PSG : Ancien capitaine du club et fan de Bielsa, Pochettino est-il vraiment la bonne solution pour Paris ?

FOOTBALL L’entraîneur argentin devrait selon toute vraisemblance succéder à Thomas Tuchel dans les jours qui viennent

Julien Laloye

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Mauricio Pochettino va s'installer sur le banc du PSG.
Mauricio Pochettino va s'installer sur le banc du PSG. — Darko Vojinovic/AP/SIPA

Cochonnerie de Leonardo de nous faire ça un jour de réveillon de noël. Même l’inusable Luis Fernandez, l’homme qui ne laisse jamais un journaliste en plan les jours de grand vent, nous congédie sans état d’âme. « Tant que ce n’est pas officiel, je n’ai rien à dire ». Pourtant on comptait sur Luis comme rarement, puisque c’est à lui qu’on doit le premier séjour parisien de Mauricio Pochettino, fortement pressenti par nos confrères pour être le remplaçant de Thomas Tuchel, au début des années 2000.

Profitant de ses accointances espagnoles, l’entraîneur du PSG de Ronnie et d’Okocha parvient à attirer le défenseur international argentin pour une pige improbable. Trois ans d’une lune de miel jamais démentie avec les supporters, malgré une dernière année délicate sur le plan des résultats. « Je voudrais onze Pochettino sur le terrain », dira un jour Luis, qui en fait rapidement son capitaine.

Intronisé capitaine du PSG un an après son arrivée

« Tu es capitaine parce que tu dégages quelque chose, précise alors l’entraîneur. Ce n’est même pas la peine d’essayer de savoir ni pourquoi ni comment tu dégages quelque chose. Point à la ligne. » Rabesandratana, qui a partagé quelques mois avec lui en charnière centrale, ne dit pas autre chose : « Typiquement le mec qui donne tout pour le maillot, il a cet état d’esprit. Tu sens déjà que c’était un leader dans le sens où il montre l’exemple et il était hyper investi dans son rôle. C’est pour ça que je n’ai pas été surpris qu’il enchaîne une carrière d’entraîneur et qu’il soit bon dans ce qu’il fait ». Assez proche des hispanophones de l’époque (Pochettino, Arteta, l’anonyme Enrique de Lucas), Madar ne dit pas autre chose au sujet de la Pochette : « Je me souviens d’un mec très mûr, très dur sur le terrain aussi, style argentin, quoi ! Teigneux, rugueux, accrocheur et leader. Il avait toutes les qualités pour devenir coach en fin de compte. »

Ce premier mariage a donné une envie de reviens-y à Pochettino, qui s’est découvert un amour pour la viticulture dans ses années parisiennes, au point de faire un petit détour par Bordeaux en partant. En 2016, l’appel du pied le plus franc qu’on puisse faire au micro de RMC, alors que le type est bien installé sur le banc des Spurs : « J’ai toujours dit que cela me ferait plaisir de rejoindre un jour un grand club comme le PSG dont j’ai été le capitaine. C’est vrai qu’un jour, cela me plairait d’être l’entraîneur du PSG, cela fait partie de mes rêves. » Pour faire bonne mesure, il ajoute qu’il s’infuse tous les matchs du PSG et qu’il continue de tailler le bout de gras avec Jean-Louis Gasset, adjoint de Fernandez lors de son aventure dans la capitale. A l’époque, Pochettino apprend au coach bordelais l’existence d’un certain Marcelo Bielsa, son mentor à Newells. « Mauricio adorait discuter de football et Bielsa était vraiment son mentor. Il était fou de lui et me posait plein de questions sur nos entraînements », se rappellera Gasset au parisien.

Admirateur de Bielsa, mais admirateur rationnel

Attention ici à l’alerte démagogie. Si Pochettino admire l’entraîneur pour ce titre de champion piqué dans la caisse du grand Boca au début des années 90, il n’en fait pas sa religion depuis qu’il est rentré dans les mêmes ordres : « Marcelo a été une inspiration au moment de prendre la décision de devenir entraîneur, souffle-t-il dans sa biographie parue il y a deux ans, mais je ne suis pas d’accord avec tout. Comme entraîneurs, nos options tactiques divergent. Le Marcelo que j’ai connu, dont j’ai profité autant que souffert, basait tout son jeu sur la possession et comment priver l’adversaire du ballon. Je ne suis pas avec lui tous les jours sur ce plan même si je préfère avoir le ballon. L’adversaire ne m’obsède pas au même point que lui ».

A Southampton comme à Tottenham, Pochettino a en effet prouvé qu’il pouvait s’adapter, même si tout a commencé de la même façon : la progression sidérante de jeunes joueurs transformés en machines de guerre, comme Harry Kane. Confidence à un site de paris en ligne de Morgan Schneiderlin, devenu international français grâce à l’Argentin à Southampton :

« C’est quelqu’un qui arrive à transcender ses joueurs. Il a une gestion humaine qui fait toute la différence, avec les petits gestes qui comptent. Le meilleur exemple, c’est avec Luke Shaw, qui était un peu laxiste sur la nourriture. Tous les matins, Pochettino allait le chercher, il lui préparait son petit smoothie, il lui parlait parfois une demi-heure de sa vie, de ses états d’âme. Luke a fait la meilleure saison de sa vie ».

Pas tout à fait le portrait qu’on a pu brosser de Tuchel à son arrivée, même si au final, l’Allemand a semblé mieux gérer sa relation avec le vestiaire qu’avec ses dirigeants. « L’avantage c’est qu’il a connu un gros vestiaire, ce que Tuchel n’avait pas connu à ce degré-là je pense à Dortmund, juge Rabesandratana, consultant pour France Bleu. Donc il a cette expérience de gérer des stars et des gros effectifs. Si ça se fait, c’est une bonne idée pour le PSG. Pochettino a l’habitude de gérer la pression. En Premier League, les mecs sont sur ton dos en permanence et tu as une réelle obligation de résultats ».

Un coach enthousiasmant mais qui n’a jamais rien gagné

Les résultats en question ne cassent pourtant pas trois pattes à un canard boiteux. Aucun trophée et une place de finaliste de la Ligue des champions avec les Spurs, une carte de visite qui n’a pas suffi à Tuchel pour passer l’hiver. Dans l’immédiat, on demandera surtout à l’Argentin de réenchanter un peu les supporters en proposant une structure tactique plus cohérente, si tant est que les joueurs se refassent la cerise physiquement et mentalement pendant la semaine de congé qui vient. S’il débarque Porte d’Auteuil, « Pochettino aura un autre avantage, nous dit Madar. Il va arriver en terrain conquis. Les supporters ne l’ont jamais oublié et ils doivent être super contents de voir un ancien du club revenir dans la peau du coach. » C’est toujours bon à prendre.

Pour en revenir à sa philosophie de jeu, sur le papier, c’est toujours bien emballé : pressing haut et coordonné, ligne défensive agressive, courses à haute intensité pour tout le monde, construction depuis l’arrière, et tout le tintouin. La même lessive que nous vendaient Emery et Tuchel, avant d’être chassés comme des malpropres. Pochettino est un choix de Leonardo, il aura le temps de faire ses preuves au-delà de la saison en cours, mais les mêmes doutes demeurent : peut-il réussir là où tous ses prédécesseurs, estampillés genius brains de ce jeu, sont repartis avec la réputation de techniciens juste bons à mettre des fraises sur un fond de tarte ? On n’y mettrait pas une cheville de Neymar au feu.