PSG : De finaliste de Ligue des champions à viré quatre mois après, que s’est-il passé pour Tuchel ?

FOOTBALL L’entraîneur parisien a été démis de ses fonctions le 24 décembre

B.V.

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Thomas Tuchel lors de Leipzig-PSG, le 4 novembre 2020.
Thomas Tuchel lors de Leipzig-PSG, le 4 novembre 2020. — Michael Sohn/AP/SIPA
  • Thomas Tuchel, l’entraîneur du PSG, a été démis de ses fonctions après la victoire contre Strasbourg mercredi soir (4-0).
  • Si le timing est surprenant, il n’y avait plus beaucoup de doutes sur l’issue de l’histoire.
  • 20 Minutes tente de vous raconter comment, depuis le bel épisode de la Ligue des champions cet été, Thomas Tuchel a petit à petit perdu la confiance de Leonardo.

Quatre mois et un jour. Ce 23 août dernier, il faisait beau et chaud, on ne parlait pas encore de deuxième vague et le PSG passait à une frappe un peu moins molle de Mbappé ou une tête un peu moins bien croisée de Coman d’être champion d’Europe. Presque peu importe (on dit bien presque), le PSG repart du Final 8 de Lisbonne avec la tête haute et l’impression qu’il existe enfin dans l’Europe du foot, après dix ans à échouer lamentablement à chaque fois en huitièmes ou en quarts.

Et au milieu de tout ça, l’entraîneur Thomas Tuchel tient sa référence. Celle qui est censée lui offrir crédibilité, carrure et confiance. Si son équipe n’a pas été brillantissime à Lisbonne, elle a donné l’impression qu’il s’était passé un truc dans la cohésion de groupe, sur et en dehors du terrain. Ce n’était visiblement qu’un one shot. Ce 24 décembre, après un début de saison franchement moyen, Thomas Tuchel est viré par le PSG. Et à part sur le timing, personne ne peut s’avouer vraiment surpris…

Avant le Final 8, Tuchel déjà instable

Commencer l’histoire de la fin de Tuchel au PSG à partir de Lisbonne serait injuste pour tout le monde. Arrivé à l’été 2018, le coach Parisien était déjà en difficulté avant l’arrivée de la pandémie. Ou plus précisément exactement au moment de l’arrivée du Covid : battu à Dortmund en huitièmes de finale aller de Ligue des champions, Tuchel a sans doute sauvé une première fois son poste au retour, dans un stade vide, lorsque ses joueurs ont arraché la qualification pour les quarts de finale qui allaient devenir Final 8.

Avant cela, Tuchel avait été ciblé après la piteuse élimination un an plus tôt contre Manchester United, après la défaite contre Rennes en finale de la Coupe de France et grosso modo après chaque match (victoire ou défaite) où le PSG semble attendre que Neymar ou Mbappé fasse un exploit plutôt que de jouer ensemble. Disons-le clairement : à part quelques semaines intéressantes au début, jamais le PSG de Tuchel n’aura donné plus de satisfaction, niveau jeu, que celui d’Emery.

Revenu aux affaires à l’été 2019, Leonardo avait ciblé indirectement Tuchel en tentant de remettre de l’ordre dans une institution où il estimait que les joueurs faisaient ce qu’ils voulaient. Mais si beaucoup de médias lui prêtaient l’idée de vouloir installer très vite un coach qu’il aurait choisi à la place de Tuchel, Leonardo ne s’est jamais vraiment attaqué à l’Allemand, évoquant même le « grand coach » qu’il est devenu.

Le mercato de la discorde

Passé la parenthèse enchantée du Final 8 – où Leonardo n’a sans doute pas oublié que le PSG est passé à trois minutes d’une élimination en quart de finale face à Bergame –, le retour à la réalité est très dur pour Tuchel. Privé d’un bon milliard de joueurs blessés ou en vacances, le PSG perd ses deux premiers matchs de Ligue 1 et se crispe à nouveau. Tuchel, sans doute vexé de ne pas recevoir de proposition pour prolonger son contrat, qui se termine en juin 2021, hausse le ton en conférence de presse en critiquant le mercato de Leonardo. Le directeur sportif parisien vrille:

