ASSE-PSG : Pochettino va-t-il (enfin) réussir à faire courir Paris et ses stars ?

FOOTBALL Le nouvel entraîneur parisien bâtit son style de jeu sur une condition physique irréprochable, précisément le point faible des Parisiens depuis de nombreuses saisons

Julien Laloye

— 

Mauricio Pochettino à son arrivée au Camp des Loges, le 1er janvier 2021.
Mauricio Pochettino à son arrivée au Camp des Loges, le 1er janvier 2021. — Bertrand GUAY / AFP
  • Mauricio Pochettino base son style de jeu flamboyant sur une parfaite condition physique.
  • Le nouvel entraîneur parisien prend les rênes de l'équipe qui court le moins en Europe.
  • Le début d'année 2021 et son calendrier démoniaque laisse peu de marge à l'Argentin et à son staff pour tirer l'équipe vers le haut sur ce plan. 

Une conf de présentation chiante comme un troisième confinement, en dehors d’un petit moment de grâce quand il a découvert le sourire jaune qu’on savait déjà tout de ses mises en place tactiques avant son premier match à Saint-Etienne, ce soir à 21 heures dans le Chaudron. Mauricio Pochettino a fait son timide, histoire de ne pas trop effrayer son monde, y compris sur l’état des troupes. Avec un truc du genre : « Il est important que tous les absents soient de retour le plus vite possible pour augmenter la concurrence dans le groupe ».

Les amateurs de Premier League le savent pourtant mieux que les autres : pour déployer le jeu qu’il aime, Pochettino réclame une énorme débauche physique à ses hommes.

« Plus on travaille dur la semaine, plus le match du week-end est facile »

Par curiosité, on s’est enfilés la bio écrite avec Guillem Balagué, pour ne pas se contenter de brasser du vent. Le nouveau manager parisien y fait plusieurs fois référence aux séances de tortures que lui infligeait Marcelo Bielsa au début de sa carrière, des souvenirs qui ont construit en partie sa vision de coach : « Le jeu qu’on pratique à Tottenham a beaucoup de parallèles avec le Newell’s de Bielsa. Intense, à la vitesse maximum en permanence, avec une pression très haute sur le terrain, beaucoup de mouvements presque mécanisés, pour dominer physiquement et faire suffoquer l’adversaire quand il a le ballon ».

Des principes qui demandent un volume de courses considérable. A l’Espanyol, déjà, Pochettino réussit à sauver le club d’une relégation quasi assurée après une préparation commando d’une dizaine de jours à la fin de l’hiver. Son leitmotiv, qu’il exporte en Angleterre : « Plus on travaille dur, pendant la semaine, plus le match du week-end paraîtra facile ». Dans son livre, l’ancien capitaine du PSG décrit par le menu son exercice préféré, témoin de « son exigence physique ».

Test de Gacon, séances à haute intensité et stage commando

Le test de Gacon, du nom d’un préparateur physique français qui s’est fait connaître dans l’athlétisme avant d’adapter ses préceptes à la D1 dans les années 90 : 45 secondes d’effort, puis 15 secondes de récupération, avec une distance un peu plus grande à parcourir à chaque fois.

A Southampton, il inaugure la séance à haute intensité du milieu de semaine, qui ressemble beaucoup aux entraînements terminator mis en place par Fabien Galthié avec le XV de France. Un match d’une heure à onze contre onze, sans touches ni sortie de but, avec remise en jeu d’un ballon dès que le précédent sort du terrain. Confidence de Pochettino : « Certains joueurs de l’époque me disent qu’ils m’entendent encore dire "press, press, press" dans leurs rêves. L’un a même plaisanté un jour avec mon adjoint en disant qu’il avait besoin de deux cœurs pour jouer avec moi ».

Le dernier clou du cercueil ? L’ex-entraîneur des Spurs aime connaître le nombre de kilomètres parcourus par son équipe dès la fin du match. A plusieurs reprises, il fait remarquer dans sa biographie que son équipe a couru parfois sept à huit kilomètres de plus que le rival lors des grandes victoires.

Paris, l’équipe qui n’aime pas courir

Un détail croquignolesque, si l’on veut bien considérer que le garçon débarque dans un club où les joueurs se cachent pour courir : l’an passé en Ligue des champions, le PSG a réussi l’exploit d’être la dernière équipe du plateau en distance par matc : 104,3 kilomètres au global, juste derrière Galatasaray et ses petits vieux en déambulateur. C’est encore pire que la saison précédente, terminée à la 30e place sur 32, et l’actuelle ne s’annonce pas beaucoup plus réjouissante : 102,5 km de moyenne, avec deux performances plus honteuses que les autres.

