Basaksehir-PSG : Guéguerre avec Leonardo, Marqui en 6 et Danilo en défense... Mais à quoi joue Thomas Tuchel ?

FOOTBALL L’entraîneur du Paris Saint-Germain semble envoyer des messages clairs à Leonardo, avec qui il est en froid depuis la fin du mercato

Aymeric Le Gall
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Thomas Tuchel et Leonardo ne semblent plus du tout sur la même longueur d'ondes au PSG.
Thomas Tuchel et Leonardo ne semblent plus du tout sur la même longueur d'ondes au PSG. — FRANCK FIFE / AFP
  • Après sa défaite inaugurale en C1 contre Manchester United, le PSG doit l’emporter mercredi soir en Turquie, où il affronte le club du Basaksehir.
  • D’autant que l’ambiance autour du club n’est pas à la régalade la plus totale.
  • Tuchel, en froid avec Leonardo, semble d’ailleurs tout faire pour montrer au directeur sportif tout le mal qu’il pense de ses choix sportifs en matière de recrutement.

L’ambiance n’est pas à la bringue du siècle au PSG, alors que l’équipe s’apprête à affronter Basaksehir en C1, une semaine après la défaite contre Manchester United au Parc. En cause, la relation plus que tendue entre Thomas Tuchel et Leonardo. On aurait d’ailleurs payé très cher samedi soir pour voir la tête que le Brésilien a dû tirer au moment de la sortie des compos officielles du match PSG-Dijon, quand il s’est rendu compte que Danilo, la nouvelle recrue portugaise qu’il était allé chercher à Porto quelques jours avant spécialement pour jouer 6, était positionné en défense centrale au côté de Kimpembe.

Et on n’est pas les seuls visiblement. Rolland Courbis sur RMC, quelques minutes après le coup de sifflet final : « Je me mets à la place de Leonardo, il a dû frôler la cécité quand il a vu la feuille de match ! A vouloir à tout prix aligner Marquinhos au milieu, Tuchel va finir par faire jouer le kiné du PSG en défense centrale ! ». A sa manière, l’ancien coach de l’OM a parfaitement résumé le sujet brûlant du moment au PSG.

En décidant de persister avec Marqui au milieu du terrain et en positionnant un spécialiste du poste 6 à sa place en défense, Thomas Tuchel n’aurait-il pas simplement voulu envoyer un message à Leonardo, avec qui les relations sont pour le moins fraîches, pour ne pas dire glaciales, notamment sur la question du recrutement ? C’est en tout cas la théorie défendue par pas mal de spécialistes depuis quelques jours. « Danilo derrière et Marquinhos au milieu ? Tant que je ne le verrai pas, je ne veux pas le croire. S’il fait ça, c’est que Tuchel est devenu fou et cherche à se faire virer… c’est lamentable ! », éructait par exemple Daniel Riolo sur Twitter avant le coup d’envoi.

« Il a fait ça pour emmerder le monde et provoquer la direction »

Mais pourquoi Tuchel voudrait-il mettre le feu au PSG, deux mois seulement après avoir atteint la finale de la Ligue des champions à Lisbonne ? Pour les deux du fond qui ronquaient, on vous la fait courte : en gros l’allemand ne peut plus encadrer son directeur sportif et a passé ces dernières semaines à se prendre le bec avec lui sur la question du mercato.

Tuchel aurait voulu que Thiago Silva prolonge ? Leo​ l’a livré en mains propres à Chelsea. Il espérait la venue d’un défenseur central en compensation ? « Compte là-dessus », lui a répondu en substance le DS parisien. Tuchel exigeait un cador en pointe pour concurrencer Icardi et palier le départ de Cavani ? Leonardo lui refourgue un gamin – Moise Keane – qui n’a jamais réussi à convaincre partout où il est passé. Seul lot de consolation, l’ancien coach de Dortmund a obtenu le milieu défensif (plus ou moins) digne de ce nom que le club cherchait depuis des années et le départ de Thiago Motta. Raison pour laquelle on s’est étouffé en voyant Danilo reculer d’un cran pour son deuxième match sous le maillot du PSG.