On n’a pas aimé la déclaration. Le club n’a pas aimé. Moi personnellement je n’ai pas aimé. Je pense qu’il faut comprendre le moment qu’on vit tous, il y a des situations très graves. On va voir en interne comment on fait. Mais si quelqu’un n’est pas content, c’est facile on parle. Mais s’il décide de rester, il faut respecter la politique sportive, soit les règles internes. »

C’est la première fracture publique entre Leo et TT. Plusieurs médias avaient bien assuré que le Brésilien avait dégommé l’Allemand après une soirée d’anniversaire mal venue, organisée par les joueurs quelques jours seulement après la défaite à Dortmund, en février 2020. Mais là, c’est pire. Tuchel et Leonardo ne sont plus d’accord sur rien. Les prolongations de contrat (le coach aurait préféré garder Thiago Silva), les recrues à cibler, les postes des joueurs.

Et Tuchel commence à sentir la pression. Ce qu’il vit mal, conscient désormais qu’il ne sera pas prolongé à Paris.

On m’a demandé si je sentais la pression sur moi, et pourquoi c’était comme ça, j’ai dit que oui, je pouvais la ressentir, raconte-t-il. Il y a beaucoup de critiques de la presse, des experts, de l’environnement en général. Après les quatre titres et la finale [de la Ligue des champions] la saison dernière, je pensais que ce serait plus calme. Mais non. »

Fataliste, il prend de plus en plus de libertés dans ses interviews, expliquant entre autres qu’il ne faut désormais « plus rêver » à un nouveau contrat.

Un automne à se saborder

Au cours de l’automne, plus personne ne comprend ce que Tuchel tente de faire sur le terrain. L’épisode Danilo Pereira en défense centrale, sa défense à 5… son projet de jeu est devenu illisible. Le PSG n’a jamais été aussi dépendant de sa tactique « Débrouillez-vous Neymar et Mbappé ». Fin octobre, après une vilaine défaite face à Manchester, certains suiveurs pensent même que Tuchel fait tout pour se faire virer. « Pour moi, c’est sûr et certain, il n’a aucune autre raison de faire ça, nous explique alors le consultant France Bleu Eric Rabesandratana. Quel est l’intérêt de mettre Danilo derrière et Marqui en 6 ? Non, il a fait ça pour emmerder le monde, provoquer la direction, par vexation et fierté mal placée ».

Une semaine après, Paris est au bord de l’élimination après une nouvelle défaite à Leipzig. Après cette rencontre en Allemagne, 20 Minutes titre d’ailleurs «  Thomas Tuchel peut-il encore tenir longtemps sur le banc parisien? » Lui ne semble plus y croire, Danilo n’hésite pas à expliquer aux médias de son pays qu’il n’est pas un défenseur et plusieurs joueurs assurent au Parisien, en off, ne rien comprendre aux choix du coach. On se dit alors que l’occasion est rêvée pour Leonardo s’il veut sabrer, d’autant que le PSG n’est pas brillantissime en championnat.

Pourtant, rien ne se passe. Leonardo veut attendre la trêve hivernale pour réévaluer la situation, et plusieurs médias assurent que, de toute façon, un licenciement de Tuchel et de son staff coûterait trop cher à l’heure actuelle au PSG. Sans oublier, aussi, que le vestiaire n’a jamais lâché le coach allemand. Bref, en sursis, Tuchel redresse malgré tout la barre : pas vraiment aidé par une série de blessures incroyables, il sauve quand même le PSG en Ligue des champions et le qualifie pour les huitièmes de finale, un peu par miracle.

Mais sur le terrain, c’est toujours aussi poussif : Paris perd face à Lyon sans exister ou presque et souffre chaque week-end en Ligue 1, où il pointe aujourd’hui à la troisième place. Ce n’est pas dramatique, loin de là, mais c’est suffisant pour finir de convaincre Nasser Al-Khelaïfi et Leonardo.

Au lendemain d’une nouvelle interview quasi-suicidaire au média allemand Sport 1 dans laquelle il reproche au PSG son « manque de reconnaissance », Thomas Tuchel est donc licencié. L’Equipe assure que si l’état-major parisien n’a pas du tout apprécié cette interview, la décision avait été prise avant. Et vu la rapidité à trouver le remplaçant de Tuchel, Mauricio Pochettino, on a tendance à le croire.