qu’on n’a rien gagné, Puel va te faire en… ». Quelques jours après ce fameux derby remporté par les Verts, 50 banderoles « Puel démission » ont même été placées sur tous les ponts de Lyon par les Bad Gones. « En plus de sa gestion sportive qui a été un échec par rapport aux moyens consacrés [arrivées de Lloris, Lisandro, Bastos, Gomis, Gourcuff…], il a également été très mauvais sur les rapports humains, que ce soit avec certains joueurs, le personnel du club et surtout les supporters, regrette un habitué du virage nord lyonnais. Il a par exemple "bunkerisé" à outrance le centre d’entraînement de Tola Vologe. »

Supporter du virage sud de longue date, Richard poursuit : « Puel a immédiatement donné l’impression de vouloir tirer un trait sur le passé et de tout révolutionner. Il a aussi lancé la mode à Lyon des discours de victimisation ». Jean-Pierre du virage nord garde également en tête son « ton monotone » et « l’absence de mea culpa après le 100e derby perdu ». Car c’est bien ce coup franc victorieux de Dimitri Payet qui a accéléré la fronde anti-Puel conduite par les Bad Gones. Des tags insultants et menaçants ont même été inscrits à proximité du domicile de l’entraîneur lyonnais, juste avant la fin de saison 2010-2011.

En octobre 2010, 50 banderoles réclamant la démission de Claude Puel ont été accrochées sur de nombreux ponts de l'agglomération lyonnaise.
En octobre 2010, 50 banderoles réclamant la démission de Claude Puel ont été accrochées sur de nombreux ponts de l'agglomération lyonnaise. - P.FAYOLLE/SIPA

Fofana, Ruffier, Thuilot, autant de dossiers sensibles pour Puel

Insubmersible, Claude Puel a encaissé les coups sans fléchir, hormis en réclamant 7 millions d’euros à l’OL aux prud’hommes (il a été débouté) après son licenciement pour « faute grave » en juin 2011. Accusé en 2012 par Jean-Michel Aulas d’avoir « trahi l’OL » et d’avoir plongé le club dans « une sinistrose », Claude Puel n’a pas découvert en octobre 2020 un environnement beaucoup plus apaisé chez le voisin stéphanois. Après un maintien poussif obtenu à la 17e place l’an dernier à la suite de l’arrêt prématuré de la Ligue 1, il a dû faire face aux difficultés économiques du club, au départ en fin de mercato de Wesley Fofana qu’il souhaitait à tout prix conserver, et à l’épuisant conflit avec Stéphane Ruffier.

Jean-Michel Aulas a très longtemps soutenu Claude Puel, avant de le licencier pour faute grave en juin 2011. Celui-ci a bénéficié de plusieurs recrues majeures, comme ici Lisandro en 2009.
Jean-Michel Aulas a très longtemps soutenu Claude Puel, avant de le licencier pour faute grave en juin 2011. Celui-ci a bénéficié de plusieurs recrues majeures, comme ici Lisandro en 2009. - PHILIPPE MERLE / AFP

Mais même une folle série de sept défaites consécutives durant l’automne puis le récent départ du directeur général Xavier Thuilot, venu avec lui à Saint-Etienne, ne l’empêchent pas de garder le cap. Sous contrat jusqu’en juin 2022, il assure ne pas s’inquiéter de son sort, malgré la 16e place actuelle. « Ce n’est pas moi qui suis fragilisé mais l’ASSE, par rapport à un modèle économique précédent qui n’était plus viable puis par la pandémie », a-t-il rappelé mardi.

Les Verts ont chambré les Lyonnais avec une banderole « Puel démission »

Depuis une semaine, un collectif regroupant les Green Angels 92 et des Indépendantistes Stéphanois 98 fait passer un message clair via un communiqué et des banderoles. Il veut « se débarrasser de Bernard Caïazzo et Roland Romeyer ». Les deux présidents cristallisent ainsi la colère de supporters stéphanois ne pouvant se faire entendre dans le Chaudron. « Claude Puel est selon moi l’homme de la situation en cette période difficile pour l’ASSE, note Eric (55 ans), fidèle supporter des Verts. Son projet est difficile à mener à bien mais j’y crois à fond et j’espère que la direction ne va pas faire l’erreur de le débarquer, alors qu’il n’en est qu’au début de sa mission. Il est bien plus la solution que le problème. »

Claude Puel transmet ses consignes à Ryad Boudebouz, ici lors du dernier derby dans le Chaudron, en octobre 2019. PHILIPPE DESMAZES
Claude Puel transmet ses consignes à Ryad Boudebouz, ici lors du dernier derby dans le Chaudron, en octobre 2019. PHILIPPE DESMAZES - AFP

Une patience envers Claude Puel et son projet de rajeunissement de l’effectif, avec un jeu ambitieux à la clé, qui tranche avec la situation quasiment sans cesse tendue avec les supporters à Lyon. « Les "Stephs" considèrent peut-être qu’ils ne peuvent pas viser plus haut comme coach. En tout cas, s’il arrive à les faire descendre, il va reprendre du crédit à nos yeux », savoure Richard. Quant à Jean-Pierre, il n’a pas oublié que les supporters stéphanois avaient déployé à Gerland une banderole « Puel démission » lors de ce 100e derby de 2010 pour chambrer le voisin lyonnais. « C’est du bonheur de voir les Verts en galère totale avec Puel comme coach, sourit-il. Qui aurait pu imaginer qu’il viendrait les entraîner dix ans plus tard ? Ils vont pouvoir vite réutiliser cette banderole… »