ASSE-PSG : « Matrixé pour vivre du foot », Lucas Gourna-Douath (17 ans) lancé sur les traces de Paul Pogba

PORTRAIT Le prometteur milieu de terrain stéphanois a livré un match plein, mercredi face au PSG (1-1). « 20 Minutes » retrace avec ses éducateurs en Seine-et-Marne son éclosion rapide au haut niveau

Jérémy Laugier

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Lucas Gourna-Douath a su limiter l'influence de Kylian Mbappé, mercredi dans le Chaudron. Philippe DESMAZES
Lucas Gourna-Douath a su limiter l'influence de Kylian Mbappé, mercredi dans le Chaudron. Philippe DESMAZES — AFP
  • Si l’ASSE a livré un match très convaincant, mercredi contre le PSG (1-1), elle le doit en partie à l’abattage de Lucas Gourna-Douath, titularisé en raison des suspensions d’Yvan Neyou et Mahdi Camara.
  • A seulement 17 ans, le milieu de terrain a été omniprésent pour sa première rencontre disputée en intégralité avec les pros.
  • 20 Minutes se penche sur l’impressionnante trajectoire d’un joueur s’inspirant depuis de longues années de Paul Pogba, passé lui aussi par l’US Torcy.

Au stade Geoffroy-Guichard,

« Pourquoi dites-vous le petit Lucas ? » Tout sourire, Claude Puel a tenu à reprendre un journaliste, mercredi après ASSE-PSG (1-1), comme pour souligner que son prometteur milieu de terrain Lucas Gourna-Douath avait bel et bien livré un match de patron face à l’ogre parisien. Sa prestation complète, tant pour ratisser des ballons que pour se projeter à toute vitesse derrière, laisse songeur lorsqu’on sait que le garçon est né en août 2003, comme le Lyonnais Rayan Cherki.

« Il progresse, à l’image de tous ses partenaires, poursuit le toujours nuancé entraîneur stéphanois. Ça fait partie de nos gènes de faire monter des jeunes joueurs en leur permettant d’emmagasiner de l’expérience. Ça sera le futur de l’ASSE. » Le gardien des Verts Jessy Moulin s’est davantage emballé pour le benjamin (17 ans) d’un vestiaire aux allures de classe biberon.

On a tous adoré son match qui était de haut niveau. C’est surprenant de voir un gamin qui apprend aussi vite et qui parle déjà autant à ses coéquipiers, tout en étant très humble. Je lui ai dit après le match : ''J’ai l’impression que ça fait cinq ans que tu joues en Ligue 1''. Il trouve des fautes, il a du vice. »

« Il m’a régalé en enrhumant même Verratti »

Mais surtout du ballon plein les pieds, ce qui n’est pas de trop pour une équipe stéphanoise (14e) s’éloignant peu à peu de sa spirale négative de l’automne (une effroyable série de sept défaites de rang). Ne pouvant pas se rendre dans le Chaudron pour découvrir les débuts professionnels de leur ancien protégé (14 apparitions en L1 depuis quatre mois), en raison des huis clos, ses anciens éducateurs en Ile-de-France ont vibré devant leur télévision mercredi.

« Autant certaines de ses premières entrées en jeu étaient timides, autant là, il a montré tout ce qu’il savait faire, savoure Tarik Draoui, son entraîneur en U13 élite région à l’US Sénart-Moissy (Seine-et-Marne). J’ai beau être supporter du PSG, il m’a régalé en enrhumant même Verratti ! » Le plus souvent surclassé dans les catégories jeunes, ce polyvalent joueur originaire de Lieusaint, régulièrement défenseur central avant de rejoindre l’ASSE, a toujours présenté une détermination sans faille.

« Il était ''matrixé'' pour vivre du foot »

« Il avait à peine 11 ans et il était déjà persuadé de devenir footballeur professionnel, confie Tarik Draoui. C’était fou, il maîtrisait tous les rouages du monde du foot. Il savait repérer les recruteurs présents aux matchs et il s’imposait une hygiène de vie de pro. Il était "matrixé" pour vivre du foot. » Yann Lecoq, son entraîneur en U15 R1 à Torcy en 2017-2018, poursuit : « Il était tellement sûr de lui qu’il pouvait parfois paraître arrogant. Mais c’est un jeune à l’écoute, généreux, mature, et très bien entouré avec sa maman. Pour toutes ces raisons, je ne suis même pas bluffé par son match face à Paris. »

Plus encore que pour le néo-Munichois (et ex-PSG) Tanguy Kouassi, également passé par Sénart-Moissy, Tarik Draoui se souvient d’un « capitaine modèle », lors de son passage de 2012 à 2017 dans son club. « Lucas a un vrai leadership, précise l’entraîneur. C’est même plus que ça, il a une emprise naturelle sur un groupe. » On retrouve donc sans surprise régulièrement l’imposant gaillard d’1,85m dans la peau du capitaine en équipe de France, des U16 aux U18. Comme un glorieux aîné également originaire de Seine-et-Marne, un certain Paul Pogba.

Même s'il a 16 ans de moins que lui, Lucas Gourna-Douath ne se laisse nullement impressionner par Nicolas Pallois, ici en septembre dernier, lors de Nantes-ASSE.
Même s'il a 16 ans de moins que lui, Lucas Gourna-Douath ne se laisse nullement impressionner par Nicolas Pallois, ici en septembre dernier, lors de Nantes-ASSE. - Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

« Lucas a toujours cherché à copier les mimiques de Paul Pogba »

« Il a le même poste, il se projette de la même façon, et comme Paul Pogba a aussi joué quelques années avant lui sous le même maillot de l’US Torcy, les gens faisaient très souvent la comparaison entre eux », raconte Yann Lecoq. Un parallèle également fait il y a peu par le sélectionneur des U18 bleuets Landry Chauvin. « Lucas a toujours cherché à copier les mimiques de Paul Pogba », sourit même Tarik Draoui. Convoité par plusieurs structures professionnelles à 13 ans, il opte pour l’ASSE, avec qui il signe un accord de non-sollicitation (ANS). Il passe deux saisons au pôle espoirs de Reims avant de rejoindre le centre d’entraînement de L’Etrat en 2018.

Dès l’âge de 16 ans, en profitant du virage jeune impulsé par le nouveau manager du club Claude Puel, Lucas Gourna-Douath signe le 5 juin 2020 son premier contrat professionnel (jusqu’en 2023). Il en profite pour annoncer la couleur : « Je suis un enfant issu de la formation stéphanoise et j’aspire à devenir un homme sur qui le club peut et pourra compter. » The future is now.