Leipzig-PSG : Thomas Tuchel peut-il tenir encore longtemps sur le banc parisien ?

FOOTBALL Le coach allemand semble de plus en plus fragilisé, et pas seulement à cause des résultats de son équipe

Nicolas Camus

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Thomas Tuchel sur le banc lors de Leipzig-PSG en Ligue des champions, le 4 novembre 2020.
Thomas Tuchel sur le banc lors de Leipzig-PSG en Ligue des champions, le 4 novembre 2020. — Ronny HARTMANN / AFP
  • Le PSG s’est incliné sur la pelouse de Leipzig mercredi soir (2-1) lors de la 3e journée de la Ligue des champions.
  • La position de l’entraîneur Thomas Tuchel semble de plus en plus fragile, avec des choix et des déclarations qui interpellent.
  • La question de son avenir se pose aujourd’hui, même si tout dépendra sûrement d’une qualification ou non du PSG pour les 8es de finale.

Il a beau balayer la remarque d’un « pas plus que depuis toujours », Thomas Tuchel vit actuellement des jours très difficiles à la tête du PSG. Mercredi soir, son équipe s’est inclinée à Leipzig, sa deuxième défaite, déjà, en trois matchs de Ligue des champions. Trois petits points après la phase aller, ça n’était arrivé que deux fois dans l’histoire du club parisien, bien avant l’ère qatarie (en 1997 et en 2004), et ça s’était terminé par deux éliminations.

On n’en est pas encore là cette saison, mais la position du coach allemand semble tellement fragile qu’on en est presque à se demander si c’est bien lui qui sera sur le banc pour tenter d’inverser la tendance lors de la prochaine journée, au Parc, contre les Allemands.

Une prolongation ? « Il faut arrêter de rêver »

En fait, le bilan comptable importe moins que ce qu’il passe en ce moment à l’intérieur du club. Tuchel ne fait même plus semblant de défier l’autorité de Leonardo. Mardi soir, après la traditionnelle conférence de presse, il s’est épanché au micro de la chaîne allemande Sky, où il était interrogé sur une éventuelle prolongation de contrat, qui se termine en juin prochain. « Il n’y a pas eu de discussions à ce jour et, après tout ce que j’ai accompli ici, toutes les options sont ouvertes pour moi, a-t-il confié. Mais à un moment donné, il faut arrêter de rêver. »

Sous-entendu, il ne se fait aucune illusion sur son futur à Paris. Relancé mercredi après la défaite sur le sens de ses propos, voici qu’il a déclaré :

On m’a demandé si je sentais la pression sur moi, et pourquoi c’était comme ça, j’ai dit que oui, je pouvais la ressentir. Il y a beaucoup de critiques de la presse, des experts, de l’environnement en général. Après les quatre titres et la finale [de la Ligue des champions] la saison dernière, je pensais que ce serait plus calme. Mais non. »

De notre point de vue, plus qu’avec la presse ou les « experts », son souci majeur est plutôt avec Leonardo. Tuchel n’avait pas hésité à attaquer son directeur sportif en fin de mercato, se demandant comment on pouvait laisser filer autant de joueurs libres ces dernières saisons et pourquoi des recrues n’arrivaient pas. Le dirigeant brésilien lui avait répondu sèchement qu’il n’avait pas aimé du tout cette sortie.

Une chose est certaine, Thomas Tuchel vit très mal le manque de reconnaissance pour avoir emmené le PSG en finale de la Ligue des champions. A peine trois mois plus tard, la situation est très tendue. Se sent-il fragilisé ? La question lui a été posée frontalement. « Non, pas du tout », a répliqué l’Allemand, qui peut compter sur le soutien de ses joueurs.

Danilo-Marquinhos, le symbole

« On sait comment c’est, le foot, soupire Marquinhos. C’est le coach qui a fait la meilleure saison de l’histoire du club et la saison suivante, on parle de son avenir. Le foot n’a pas de patience. C’est notre coach. On a confiance en lui, à nous de travailler pour nous améliorer. Si les choses ne vont pas, ce n’est pas que de la faute du coach. Nous, les joueurs, on peut faire aussi beaucoup mieux. »

Personne n’imaginait le capitaine de l’équipe descendre son entraîneur en direct, de toute façon. Le Brésilien est toutefois au milieu d’un débat qui symbolise les tensions autour de Tuchel. A Leipzig encore, il a été positionné en milieu défensif et Danilo en défense centrale, alors que Leonardo est allé chercher le Portugais pour occuper ce poste de sentinelle, justement sur la demande de son coach, qui voulait pouvoir utiliser Marquinhos en défense. A n’y rien comprendre.

Du sabordage ?

« Pour moi, Danilo est un défenseur plus qu’un milieu », s’était justifié l’Allemand la semaine dernière. Léger problème, le principal intéressé n’est pas vraiment d’accord. « Défenseur, ce n’est pas ma position, a expliqué le joueur prêté par Porto sur la chaîne Téléfoot. Je suis milieu de terrain. L’entraîneur me demande de jouer en défense centrale, je m’applique à le faire. Je connais les bases de ce rôle, et j’essaie de m’habituer. »

A ce niveau, c’est presque du sabordage de la part de Tuchel, qui sait évidemment que Danilo est plus à l’aise au milieu et Marquinhos en défense. Ce refus de l’évidence a des conséquences sur le terrain. Mercredi soir, sur le premier but de Leipzig, le Brésilien aurait dû être plus haut sur le ballon reçu par Nkunku à l’entrée de la surface. Par exemple.

« Je vous laisse juger [mes performances au milieu], moi je sais ce que je dois faire, dit Marquinhos. Il faut demander au coach [si on ne peut pas inverser], il a ses arguments. Je ne veux pas donner encore plus l’occasion aux gens pour parler de moi, de ma fonction et du coach. On est soudés. on doit se concentrer sur les vraies choses. »

Quel avenir, alors ?

On sent quand même le Brésilien un peu gêné aux entournures. Dans le vestiaire, certains s’interrogeraient à voix haute, selon des échos rapportés par Le Parisien dans son édition de mercredi. « On en parle tous les jours. Personne ou presque n’a réellement compris les choix du coach avec ces deux joueurs », dit un proche d’un joueur international cité par le journal. Pas sûr que celui concernant Rafinha, entré seulement à la 84e minute mercredi alors qu’il manquait de joueur de ballon, ait été mieux saisi.

Alors, quel avenir pour Thomas Tuchel ? Une prolongation de son contrat semble complètement improbable. Et on ne parierait pas notre chemise qu’il aille jusqu’à son terme. Avec déjà quatre défaites début novembre (du jamais vu depuis dix ans à Paris) et un crédit entamé, l’Allemand est sur un fil. La seconde manche contre Leipzig s’annonce décisive pour la qualification comme pour son avenir. « Il n’y a aucun problème. Tout ça n’influence pas du tout mon travail », évacue-t-il. Pour l’instant.