A peine 98 bornes contre MU à la maison, avec quelques joueurs particulièrement économes de leurs courses (sept bornes Kylian, est-ce que c’est sérieux ?), et 102 kilomètres parcourus lors de la défaite à Leipzig, soit dix bornes de moins que les Allemands. DIX BORNES.

C’est évidemment la même limonade en championnat, même si les chiffres sont aussi bien dissimulés que l’argent de Mediapro. On a tout de même mis la main sur ceux de la saison 2018-2019, la dernière disputée en intégralité. Paris y trottine à une vitesse de croisière établie à 103,7 km/match, la pire moyenne avec Lille, son dauphin.

 
PSG condition physique
Infogram

Apportons ici une réponse ferme aux critiques les plus éclairées, qui estimeront à juste raison qu’une équipe qui a le ballon court beaucoup moins que celles qui essaient de l’attraper. Si c’est un constat sans doute valable en L1, où ce sont des petits qui trustent le haut du classement (Angers, Nîmes et Dijon en 2018-2019), il devient caduc en Ligue des champions, où le PSG émerge à 53 % de possession à peine, loin des cadors. Le Bayern, son bourreau en finale, possédait le ballon 64 % du temps, ce qui ne l’empêchait pas de mettre plus de six bornes dans la vue des Parisiens.

 
Copy : PSG condition physique
Infogram

Bref, deux questions au moins nous brûlent les lèvres en zyeutant ce cadeau apocalyptique :


1 – Pochettino peut-il mettre au boulot une équipe de grosses feignasses ?

2 – Si oui, comment, et combien de temps ça va lui prendre ?

On dit ça parce que ce ne sont pas les trois séances vues jusqu’ici qui vont changer des habitudes de (non) travail solidement installées. C’est Sebastian, le fils de Mauricio, qui a pris en main la préparation physique. A 25 ans, il avait rejoint le staff de son père en tant qu’analyste de la performance sportive avant de diriger le travail de préactivation (l’échauffement quoi) et de travailler sur la prévention des blessures pendant quelques mois en 2019 à Tottenham. Il sera aidé par Nicolas Mayer, un habitué de la maison, et tout le monde s’accorde à dire que Pochettino ne verse pas dans le népotisme, mais on peut se demander si le jeune homme et son père devinent l’état du chantier.

Parce que cette histoire poursuit le PSG depuis des siècles. Emery déjà avait été choisi pour faire turbiner une équipe accusée de ronfloter pendant que Laurent Blanc améliorait son swing au Golf National. La même pour Tuchel, dont on écrivait à son arrivée que les séances transportaient tellement les joueurs que ces derniers fusaient plus vite que l’éclair. Comme quoi on savait rigoler à l’époque.

« Ça ne va vraiment pas être évident pour le nouveau staff, reconnaît le préparateur physique Xavier Frezza qui travaille avec une vingtaine de joueurs pros (Ben Yedder, Batshuayi, Mukiele). Il n’y a plus comme avec Zlatan de leaders charismatiques hyper rigoureux, à part Marquinhos. Pour faire adopter une plus grosse rigueur de travail au groupe, il faut faire adhérer les cadres, même si tout le monde ne peut pas encaisser les mêmes charges. Cela dit sur le court terme ça paraît impossible vu le planning indigeste qui attend le PSG en janvier-février ».

Douze matchs en cinquante jours, a déjà calculé Pochettino, lequel doit en plus faire avec une dizaine de blessés à l’arrière. « On arrive dans une situation donnée, avec la responsabilité de préparer l’ensemble du groupe le plus vite possible dans une période où la compétition est très exigeante. Le PSG doit se présenter sur le terrain dans sa meilleure forme à chaque match ». Une promesse inconsidérée pour les deux semaines qui viennent. Saint-Etienne a repris l’entraînement quatre jours plus tôt que le PSG, alors que s’est rajouté au calendrier un trophée des champions dispensable la semaine prochaine ainsi qu’un 32e de finale de Coupe de France potentiellement exigeant (face à une L1 ou L2) celle d’après. Et pour les mois qui suivent ?

« Physiquement, cette saison, c’est cuit pour un club comme le PSG, juge Xavier Frezza. Il y a peut-être moyen de faire une mini-préparation en février-mars en vue de la fin de saison, mais avec le Covid-19, on ne sait jamais si l’effectif pourra être touché et certains matchs décalés, donc c’est très difficile d’établir une planification à l’avance pour monter le niveau général de l’équipe. Dans un premier temps, ça passera plus par le discours que par la capacité physique elle-même. Pochettino a la chance d’avoir une aura, il a eu des résultats avec sa méthode à Tottenham, il peut emporter les cadres avec lui ». Faisons semblant d’y croire, ça ne coûte rien.