PSG: Matière grise, quête de réflexion et anti-routine... A quoi ressemble un entraînement de Thomas Tuchel?

FOOTBALL Le nouvel entraîneur du PSG exige de ses joueurs une grande réflexion sur leur jeu...

Aymeric Le Gall

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Maître Tuchel sur ses mollets perchés.
Maître Tuchel sur ses mollets perchés. — Pedro Montage / FRANCK FIFE / AFP
  • Avant Liverpool-PSG, on a voulu décortiquer les méthodes d’entraînement de Thomas Tuchel.
  • Selon ses anciens joueurs, le coach allemand met en place des séances d’entraînement extrêmement exigeantes du point de vue de la réflexion personnelle.

La tête et les jambes. Rassurez-vous, on ne va pas vous faire ici un papier-hommage à l’émission du regretté Pierre Bellemare à la bonne vieille époque de l’ORTF, mêlant prouesses sportives et culture générale. On est bien là pour parler du PSG de Thomas Tuchel. Il n’empêche, le titre de ce show télé correspond en tout point à la philosophie qui guide l’entraîneur allemand depuis ses débuts sur un banc. Peut-être même depuis qu’il est né.

Avant l’entrée en lice du PSG en Ligue des champions, mardi à Liverpool, c’est en relisant notre tout premier papier sur « Toureul » que l’idée de faire un focus sur ses méthodes d’entraînement nous est venue. A l’époque, pour se faire une idée du personnage qui allait devoir mener le PSG vers les sommets de l’Europe, on avait tâté le terrain auprès de Sami Allagui, attaquant francophone de Sankt Pauli, passé sous les ordres du grand blond aux pantalons slim, à Mayence entre 2010 et 2012.

Son premier souvenir, les jambes : « C’est un dingue de travail. Il prend très à cœur l’implication aux entraînements et il fait bosser très dur ses joueurs. » Le second, la tête, donc : « C’est avec lui que j’ai connu mes entraînements les plus durs, surtout au niveau de la tête parce qu’il veut que ses joueurs réfléchissent en permanence. » « Avec cet entraîneur, les séances sont si compliquées qu’il faut le bac pour suivre », avait un jour dit Eugen Polanski, autre joueur passé par Mayence.

Je pense donc je joue (bien)

Pour décortiquer ces entraînements post-bac, limite licence, on a de nouveau sollicité Allagui, toujours heureux d’évoquer celui qu’il définit comme le meilleur coach avec lequel il a bossé. « Chaque entraînement avec Thomas Tuchel est mentalement très éprouvant, confirme-t-il d’entrée. Quand on sortait de là, on se regardait et on se disait "pfff, c’était chaud !". Avec ses exercices, il te pousse sans cesse à réfléchir. Il veut que tu te poses en permanence les bonnes questions : où je suis positionné, pourquoi je suis là, est-ce cohérent avec le mouvement des autres coéquipiers, où dois-je aller ensuite ? Mais c’est génial car chaque entraînement on le vivait comme un match en termes de concentration. »

Plus que des robots dociles répétant bêtement ses consignes, Thomas Tuchel veut des gars curieux avec un minimum de chou. Cette volonté puise sa source d’une rencontre entre Tuchel et le professeur Wolfgang Schöllhorn, chercheur en science du sport à l’université Johannes Gutenberg de Mayence et inventeur de la méthode d’apprentissage différentiel, longuement détaillée dans le dernier numéro de So Foot.

« Les techniques d’apprentissage différentiel m’ont beaucoup influencé. Ça a complètement modifié mon rôle d’entraîneur, explique l’Allemand à nos confrères sofootiens. Avec cette méthodologie, on fait en sorte de proposer aux joueurs des situations bien plus complexes qu’en compétition officielle. […] Mes joueurs savent que je peux leur trouver des espaces, mais après c’est à eux de trouver les solutions. »

  • Mise en pratique n°1 avec Chadli Amri, autre de ses disciples à Mayence

« Durant un exo, on avait interdiction de passer par le rond central, ni nous, ni le ballon. Dis comme ça, ça a l’air simple mais en situation de jeu, sur le moment t’es là, tu te dis « merde, comment je vais faire ? ». C’est assez contraignant. C’est un coach qui te pousse à réfléchir à des situations complexes et à résoudre les problèmes. On doit en permanence s’adapter aux obstacles qu’il met devant nous. »