Danilo a joué défenseur central contre Dijon samedi soir.
Danilo a joué défenseur central contre Dijon samedi soir. - J.E.E/SIPA

Pour Eric Rabesandratana, la question ne fait plus aucun doute, Tuchel cherche à se faire virer, lui qui sait déjà qu’il ne sera pas reconduit au terme de son contrat, qui arrive à échéance en juin prochain. « C’est une manière de signifier de façon un peu enfantine son mécontentement à Leonardo. Tuchel a voulu le piquer dans son orgueil. Je pense vraiment qu’il fait tout ça pour être viré », disait l’ancien milieu de terrain parisien après la rencontre sur France Bleu. Pour 20 Minutes, il persiste et signe : « Pour moi, c’est sûr et certain, il n’a aucune autre raison de faire ça, surtout contre Dijon. Quel est l’intérêt de mettre Danilo derrière et Marqui en 6 ? Non, il a fait ça pour emmerder le monde, provoquer la direction, par vexation et fierté mal placée ».

Lui aussi consultant pour France Bleu Paris, Tripy Makonda n’écarte pas l’hypothèse de Rabé, même s’il préfère imaginer un autre scénario moins mélodramatique. « Je vis peut-être dans le monde des Bisounours mais j’ai envie de croire que pour Tuchel, les intérêts personnels ne passent pas avant ceux du collectif. Il fait avec les joueurs qu’il a et on a bien vu que pour lui, Marqui c’est l’âme de l’équipe, au cœur du jeu. » C’est en effet ce qu’il a avancé pour justifier son choix devant les questions insistantes des médias après la victoire samedi. Rien n’oblige à le croire.

Deux camps désormais irréconciliables

On s’abstiendra de préjuger de ce que peut bien mijoter Tuchel au fond de lui. Ce qui est sûr, c’est que les tensions avec Leonardo semblent avoir atteint un point de quasi non-retour. Ce n’est pas encore la crise des missiles de Cuba mais pas loin. « Je vois mal comment ils vont pouvoir terminer la saison comme ça », réfléchit Rabesandratana. « J’ai le sentiment que Tuchel joue avec des allumettes, comme s’il allait mettre le feu à une bombe qui peut lui exploser au visage, expliquait quant à lui l’ancien président parisien Charles Villeneuve sur Europe 1. On verra à Doha qui on choisira entre les deux, car cela se décidera là-bas ».

Si personne ne peut pour le moment prédire l’issue de ce combat de coqs, on aurait en revanche pu l’anticiper. A l’été 2018, au moment de la signature de Tuchel, Chadli Amri, un de ces anciens joueurs à Mayence, nous avait avertis : « C’est quelqu’un qui a du caractère, il veut que tout le monde soit concerné. Et quand il veut quelque chose, il fait tout pour l’avoir. Il impose toujours sa philosophie. Il va se fâcher, être têtu… Peu importe ce que tu penses ou ce que le président pense, il croit en ses convictions. »

Leonardo, Nasser Al-Khelaïfi et l'émir du Qatar, le trio qui tient l'avenir de Tuchel entre ses mains.
Leonardo, Nasser Al-Khelaïfi et l'émir du Qatar, le trio qui tient l'avenir de Tuchel entre ses mains. - FRANCK FIFE / AFP

C’est en effet l’un des traits de caractère qui le définit le mieux. A Dortmund déjà, Thomas Tuchel ne se privait pas pour faire savoir à ses dirigeants quand il n’était pas d’accord sur les profils recherchés au mercato. Et quand ses patrons lui ont mis dans les pattes un gamin de 17 ans qu’il n’avait pas demandé, TT s’est avancé en conférence de presse pour dire qu’il ne connaissait absolument pas ce joueur. A l’arrivée, Alexander Isak passera la saison sans lever ses fesses du banc de touche.

Une main de fer dans un gant de fer donc, la recette avait tout pour être explosive avec un directeur sportif comme Leonardo, pas le genre à partager ses jouets ni ses prérogatives. Mardi soir, lors de la conférence de presse d’avant-match, Tuchel a pourtant assuré qu’il ne se sentait « pas en danger ». Là encore, on n’est pas obligé de le croire.