  • Mise en pratique n°2 avec Sami Allagui

« On a joué sur une moitié de terrain qu’il avait quadrillée en 9 carreaux. Il expliquait que pendant l’exercice, pour travailler le pressing, on ne pouvait pas être plus de deux joueurs de la même équipe sans le ballon dans chaque zone. Si un troisième arrivait, il était en faute car si l’adversaire décidait de changer d’aile, on allait se retrouver en infériorité numérique. Vous avez compris ? »

Oui, oui, bac + 5 mon pote.

Voilà, Tuchel à l’entraînement, c’est un peu ce prof de maths qui va faire galérer ses élèves toute l’année avec les pires problèmes du bouquin pour que, une fois devant leur copie de bac, ils aient l’impression de se balader. Mais ce n’est pas la seule raison de ces entraînements exigeants pour le cigare.

La routine, l’ennemi n°1 du footeux (selon Tuchel)

« Ces exercices lui permettent aussi de voir tout de suite qui on est, qui est prêt, comment on réagit aux problèmes posés. Si tu te relâches mentalement, il va le voir et il n’hésitera pas à te sortir au bout de deux minutes. Et puis il ne prend pas de pincettes hein, il fait ça devant tout le monde (rires) ! », se marre Allagui. Voilà un autre aspect de la philosophie tuchelienne : le mental, la motivation personnelle. Toujours selon So Foot, l’ancien coach de Dortmund pense que chaque joueur « est doté d’une source de motivation dominante ».

Il en distingue trois : la motivation agressive, la motivation cohésive et la motivation par la curiosité. Pour cette dernière, celle sur laquelle les méthodes d’apprentissage différentiel fonctionnent le mieux, les joueurs ne peuvent se contenter de simples exercices de routines, ils ont besoin d’être stimulés en permanence par de nouveaux problèmes à résoudre.

« C’est vrai que ça peut paraître un peu compliqué, mais de mon côté ça allait, fanfaronne Chadli Amri. J’ai adoré ses entraînements, tu prends du plaisir et, surtout, ça te fait bosser la tête et les jambes. Ce qui est intéressant avec lui, c’est que tu ne tombes jamais dans une routine. C’est pas lundi on court, mardi muscu, mercredi jeu. Il s’adapte en permanence. En fait j’avais la sensation qu’il était tout le temps dans le ressenti, selon l’humeur de ses joueurs, de l’adversaire qui arrive, etc ».

« On était toujours enthousiastes d’aller à l’entraînement car on se demandait ce qu’il nous avait encore réservé », se souvient Allagui avec délectation. Chaque semaine c’était une nouvelle histoire, une nouvelle aventure, puisque les entraînements étaient toujours construits en fonction de l’adversaire du week-end. Ce qui est génial avec Tuchel, c’est qu’il a un plan pour chaque adversaire. Et donc, après une victoire, on n’était pas simplement heureux d’avoir gagné, d’avoir pris les trois points, mais on était content de voir que le plan avait marché. Et plus ça marchait, plus on avait confiance en Tuchel et ses méthodes. »

Amri confirme : « Tous les entraîneurs adaptent leurs séances en fonction de l’adversaire du week-end, mais lui c’était poussé à l’extrême. Par exemple si le point faible de l’équipe qu’on allait devoir jouer c’était le côté gauche, on basait notre semaine entière d’entraînement à attaquer côté droit. Son truc à lui, c’est de bloquer un côté entier du terrain avec des plots et il nous interdisait d’y entrer. Il les mettait en forme de banane, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Sur le coup on a trouvé ça bizarre, c’est vrai, mais ça nous a bien réussis donc on lui a vite donné notre confiance » Aux Parisiens désormais d’activer leur matière grise et de croire aux méthodes de leur coach. « Rêvons plus grand (et réfléchissons) », oui, on s’est permis de compléter le slogan de ce nouveau PSG.